A propos de mai 1968, contexte, acteurs  

Posted: 23rd February 2017 by admin9405 in Présentation

Elie Brugarolas

mai 2008 – contact eliebrugarolas@gmail.com

Mai 68 n’est qu’une étape magique de quelques semaines dans une période qui a commencé à la fin de la guerre d’Algérie et s’est terminée dans les années 78-80. Mai 68 « fut un de ces moments où l’utopie trouve un lieu ». Dans les années qui ont précédé 1968 de nombreux jeunes étudiants, lycéens, jeunes ouvriers furent sensibilisés voire formés dans des organisations d’animation, de réflexion, d’action, portées par des idées de gauche anticolonialiste, tiers-mondistes, humanistes. Ces organisations de jeunes étaient sous-tendues soit par des courants religieux, les cathos JEC, JOC, les juifs de gauche (comme le BETA), ou bien de courants politiques essentiellement proches du PC (étudiants de l’UEC) ou proches du PSU (étudiants ESU). Les militants de gauche dès le début des années 60 se sont mis à contester les politiques impérialistes et colonialistes, mais aussi peu à peu mis à contester l’ordre existant, l’ordre de la société conservatrice qualifiée de bourgeoise et l’ordre de la gauche conservatrice crypto-communiste symbolisée par le Parti Communiste. Beaucoup de ces jeunes gens s’ils étaient étudiants fréquentaient l’UNEF, syndicat étudiant qui était le lieu de combat des tendances entre d’un coté les “austères” du PC et de l’autre les “ouverts sur le monde” du PSU autogestionnaire, les trotskystes, les situationnistes, les inorganisés. Le maoïsme est né peu avant 68 sur fond de révolution culturelle en Chine, pour une période qui durera jusqu’au milieu des années 70. Promu par les penseurs “althussériens” (Louis Althusser professeur à l’Ecole Normale Supérieure membre du PC un des fondateurs en 66 de l’UJCML maoïste) critiques à l’égard du PC s’avéraient encore plus staliniens que le PC. Ils sont allés déranger le PC et la CGT dans les lieux qu’ils considéraient comme leur propriété: le monde ouvrier.

La situation politique nationale et internationale, la situation culturelle, sociale des années qui ont précédé l’année 1968 ont été longuement décrites dans de nombreux ouvrages consacrés à cette période. Par souci de ne pas rendre fastidieuse la lecture nous reprendrons ici quelques points essentiels.

Les années 60 ont été marquées par un grand nombre d’événements mondiaux sur fond de guerre froide entre d’une part les pays occidentaux notamment les USA, d’autre part l’URSS et de fait tous les pays sous influence soviétique dans l’est de l’Europe, Cuba et quelques pays d’obédience marxiste en Afrique. La tension atteint son maximum lors du débarquement de troupes pro-américaines dans la Baie des Cochons à Cuba. Ce fut aussi la décennie des guerres de libération (de décolonisation) portées par des mouvements se réclamant du marxisme, au Congo par exemple où Lumumba fut assassiné en 61, la guerre du Viêt-Nam qui démarre par des bombardements américains dès 1965, mais aussi la guerre de libération menée par le FLN contre la France en Algérie qui se terminera en 1962 par les accords d’Evian. La guerre des 6 jours entre Israël et les pays arabes en 1967 sera un épisode marquant du conflit israélo-palestinien et israélo-arabe, de même, la prise de pouvoir par des dictateurs militaires en Grèce et le maintien jusqu’en 74 de Franco en Espagne seront des faits marquants de cette décennie. Enfin, cette décennie est marquée par des guerres de rebellions ethniques (génocide du Biafra en 1967) et par le développement de mouvements révolutionnaires dont la tête de proue est Fidel Castro et son symbole Che Guevarra qui mourra en 1967. Des jeunes communistes en Europe sont sensibles à cette volonté de développer partout dans le monde des guérillas anti-impérialiste et anti-capitaliste (mil fuegos), Régis Debray engagé dans ce combat guévariste fut emprisonné en 1967 pour plusieurs années en Bolivie.

Des courants philosophiques et politiques traversent la pensée occidentale, ils influent la contestation du communisme (du stalinisme) dans les pays communistes mais aussi dans les partis communistes en Europe. Les frictions sino-soviétiques, puis la révolution culturelle en Chine en 66 marque un moment fort de critique et de révision au sein des mouvements communistes dans les pays occidentaux. En France la contestation du communisme soviétique est portée par les étudiants de l’Union des Étudiants Communistes (UEC) et leur journal Clarté. Les étudiants de l’UEC dès 62-63 se trouvent en conflit avec le Parti Communiste Français dirigé par Waldeck Rochet jusqu’en 64 puis par Maurice Thorez. Au sein de l’UEC vont naître successivement plusieurs courants d’idées que nous décrirons succinctement dans le chapitre suivant les « italiens » puis les « trotskystes » et les « prochinois », ces deux derniers courants donneront lieu à des mouvements érigés en nouveaux partis dès 1966, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR) trotskyste parti internationaliste, donc section française de la quatrième Internationale dont les principaux leaders sont en 68 Alain Krivine, Henri Weber et une figure toulousaine Daniel Bensaid (à Nanterre en 68) et l’Union des la Jeunesse Communistes marxistes-léninistes (UJCML – prochinois et non révisionniste, non critique sur Staline dont les principaux leaders furent Louis Althusser, Robert Linhart, Tiennot Grumbach, Roland Castro,  Benny Levy, Pierre Le Dantec ce mouvement est proche d’un parti d’aînés le Parti Communiste Marxiste Léniniste de France, PCMLF). Alain Krivine dissident de l’UEC avait pendant quelques temps rejoint son frère au sein de la section française de la quatrième internationale l’Organisation Communiste Internationale OCI(1) qui était une organisation quasi secrète trotskyste, il a ensuite créé la JCR. Ces courants existent encore aujourd’hui nous verrons en quelques lignes ce qui les distinguaient et les distinguent encore. La mouvance communiste dans son ensemble représentait une force certaine autour de 20% lors des élections et l’appareil syndical de la CGT était au mains des communistes et servait de « courroie de transmission » vis-à-vis de la classe ouvrière. Le dispositif communiste PC + GGT faisait l’objet d’une surveillance des américains qui n’ont pas hésité pendant des années à soutenir financièrement un syndicat la CGT-FO connu sous le nom de FO(2) qui était censé contre balancer cette force. Le reste de la gauche se divisait en une nébuleuse d’organisations socialistes qui se regroupèrent lors des élections présidentielles et législatives de 65 dans une fédération la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste – qui a apporté son soutien à François Mittterand aux présidentielles de 1965) à laquelle s’ajoutait une force politique socialiste née en 1960 sur le ferment du combat anti-colonialiste le Parti Socialiste Unifié (PSU). Le PSU s’avérait être la force de gauche autogestionnaire non communiste, d’avant-garde, innovante des années 60 et 70 (écologiste, régionaliste, féministe). Cette force se réclamait du marxisme pour les analyses et plus d’un “conseillisme” autogestionnaire pour les solutions. Ce dernier parti avait aussi une organisation d’étudiants les Etudiants Socialiste Unifiés. Les relais syndicaux moins prégnants des deux organisations socialistes se retrouvent dans la CFDT(3) . Parallèlement à ce foisonnement politique des courants d’idées traversent et imprègnent déjà la société, des mouvements de lignée existentialiste et/ou libertaire comme le mouvement beatnik, des mouvements plus provocateurs, culturels, anti-consuméristes, plus politiques et révolutionnaires comme le situationnisme(4).

Aux Etats-Unis d’Amérique naissent aussi des mouvements anti-consuméristes voire écologistes ou naturalistes, des mouvements féministes et des courants prônant une plus grande liberté sexuelle. Ces derniers mouvements seront le terreau du mouvement hippie communautariste à la fin des années 60 et début des années 70. En fin, aux Etats-Unis le mouvement anti-raciste contre la ségrégation, pour les droits civiques des noirs fut aussi marquant dans ces années là ; JF Kennedy défenseur de la cause fut tué en 1963 et le leader noir Martin Luther King en avril 1968. En Tchécoslovaquie le printemps 68 s’avérait être fleurissant de liberté, Dubcek et les démocrates tchèques engageaient un bras de fer avec le dirigeants de l’URSS qui se terminera par l’entrée des chars russe en août de la même année dans Prague. Enfin les avancées dans les réflexions dans le domaine des sciences sociales, sociologie, psychologie, économie, littérature offraient des grilles d’analyse de la société, de la culture différentes, parfois en rupture avec les analyses classiques issues des philosophies du siècle précédent notamment du marxisme. Enfin on sentait déjà poindre la société de consommation et la contestation écologiste de cette société. Seuls quelques observateurs philosophes tels que Jacques Ellul, Bernard Charboneau, René Dumont (candidat à la Présidence de la république en 1974) en France ou Ivan Illich aux Etats Unis dénonçaient déjà les limites d’une société de consommation productiviste. Leurs propos étaient en totale rupture avec la tradition marxiste qu’ils qualifiaient déjà de productiviste.

C’est dans ce contexte politique culturel et sociétal national et international qu’il faut mettre en perspective le mouvement engendré en 1968 et les mouvements politiques, sociaux, philosophiques qui suivirent mai 68.

Une dimension importante qui rompt avec l’approche historique des mouvements sociaux et politiques fut le contexte sociétal (le mot n’existait pas en 68). En effet tous les témoins et tous les ouvrages parus sur 68, montrent les blocages de la société. Le milieu universitaire était très hiérarchisé, caractérisé par le mandarinat le milieu est peu démocratique. Les rapports familiaux étaient conventionnels, par exemple le divorce était peu accepté dans la société, le droit à l’avortement n’existait pas, pour ouvrir un compte en banque une femme devait avoir l’autorisation de son mari… De même l’homosexualité n’était pas acceptée, l’hypocrisie était la règle. Enfin le milieu de l’entreprise était aussi très hiérarchisé avec peu de droits pour les travailleurs, un rôle fort des contremaîtres (petits chefs), une attitude paternaliste des patrons et un rôle parfois ambigu des syndicats. La reconnaissance des droits syndicaux et de la section syndicale d’entreprise fut un des acquis de mai 68. Notons que le mot « gauchiste » est né pratiquement en 68 et utilisé surtout à partir de 68 pour nommer tous les mouvements qui émergèrent dans les années qui ont suivi d’interdiction en dissolution, qu’ils soient trotskystes, la JCR puis la Ligue Communiste, ceux de l’OCI devenu ensuite OT puis à nouveau l’OCI puis le PT, puis 2008 le POI et enfin POID, les maoïstes de l’UJCML puis la Gauche Prolétaienne et Vive La Révolution, d’autres organisations comme Révolution Internationale (mouvement conseilliste né à Toulouse en 68). C’est aussi après 68 que certains militants anarchistes ou maoïstes se sont engagés dans la clandestinité et ont dérivé vers la lutte armée, Jann Marc Rouillan toulousain membre de Vive la Commune en 68 à Toulouse d’écrit dans son ouvrage cette phase qui va de 69 à 71 où il choisit de mener des actions clandestines en Espagne et finira par des actions dures avec Action Directe en France.

« Quand la France s’ennuie »(5) titrait un article de Pierre Viansson-Ponte dans le journal Le Monde le 15 mars 1968. Les guerres coloniales terminées l’auteur dénonçait une certaine
atonie du pays. C’était sans compter sur quelques étudiants de Nanterre, de Paris et …de Toulouse.

Incontestablement mai 68 fait partie du patrimoine social, sociétal, culturel et politique de notre société. Dans tous les témoignages d’acteurs de la région toulousaine que nous présentons cet effet de basculement, d’ouverture, de prise de parole, de solidarité, de soif de démocratie, de liberté, de mouvement de masse est relevé. Ce fut aussi un moment de libération festive et de rêve utopique qui dura quelques semaines. C’était un début de politisation pour beaucoup de jeunes, le début de leur vie militante, ensuite vint le temps des combats âpres, des expérimentations, des désillusions, mais parfois aussi heureusement de joies.

Notre objectif est de montrer que les acteurs de cette aventure sociétale, politique, culturelle sont bien des êtres de chair et d’os, proches de nous, que nous pouvons rencontrer aujourd’hui près de chez nous. Contrairement aux effets d’annonce parisiens qui voudraient faire croire que les soixante-huitards sont tous recyclés dans les médias ou devenus des « business man », des politiciens ou des intellectuels compromis à droite, nous verrons que les acteurs toulousains n’ont pas du tout suivi ces trajectoires même si certains se sont retirés de la vie militante il y a longtemps.

Enfin ce qui caractérise l’ensemble des acteurs de cette époque est un réel humanisme et une réelle culture de gauche pour qui la solidarité, l’émancipation individuelle et collective ne sont pas des vains mots. La lame de fond de 68 n’est pas finie, de nombreux acteurs de cette période continuent à militer dans des partis, des associations, à développer l’esprit critique, pour certains, la capacité de s’intéresser à l’autre et à l’ailleurs est irréductible, tant mieux.

Nous présentons ici le témoignage de plusieurs acteurs, leur rôle a pu être très différent parfois très exposé comme Alain Alcouffe, Antoine Artous ou parfois plus dans l’action ou encore dans les cercles de discussion et souvent dans tout à la fois. Il s’agit d’une tranche de leur vie qui va pour certains du début des années 60 au milieu des années 70 pour d’autres qui commence en 68 parfois même qui commence grâce à mai 68, un an ou deux ans après. Tous les courants politiques de l’extrême gauche qui ont caractérisé cette période sont présentés dans ces témoignages, des trotskystes, des autogestionnaires, des situationnistes, des féministes, des maoïstes, des inorganisés, des GOPistes, … Volontairement nous n’avons pas demandé à ceux qui toulousains dans cette période ont déjà écrit leur témoignage comme Jann Marc Rouillan ou Daniel Bensaid dans des ouvrages ou leur trajectoire militante est longuement détaillée.

 

1 Organisation du Courant Communiste International, parti d’obédience trotskyste, dont les membres dans ces années là fonctionnaient très en secret. En 1952 une partie du PCI (Parti communiste Internationaliste quatrième internationale) quitte se mouvement et devient l’OCI (Lambertistes) puis ensuite l’OCI se réapproprie le nom du PCI en 1981 ils créent aussi un courant syndical étudiant l’UNEF-ID puis les mêmes en 1988 fondent le Mouvement pour un parti des travailleurs (MPP), puis depuis 1991 ce courant s’est fondu dans le Parti de Travailleurs (PT). Dans les années 68 l’organisation des jeunes de l’OCI s’appelait l’AJS (Alliance des Jeunes pour le Socialisme)

2 Confédération Générale du Travail – Force Ouvrière, communément nommé FO ou Force Ouvrière fut créé en 1948 par la scission de la CGT sur la base de l’indépendance vis à vis du PCF

3 CFDT Confédération française démocratique du travail – issue de la transformation de la CFTC (Confédération française des travailleurs Chrétiens) en 1964.

4 Le situationnisme proche de l’anarchisme sera présenté dans le chapitre suivant ainsi que l’Internationale Situationniste

5 http://www.cartage.org.lb/fr/themes/Geohis/Histoire/chroniques/pardate/Chr/680214a.HTM

Mai 68 à Toulouse – chronologie et faits

Posted: 23rd February 2017 by Elie Brugarolas in Présentation
Nous reprenons ici les événements survenus à Toulouse au 
printemps de mai 68. Parfois des mises en perspective 
d'événements ayant lieu à Paris ou ailleurs dans le monde 
sont proposées. Ce document a été réalisé par Elie Brugarolas 
à partir d'échanges avec Alain Alcouffe, d'un mémoire réalisé 
par Mme Roberta Balducci à l'Université Toulouse Le Mirail, 
de lectures de presse et d’interviews de témoins. 
Le récit de Christine Faure et d'Antoine Artous précisent et 
éclairent certain faits 
 

Commençons par les événements autour du 22 mars à Paris.
  • 8 janvier – Inauguration de la piscine du campus de Nanterre par François Missoffe, ministre de la jeunesse et des sports. Il est pris à partie par des étudiants.
  • 26 janvier -Violents incidents à Caen entre les grévistes de la SAVIEM et les forces de l’ordre. Bagarre à Nanterre.
  • 7 février – Heurts violents à l’occasion d’une contre-manifestation organisée par les Comités Vietnam.
  • 24 février – Déclaration politique et sociale commune PCF – FGDS
  • 20 mars – Attaque du siège parisien de l’American Express.
  • 22 mars – Incidents à Nanterre. Occupation de la tour administrative. Création par les anarchistes du “Mouvement du 22 mars”.
  • 28 mars – Suspension des cours à Nanterre jusqu’au 1er avril.
  • 11 avril – Rudy Dutschke animateur du SDS en Allemagne est victime d’un attentat
  • 25 avril – Le député communiste Pierre Juquin est expulsé du campus de Nanterre par les gauchistes prochinois.
  • 28 avril – Un commando prochinois dévaste une exposition de soutien au Sud-Vietnam.
puis...

23 avril à Toulouse L’UNEF, la JCR, les étudiants du PSU , les comités Vietnam de base organisent une manifestation le 23 avril à Toulouse. Une centaine d’étudiants se réunissent place du Salin derrière le portrait de Rudy Dutschke et de Che Guevarra, des banderoles du FLN Vietnamien,  d’autres banderoles stigmatisant la presse notamment le groupe Springer « trust springer ». Le cortège se dirige vers le Capitole puis la Faculté des Lettres par la rue des Lois. Les policiers suivaient le cortège et les étudiants se sont arrêtes à l’entré de la Faculté sur la demande du Doyen.

Le Doyen de la Faculté Godechot[1] témoigne de ce moment il se souvient du tumulte des étudiants. Les étudiants se réunissent dans l’amphi Marsan en présence d’un étudiant allemand qui vient présenter ce qui s’est passé en Allemagne. Il montre le lien entre les événements allemands, la mort de Rudy et la guerre du Vietnam. Les étudiants décident de se réunir en Assemblée Générale le 25 avril en fin d’après midi.

Un tract revient sur l’événement du 23 avril en mettant en avant une victoire sur l’administration et le FEN (Fédération des étudiants nationalistes) une association de droite qui regroupait des étudiants en droit) ; le tract met en exergue l’occupation d’un amphi comme un acte politique. Le jeudi 25 avril l’appel à l’assemblée est large : les étudiants et les enseignants de droit et lettres sont invités.

Les étudiants de la FEN alertent le Doyen Marti de la Faculté de Droit sur leur opposition à cette assemblée, ils lui demandent d’interdire cette réunion sans quoi ils s’y opposeront de force.

       devant le Rectorat mai 68

Alain Alcouffe devant le Rectorat de Toulouse

25 avril Toulouse Le matin du 25 avril le Doyen Marty de la faculté de Droit demande au Doyen Godechot de la faculté de Lettres d’interdire cette assemblée sous prétexte de risques d’affrontement entre étudiants, Godechot se montrait rétissant il ne souhaitait pas revenir sur son autorisation accordée. Quelques minutes après cet échange entre

doyens, le Recteur Richard téléphonait pour interdire cette réunion en précisant que s’il ne fermait pas, le Doyen Godechot serait responsable de tous désordres et dégâts.

A midi le Doyen s’exécute et affiche l’interdiction de la réunion.

A 17h quatre cent étudiants occupent l’amphi Marsan dont la contenance normale est de deux cent.  Daniel Bensaid (ex étudiant UEC puis JCR toulousain venu de l’université de Nanterre) prend la parole et revient sur les événements à Paris et sur le mouvement du 22 mars. Les manifestations de Rome et Berlin sont évoquées.

Daniel Bensaid Amphi Marsan

A 17h30 le Doyen Godechot intervient pour faire cesser l’ass

emblée. Les étudiants refusent de bouger et se barricadent dans l’amphi.

De l’extérieur les étudiants d’extrême droite décident de lancer des pétards et des pierres par les fenêtres dans l’amphi. Au même moment les CRS casqués et armés s’apprêtent à intervenir et attendent la sollicitation du Doyen ou du Recteur. Le Doyen et le Recteur se rejoignent il tentent une dernière fois de dissuader en vain les étudiants occupants de l’amphi. Face à la situation le Recteur appelle le Ministre de l’Education Alain Peyrefitte qui lui dit de faire intervenir la police.

A 18h30 les services d’ordre interviennent les étudiants se retirent sans violences. Les étudiants de Droit (de droite) qui encerclaient la faculté se retirent aussi des abords de la faculté. C’est lors de la dispersion des étudiants qui occupaient l’amphi que se produit un événement qui va déclencher le mouvement et le durcir. En effet un groupe est pris à partie par des étudiants de droite qui les agressent avec barres de fer, planches, et matraques improvisées. Dans les bagarres qui s’ensuivirent 4 étudiants furent blessés l’un d’eux se retrouvant à l’hôpital.

La police intervient pour interrompre ces bagarres les étudiants se disséminent  dans les rues voisines. En fin de journée les étudiants de gauche se retrouvent place du capitole et forment un cortège qui se rend place Jeanne-d’Arc. Ce soir là toute réunion à la faculté de Lettre devient interdite. L’interdiction durera jusqu’au 1er juin.  Le soir un groupe d’étudiants se réunit dont Alain Alcouffe et Tony Alvarez, pour discuter et analyser les événements de la journée. La réunion se conclut par la naissance du Mouvement du 25 avril. “Le Mouvement du 25 avril” pendant toulousain du Mouvement du 22 Mars de Nanterre. »[2]. Le mouvement créé de manière informelle ce soir là sera plus officiellement défini ensuite.

1 -Tony Artous                                                                        2- Tony Artous et Pierre Cours-Salies

26 avril Toulouse Un tract des étudiants de la FET (extrême droite) dénonce le terrorisme des étudiants de gauche. Les étudiants de la FET se réunissent dans les jardins de la faculté et dénoncent les méthodes de l’UNEF. « Toulouse ne sera pas Nanterre » titre le tract qu’ils distribuent, ils concluent par « Il faut donc les faire taire, il faut leur imposer le silence tout de suite… Nous attendons des collectivités administratives responsables, une plus grande fermeté, et non la faiblesse dont elles ont fait preuve jusqu’ici. Ou fudra-t-il que les étudiants rétablissent eux-mêmes l’ordre ? »[3].

1er mai.  Monde Au Moyen Orient s’élèvent des protestations dans le monde arabe, contre le défilé militaire annoncé par l’Israël pour le 2 mai dans la Jérusalem orientale, occupée après la guerre de juin 1967. Le Conseil de sécurité de l’ONU avait invité en vain Israël à renoncer à sa décision. Aux Etats-Unis d’Amérique : à la fin du mois d’avril, le leader du groupe Black Panther, Stokely Carmichael, a épousé la chanteuse sud-africaine Myriam Makeba, exilée depuis des années de son pays, dominé par l’apartheid.

En Grande Bretagne : le premier mai est rendu incandescent en Angleterre par les crises, le chômage grandissant et les cas de racisme. La Fédération des métallurgistes annonce une grève pour le 15 mai.  En Espagne se déroulent des manifestations anti-franquistes sévèrement réprimées.

Paris Défilé CGT, PC, PSU (République – Bastille). Naissance de La Cause du peuple. Forte tension dans les universités parisiennes de la Sorbonne et de Nanterre, Pendant tout le mois d’avril, des étudiants de gauche, et des fascistes du groupe Occident se sont affrontés plusieurs fois.

Toulouse Les jours suivant sont plus calmes, les étudiants leaders du mouvement du 25 avril se réunissent pour discuter, ils seront présents à la manifestation du 1er mai.

2 mai et  3 mai Monde Au Moyen Orient : tous les magasins arabes sont fermés à Jérusalem à l’occasion de la parade militaire israélienne. Les arabes ne sortent pas de chez eux, pour protester. Le premier ministre Eshkol déclare qu’Israël ne reviendra jamais aux frontières de l’avant-guerre, considérées comme “non sûres”.

Aux USA la “marche des pauvres”, menée par le révérent Ralph Abernathy (Civil Rights Movement) et par Coretta King, part de Memphis, de l’hôtel où fut tué Luther King. Le milliardaire Nelson Rockefeller est candidat républicain à la présidence des USA. Il représente la gauche du parti. La police abandonne la Columbia University de New York, d’où le 30 avril dernier, elle avait fait évacuer les étudiants occupants avec une violence jamais utilisée auparavant, du moins contre les blancs.

Les USA et le Vietnam du nord annoncent qu’ils sont parvenus à un accord pour le début des “pré-négociations de paix” à Paris le 10 mai. Les entretiens devraient mener à une nouvelle Conférence de Genève. En Espagne se déroulent le 3eme jour de manifestation et d’affrontements avec la police.

Paris Le 2 mai début du voyage de Georges Pompidou en Iran et en Afghanistan. Incidents à Nanterre où les cours sont suspendus. La faculté de Lettres de Nanterre est fermée. Le lendemain matin, la police envahira le campus. A la Sorbonne, des fascistes détruisent le siège du syndicat étudiant UNEF. Le 3 mai, éditorial de Georges Marchais dans l’Humanité qui y fustige “l’anarchiste allemand Cohn-Bendit” et raille les “révolutionnaires [… ] fils de grands bourgeois [… ] qui rapidement mettront en veilleuse leur flamme révolutionnaire pour aller diriger l’entreprise de papa et y exploiter les travailleurs”.  Meeting dans la cour de la Sorbonne. Trois cents étudiants se réunissent à la Sorbonne pour protester contre la fermeture de Nanterre. Les CRS encerclent l’université. Les négociations entre les étudiants et la police durent des heures, tandis que des étudiants se rassemblent dans les rues voisines. De violents affrontements  ont lieu dans la soirée. Évacuation par la police requise par le Recteur Roche. Manifestation au Quartier latin, incidents, près de six cents interpellations.

Toulouse Le Mouvement du 25 avril  organise une assemblée libre à la salle Sénéchal. Un tract est préparé pour l’occasion[4]. Ce tract fait le point sur la situation du mouvement

Entre le 1er mai et le 5 mai Claude David fondateur avec Joel Trottard[5] et Daniel Borderies du CAL (Comité d’Action Lycéen) du Lycée Pierre de Fermat, est accusé d’avoir tracé sur les murs du lycée des inscriptions injurieuses. L’administration du lycée porte plainte. Claude David est accusé de cet acte, il est aussi accusé d’avoir distribué des tracts. On demande 2500 francs de réparation pour les dommages et Claude David est exclu de l’établissement en attendant de passer en conseil de discipline.

Du 4 mai au 6 mai Monde Une délégation du Parti communiste tchécoslovaque menée par Dubcek est à Moscou.  Le Ministère des Affaires Etrangères français est au centre des préparatifs pour les négociations entre les USA et le Vietnam du nord. Pour le siège où se dérouleront ces négociations, on parle de deux châteaux près de Paris. Le 6 mai, l’imprimeur du journal étudiant milanais “La Zanzara” est condamné à 8 mois de prison. A l’occasion du procès pour une enquête sur la sexualité juvénile, il avait écrit une lettre indignée au procureur de la République. Il était poursuivi en justice pour outrage. La résistance sud-vietnamienne attaque dans 122 localités les troupes américaines et sud-vietnamiennes et l’armée. Ce n’est pas un nouveau Têt, mais une offensive politique censée influencer les entretiens de Paris.

4 mai Paris  l’UNEF et le syndicat enseignant SNESup condamnent les arrestations de la veille proclament  une grève générale illimitée et une manifestation, à partir du 6 mai. Pour le 6, est aussi prévue la réunion de la Commission disciplinaire de l’université devant laquelle doivent comparaître 6 étudiants, dont Dany Cohn-Bendit. Le 5 mai  six étudiants sont poursuivis en justice pour les affrontements du 3 ; quatre sont condamnés à des peines de détention fermes. La Sorbonne reste occupée par la police

 6 mai Toulouse Les étudiants du Mouvement du 25 avril se mobilisent sur les événements qui se sont déroulés à Paris, ils distribuent un tract « L’enjeu de notre lutte » qui reprend l’historique du mouvement et le place dans la perspective des événements parisiens. Ce tract appelle aussi à une manifestation le lendemain 7 mai à 17h à la fac de lettres[6]. L’objectif précisé dans ce tract porte sur la suite du mouvement, sur la libération des camarades parisiens emprisonnés et sur le soutien au lycéen de Toulouse exclu du lycée.  Les actions conjointes lycéens étudiants sont proposées.

7 mai Monde  Les Viet-cong occupent le quartier industriel et commercial de Cholon, à Saïgon. Les avions américains bombardent les zones de la capitale sud-vietnamienne occupées par les guérilleros.
Paris  Manifestation de Denfert-Rochereau à l’Etoile., 50 000 étudiants passent en cortège dans la zone sud de Paris, évitant le Quartier Latin, en présence de la police. Le cortège remonte les Champs-Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe. Sit-in autour du monument devant la tombe du soldat inconnu, lieu des cérémonies officielles importantes de la république. Sur le chemin du retour, l’UNEF ordonne la dissolution de la manifestation, mais les militants maoïstes attaquent la police et réussissent à entraîner d’autres manifestants dans les affrontements qui durent jusqu’au lendemain matin.

Toulouse. Réunion en assemblée des étudiants, manifestation, violents affrontements

En début d’après midi les étudiants et les enseignants de la faculté des Sciences se réunissent pour faire le point sur le mouvement étudiant et les événements qui se déroulent à Paris. Dans l’après midi la FET  se rassemble dans les jardins de la Faculté de Droit pour protester contre la réunion organisée dans le grand amphithéâtre par le « Mouvement du 25 avril » et l’ « Université Critique ». Des cars de CRS se situent non loin de là à Saint Sernin. 1500 étudiants et quelques enseignants de gauche se retrouvent dans un espace trop restreint. Durant cette réunion à l’extérieur les étudiants de droit scandent des slogans hostiles. L’assemblée dans l’amphi décide la grève illimitée et organise une manifestation en direction du Rectorat. A la sortie de l’assemblée les étudiants de la FET envoient des pétards mais ils sont pourchassés rapidement. Le cortège de 3000 étudiants se dirige vers le Rectorat avec des slogans « pas de flics à la fac ! », « Recteur démission !», « solidarité Sorbonne ! ». Au Rectorat [7] une délégation de 4 étudiants peut échanger avec le Recteur. Ce dernier garantit la liberté de discussion politique dans les facs.  Le  cortège se dirige ensuite vers la rue Gambetta pour se rendre au lycée Fermat. Un cordon de policiers attend rue Lakanal et devant le lycée. Quand le cortège avance la police intervient de manière très brutale[8]. Les policiers matraquent durement et blessent les étudiants, les passants sont indignés de cette violence. Du coté de policiers il y a aussi quelques blessés. Un dirigeant CFDT qui sortait de son local rue Lakanal est blessé à la tête, Alain Alcouffe[9] leader de l’UNEF est grièvement blessé et amené à l’hôpital[10]. La bagarre va continuer jusqu’aux alentours de 21h, les étudiants s’armant de projectiles divers (briques, pierres, bouts de ferrailles,…).  Des vitrines sont cassées. A 21h les étudiants se replient place du Capitole. Les toulousains sont profondément choqués par l’attitude violente de la police, ils éprouvent dès lors de la sympathie pour le mouvement étudiant.

8 mai et 9 mai Monde Moyen Orient : Les patrouilles israéliennes sont attaquées dans le Sinaï et en Galilée. Après les affrontements de Karameh, le 21 mars, la résistance palestinienne a énormément augmenté ses forces et a intensifié les infiltrations dans les territoires occupés et dans l’état d’Israël.
Tchécoslovaquie 8 mai : Un document à l’agence soviétique Tass attaque quelques journaux tchécoslovaques à la suite des accusations contre les services de sécurité russes sur la mort du ministre Masaryk en 1948. Le “dossier Masaryk”, classé comme “suicide”, avait été ré ouvert, sur insistance des étudiants.

Tchécoslovaquie 9 mai : Après un sommet improvisé entre 5 pays du Pacte de Varsovie à Moscou, appels préoccupés de Radio Prague. Les deux pays réformistes, La Tchécoslovaquie et la Roumanie, sont absents. La délégation de l’Allemagne de l’Est mène une attaque contre la Printemps de Prague.
Viet-Nam : A peine arrivé à Paris, Xuan Thuy, chef de la délégation nord-vietnamienne, réclame la suspension des bombardements américains et affirme que durant la première phase des entretiens, il représentera aussi le FNL sud-vietnamien.
Italie : Grève à la Marzotto de Valdagno, où les négociations sont de nouveau interrompues. Parmi les 19 personnes arrêtées le 19 avril, 12 se trouvent encore en prison.

France 8 mai : Discours d’Alain Peyrefitte Ministre de l’éducation à l’Assemblée nationale. Le gouvernement s’engage à ouvrir la Sorbonne et Nanterre si le désordre ne se répète pas. Le soir, un cortège de 30.000 personnes défile dans le Quartier Latin. A la fin de la manifestation le service d’ordre de l’UNEF impose la dissolution afin de respecter le pacte avec les autorités.
 

9 mai : Les leaders étudiants annoncent leur intention d’occuper la Sorbonne dès le départ des forces de l’ordre. En réponse, Alain Peyrefitte déclare que la Sorbonne restera fermée jusqu’au retour au calme. Le recteur ré ouvre la Sorbonne et Nanterre, mais la police n’abandonne pas l’université. Dans l’après-midi, devant un sit-in de milliers d’étudiants, le secrétaire du SNE-sup, Geismar, s’autocritique, pour avoir cherché un accord avec le recteur. Louis Aragon, intellectuel du PCF, est apostrophé irrévérencieusement par des étudiants alors qu’il s’adressait à eux à la Sorbonne. Il promet de leur ouvrir la revue qu’il dirige, “Lettres françaises”.

8 mai Toulouse.  18h15 – Trois mille personnes se réunissent au Palais des Sports (Halle au Grains) pour un meeting entre étudiants, enseignants et ouvriers, meeting organisé par l’UNEF, la CGT, la CFDT, la FEN, le SGEN et le SNESup. Ce meeting est marqué par un léger incident lorsque les leaders du Mouvement du 25 avril veulent intervenir dès le début en prenant le micro. La meeting sera ouvert par H. Shalde Vice président de l’AGET UNEF. Il dénonce les répressions policières.

Les leaders du Mouvement du 25 avril invectivent Schalde reprochant à l’UNEF de ne pas avoir soutenu les militants du Mouvement du 25 avril. Un intervenant de la faculté des Sciences M. Fabre  prend la parole en réclamant l’unité des étudiants afin de calmer les comportements en tendances dans le mouvement étudiant. A. Alcouffe essaie avec d’autres étudiants leaders du Mouvement du 25 avril de prendre la parole mais en sont empêchés par le service d’ordre. Il l’a prendra plus tard quand Manuel Martinez l’appellera au micro afin d’intervenir pour le Mouvement du 25 avril. Le Mouvement du 25 avril a du mal à se faire accepter des syndicats hormis la CGT qui acceptait le mouvement.  Alain Alcouffe fait le point sur le mouvement, rappelant la manifestation du 7 mai et la création de l’ « Université Critique ». Il est décidé de rédiger un livre blanc sur l’Université. En fin de réunion un cortège se dirige en manifestation vers le Capitole. Les jours suivants le mouvement continue, réunions éparses  ou AG dans les établissements universitaires et les lycées.

10 mai Monde Afrique : Sept leaders de l’opposition sont tués lors d’une embuscade au Soudan méridional. Parmi eux, se trouve William Deng, le président de l’Union nationale africaine, le principal groupe de l’opposition.

Italie : La faculté de Lettres de Pavie est évacuée après 43 jours d’occupation. La veille, 5 étudiants avaient été dénoncés pour violence contre le recteur. A Pérouse, le recteur fait dresser le drapeau à mi-hampe afin de protester contre la violence des étudiants. Sur l’initiative de l’ANAC, se constitue à Rome, un Comité national contre la répression. Pier Paolo Pasolini adhère aussi au Comité, qui participe à la manifestation nationale du mouvement à Pise. Malgré sa fameuse poésie sur Valle Giulia.
Grèce : Le leader grec de gauche Giorgio Tsarouha meurt à Salonique, juste après son arrestation, officiellement d’une crise cardiaque. Pour l’opposition, il s’agit en revanche d’un homicide. Tsarouha avait déjà été violemment frappé par les fascistes en 1962 au cours de l’agression, qui avait provoqué la mort de Lambrakis.

Vietnam : Ouverture de la Conférence de Paris entre les Etats-Unis et le Vietnam du Nord.

Paris  Nuit d’émeutes au Quartier latin. Un cortège de protestation défile devant la prison de la Santé. La police bloque les ponts vers la rive droite, les étudiants occupent le Quartier Latin et forment une soixantaine de barricades. A deux heures du matin, après des heures de négociations, la police attaque les barricades. Les affrontements sont très violents et durent jusqu’à l’aube.

Toulouse. Les élèves des clases préparatoires de Fermat se mettent en grève, un dialogue s’établit avec les enseignants. En fin d’après midi plusieurs centaines de lycéens défilent du Capitole à Saint Sernin. Le CAL du lycée Fermat distribue des tracts.

mai68 débute manif place du salin      

11 mai Monde   ONU : Dans son rapport, le Comité économique de l’ONU pour la planification et le développement, informe qu’avec le rythme actuel de développement, les pays africains rejoindront le rendement moyen annuel de chacun des pays industrialisés dans 340 ans seulement.

Allemagne de l’Ouest : “La marche des étoiles” suggérée par la SDS pour protester contre les lois exceptionnelles se conclut à Bonn. 70.000 personnes participent. L’écrivain Heinrich Böll intervient au meeting final.

USA : Le leader du mouvement Jerry Rubin annonce la fondation du Youth International Party (Yippies) et convoque une manifestation de masse à Chicago. Les Rolling Stone attaquent Rubin, en lui rappelant la strophe de Dylan “Don’t follow the leaders”.
Paris  Les syndicats CGT, CFDT et la FEN appellent à la grève générale pour le 13 mai. Retour précipité de Georges Pompidou d’Afghanistan qui annonce la réouverture de la Sorbonne pour le 13 mai.La France entière est profondément touchée par les affrontements de Paris ; la radio retransmet en direct les négociations entre les étudiants et le recteur, et la longue bataille. L’association française de critiques cinématographiques et journalistes TV réclame la suspension du festival de Cannes pour la grève générale du 13.

Toulouse  Le matin des piquets de grève sont mis en place au lycée Fermat. Plus de deux cent élèves se réunissent  dans l’amphi Marsan de la faculté des lettres pour entendre les responsables des étudiants. A 15h deux mille étudiants de la faculté des Sciences de Rangueil vont en cortège place du Capitole. D’autres étudiants se joignent à eux place du Capitole. A. Alcouffe président de l’UNEF prend la parole. Les leaders essaient de rejoindre une équipe de l’ORTF en train de tourner une émission square De Gaulle. Puis en fin d’après midi une réunion se tient à l’AGET-UNEF.

12 mai Monde Moyen Orient : Affrontement d’artillerie à la frontière entre Israël, Liban et Jordanie. Affrontements avec un groupe de Fedayins infiltré aussi à Jéricho. Al Fatah annonce 4 interventions sur le territoire israélien dans les 48 heures.

USA : Le premier échelon de la “marche des pauvres” arrive à Washington. Pour les jours suivants, sont attendues des milliers de personnes qui camperont sur un terrain de 6 hectares, près de la Maison Blanche : cela s’appellera Résurrection City.

Paris   Bien que Pompidou ait accepté toutes les revendications des étudiants (réouverture de la Sorbonne le 13 et libération des personnes arrêtées), la tension est très forte. Des groupes de jeunes ouvriers s’unissent aux manifestations étudiantes en France.

Toulouse Des tracts (60 000) signé des syndicats CGT, CFDT, FEN et Mouvement du 25 avril sont distribués. Ils appellent à la grève pour le 13 mai.

13 mai  Monde Vietnam : Le secrétaire de l’Onu U Thant dénonce à Ottawa la “conduite sauvage de la guerre” au Vietnam de la part des américains. Le Pentagone informe qu’il effectuera un bombardement chimique capable de déboiser la forêt où se cache la guérilla.
Grand Bretagne : Nouvelle baisse de la livre sterling qui atteint son point le plus bas, après la dévaluation de l’année précédente. Face au projet de blocage des salaires proposé par le gouvernement, même le groupe travailliste est divisé et il y a risque d’élections anticipées.

Italie : A l’examen écrit de latin, le professeur Paratore donne aux étudiants romains de la faculté de Lettres, une citation de Mao, dans laquelle il souligne le manque d’expérience et de maturité des jeunes. Le mouvement interrompt l’examen et demande l’abolition de l’épreuve.

Paris : La Cour d’appel met en liberté provisoire les condamnés du 5 mai. La Sorbonne est ré ouverte et aussitôt occupée. Manifestation syndicale de la gare de l’Est à Denfert-Rochereau à Paris 800.000 personnes manifestent. Les étudiants continuent jusqu’au Champs-de-Mars. Des centaines de milliers de français dans les rues. La tension entre étudiants et syndicats n’explose pas mais les étudiants refusent de se dissoudre à la fin du cortège, et occupent la Sorbonne. La grève générale interrompt le festival de Cannes. Aucune projection n’est effectuée. Seuls les critiques réussissent à visionner, de nuit, les films de la compétition. Le palais est entouré de manifestants.

Toulouse Grève dans les principaux secteurs de l’industrie, de la fonction publique ; enseignement, transports publics, le secteur du bâtiment, etc. Le rassemblement des grévistes a lieu en début d’après midi place Jeanne d’Arc. A 15 heures le cortège de manifestants se dirige vers la place du Capitole aux cris de « De Gaulle démission Amnistie pour les étudiants, Université démocratique », etc.  En tête du cortège les responsables syndicaux des centrales ouvrières et du mouvement étudiant. Place du Capitole le nombre de manifestants s’élève de dix à douze mille personnes, les responsables syndicaux et étudiants prennent la parole pour des discours. A la fin les manifestants chantent l’Internationale puis il y a dispersion de la manifestation. Les étudiants organisent une opération « portes ouvertes » à la faculté de Lettres où des discussions avec les visiteurs durent tard dans la nuit. A la faculté de Droit un mouvement se met en place, se mouvement se veut apolitique et se mobilise sur « l’esprit des lois ». Les étudiants de la Corpo de Droit[11] veulent tenir une réunion, ils se voient interdits de séjour à l’intérieur de la faculté.Parallèlement un conflit éclate au sein de l’entreprise Duc et Méric chemin de Balufet. Des actions menées par les délégués du personnel pendant la grève on été jugées inacceptables par la direction et des sanctions sont  prises contre eux.

14 mai Monde Panama : Depuis la veille, a guerre civile règne à Panama, à trois jours des élections anticipées. L’armée soutenue par l’actuel président, l’opposition majoritaire à l’Assemblée, et les manifestants, ont déclaré ensemble la victoire de leur candidat.
Allemagne de l’Ouest : A Essen, en République fédérale allemande, des étudiants de la SDS attaquent et dispersent un rassemblement du parti néonazi. Dans toutes les universités, préparation des manifestations contre les lois exceptionnelles, qui seront discutées au Bundestag le 15.

Paris Départ du Général de Gaulle pour la Roumanie voyage officiel qui durera jusqu’au 18 mai. Dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée Nationale par le PCF et la FGDS. La grève spontanée commence en Lorraine avec l’agitation des usines Claas. A Nantes, les ouvriers de la Sud-Aviation occupent l’usine et séquestrent le directeur et quelques dirigeants.

Toulouse.  La Faculté de Lettes est occupée 24 heures sur 24, des réunions  de discussion et réflexions sont organisées en permanence sous l’égide de l’ « Université Critique ». Un sujet est aussi abordé : le problème des examens, tenue –boycott- annulation.

15 mai Monde Biafra : Un représentant du ministère de Commonwealth annonce que le 23 mai à Kampala, commenceront les négociations entre le Nigéria et la région sécessionniste du Biafra. La guerre entre les deux pays conduit à un génocide par la faim des biafrais.

Allemagne de l’Ouest : Pour la seconde fois, le Bundestag discute les lois exceptionnelles. Après l’approbation, les lois devront être “approuvées” par les puissances d’occupation occidentales, pour ensuite passer à nouveau au Bundestag. Manifestations dans toutes les universités allemandes.
Italie : “L’Unité” exalte la signature du contrat de travail à la Marzotto. L’accord, passé la veille, est une victoire des ouvriers sur tous les points. Mais en échange, la Maozotto licencie, sans résistance syndicale, 850 ouvriers de l’établissement de Pise.

Paris Les ouvriers de Renault-Cléon entrent en grève, séquestrent le directeur et une dizaine de dirigeants, dressent le drapeau rouge sur l’usine, et déclarent l’occupation illimitée. Deux autres usines sont tout de suite occupées dans la même zone. Le théâtre Odéon à Paris est occupé par des étudiants.
Toulouse Les étudiants du Mouvement du 25 avril organisent une collecte pour soutenir les grévistes de Duc et Méric. Les étudiants de l’Ecole des Beaux Arts se joignent au Mouvement du 25 avril et l’ « Université Critique » ils occupent les locaux de leur école. Ils mettent à l’ordre du jour le report de leurs contrôles de fin d’année. A la faculté des Sciences de Rangueil les étudiants en assemblée générale (1600 étudiants) décident du report de leurs examens et engagent des discussions sur les réformes dans les Facultés. A la faculté de Médecine les élèves de première, deuxième et troisième année se mettent en grève illimitée des examens avec préavis d’un mois. Ils occupent les locaux de la faculté de médecine. Les championnats universitaires d’athlétisme sont boycottés par les élèves et enseignants d’éducation physique du CREPS et de l’IREPS.  Ils organisent un débat avec les étudiants sur place.

16 mai  Monde Moyen Orient : Dans une interview au “Monde”, le ministre égyptien des Affaires Etrangères soutient l’initiative de paix du délégué de l’ ONU, Jarring, basée sur la résolution 242 des Nations Unies. La 242, refusée par les palestiniens, provoque de profondes divisions en Israël.

Allemagne de l’Ouest :Le Bundestag approuve la législation d’urgence avec l’appui de la SPD. Seule opposition, celle des libéraux. La mobilisation des étudiants aura été vaine.

Paris Le mouvement de grève s’étend dans les entreprises. L’agitation arrive chez Renault de Flins, et dans la soirée, l’usine Renault-Billancourt, l’usine principale du pays, est occupée. En France 50 usines sont occupées. A Paris, l’Académie Française est occupée.

Toulouse Les étudiants de Droit et Sciences Economiques décident d’un report des examens. Le Maire de Toulouse visite les étudiants de l’Ecole des Beaux Arts (dont il est responsable) et leur demande de protéger leur école. A la faculté de Droit des étudiants inspirés par le Mouvement du 25 avril tiennent une réunion. A l’appel de la CGT du bâtiment les travailleurs de ce secteur débrayent massivement. Ils se regroupent au carrefour de Purpan et forment un long cortège d’automobiles, motocyclettes. Le cortège de mille cinq cent personnes composé d’ouvriers et d’étudiants se dirige vers la ville en bloquant la circulation et en faisant grand bruit. Le secrétaire de l’Union syndicale du bâtiment  M. Rocchia est reçu par  M. Allais délégué à la chambre patronale pour présenter des revendications des ouvriers du bâtiment.

17 mai Monde  Moyen Orient : Le ministre de la défense israélien Dayan, expose le projet stratégique de l’occupation du Sinaï. Le général espère une déstabilisation en Egypte, menant à un nouveau gouvernement prêt à faire la paix avec l’Israël.

Tchécoslovaquie :Les négociations entre URSS et Tchécoslovaquie se poursuivent : Kossighin arrive à Prague. Les derniers communiqués sont rassurants, mais le fait que les entretiens se multiplient démentit l’amélioration évoquée auparavant entre les deux partis frères.

Paris Rencontre du leader de la FGDS Mitterand  et du PCF Waldeck-Rochet. Grève à l’ORTF.  A Cannes après quatre jours de tension et de discussions, une assemblée de cinéastes, techniciens et journalistes français, décide d’occuper le palais du cinéma de Cannes et de constituer les “Etats Généraux du cinéma” ; 1500 professionnels y adhèrent. 200.000 ouvriers sont en grève. Le syndicalisme, pris à l’improviste dans la lutte dans les usines de province, réussit à gérer la situation seulement à Billancourt, où il tente de bloquer la rencontre ouvriers-étudiants. Paris est occupée par 70.000 policiers.

Toulouse Les cheminots décident la  grève générale illimitée à partir de minuit. Au lycée Berthelot les élèves arrêtent les cours et réclament la réforme. Les élèves du Lycée Ozenne arrêtent à leur tour les cours. A la faculté de Lettres, le matin une commission extraordinaire se réunit sous la présidence du Doyen Godechot, deux cent trente enseignants et quarante étudiants dont ceux du Mouvement du 25 avril, de l’AGET UNEF, de la FET et du Comité d’Action Universitaire. Ils décident de mettre en place des commissions mixtes (enseignants et étudiants) et la création d’un comité de gestion tripartite[12] qui siège pour la première fois en fin de soirée. Le soir au siège de la CFDT rue Lakanal se tient une réunion entre les étudiants et les travailleurs de Sud Aviation dont l’objectif est la suite à donner au mouvement.

18 mai Monde Vietnam : Le premier ministre du gouvernement pantin sud-vietnamien, Van Loc est destitué de ses fonctions. C’est le résultat du heurt entre le président Van Thieu, proche des positions américaines, et le vice-président ultranationaliste Cao Ky.
 Usa : Manifestations dans de nombreuses universités américaines. A Berkeley, des milliers d’étudiants expriment leur solidarité avec 866 étudiants qui ont refusé de partir pour le Vietnam. La Columbia est occupée, afin de protester contre la réquisition d’un terrain de jeux pour enfants noirs.

France Le président du jury de Cannes XXI ieme festival  annonce la suppression du concours. Les réalisateurs Malle, Polanski, et les acteurs Vitti et Terence Young se sont retirés du jury. Les réalisateurs Resnais, Lelouch et Cournot ont retiré leurs films, en solidarité pour le mouvement. Grève générale en France, la paralysie économique gagne l’ensemble du pays, 2 millions de personnes sont en grève. Les écoles, les usines, les chemins de fer, les mines, les ports, les bureaux, les industries agricoles sont bloqués. De Gaulle anticipe son retour de la Roumanie. Les syndicats insistent sur le caractère revendicatif de leur lutte.

Toulouse Dans un amphithéâtre de la faculté de Lettres on discute sur l’ « Art et la Révolution ». Un groupe d’étudiants décide d’aller occuper les locaux du Centre Culturel de Toulouse rue Croix-Baragnon. Les étudiants sont reçus par le directeur du centre C. Schmidt. Le directeur conciliant accepte que le centre soit occupé en limitant aux parties publiques (salle de conférences et d’expos). Les étudiants expriment leurs revendications, notamment l’annulation du programme du centre, l’ouverture du centre à toute la population et non aux seuls adhérents. Ils proposent que les artistes qui exposent vendent leurs œuvres pour le soutien aux grévistes. Mr. Schmidt accepte d’accompagner les étudiants jusqu’à l’ORTF où il est prévu une émission relatant la situation. Le Lycée Déodat de Séverac se met aussi en grève à l’initiative du CAL. A la faculté de Droit la commission rassemblant l’ensemble des personnels se met en relation avec les différentes tendances du mouvement étudiant. Lors de l’assemblée de faculté deux points sont décidés : les examens sont maintenus aux dates prévues sous forme allégée et des commissions seront ensuite crées afin d’établir les réformes souhaitées. Le personnel PTT du tri postal se met aussi en grève dans la nuit du18 mai. La circulation des trains est entièrement paralysée (marchandises et voyageurs). Des autocars se substituent provisoirement aux trains. La CGT réunit à la Bourse du travail ses militants  (600 environ) afin de voir comment poursuivre le mouvement.

19 mai Monde USA : A l’aube, la police évacue la Columbia barricadée dans la nuit par les occupants. Les violences de l’évacuation précédente se répètent.
 Italie :  35 millions d’électeurs sont appelés à voter. Le pourcentage de participation sera élevé : 92%.

France  La grève a désormais paralysé toute la vie du pays. Les journalistes et techniciens de la télévision contrôlent les transmissions. A Paris, on fait la queue devant les magasins dans un climat insurrectionnel.

Toulouse :  Les cadres et agents de maîtrise de la SNCF se joignent à la grève des ouvriers. Au Centre Culturel occupé devenu « Centre critique », les discussions se poursuivent avec les animateurs du centre sur le thème « culture bourgeoise et culture populaire ». Le Mouvement du 25 avril rejette toute responsabilité sur l’occupation de ce centre sans désavouer l’action. A la faculté de Pharmacie plusieurs représentants de facultés françaises se réunissent, on y parle de conseils et comités. Des journées portes ouvertes à la faculté des Lettres, plus de mille visiteurs de toutes les couches sociales se présenteront. La faculté des Sciences reçoit des parents d’étudiants souhaitant se renseigner sur ce qui s’y passe. Le soir pendant une réunion du Mouvement du 25 avril une délégation des grévistes CFDT du tri postal vient alerter de l’arrivée de policiers dans leurs locaux à la suite d’un appel du directeur du centre de tri. Les étudiants se rendent à la gare où se trouve le centre de tri et y restent tard dans la nuit pour s’assurer que rien ne s’y passera.

20 mai Monde Vietnam : La Pravda (journal de l’URSS) publie une interview anonyme, d’un sergent USA des opérations spéciales au Vietnam, où sont dénoncés les carnages des civils.

Aux USA : la tension raciale grandit à nouveau, après l’assassinat d’un jeune noir à Maryland, de la part de la police. A Washington, les journaux poussent à la destruction de Résurrection City.

Italie : Fermeture des urnes à 14h00. En soirée, arrivent les résultats du Sénat : PCI et PSIUP liste unique, gagnent 4,5%, la Dc 1,2%. Pour le PSU c’est un désastre : il perd 5,1.

France  Le festival de Cannes est définitivement interrompu. Les Etats Généraux du cinéma décident la fin “morale” du Centre National du Cinéma et se donnent quelques objectifs (s’attaquer aux monopoles, abolition de la censure, réforme de l’enseignement audiovisuel, union avec la TV autogérée et indépendante du capital et du pouvoir). Le port de Marseille est occupé. Les centrales électriques et téléphoniques sont bloquées. Le secrétaire du PCF Waldeck-Rochet propose la constitution d’un gouvernement populaire. Le secrétaire de la CGT, Serge Seguy, se prononce contre la grève insurrectionnelle.

Toulouse. Les toulousains inquiets, prévoyant un blocage général des activités, comme tous les français commencent à stocker des produits alimentaires, de l’essence. Par exemple un pompiste en un jour distribue trois fois la quantité habituelle. Les 7500 travailleurs des trois usines de Sud-Aviation de Toulouse se mettent en grève illimitée.  Les ouvriers des grandes sociétés se mettent en grève GA, Fiorio, Lafarge, Royer, Bisseuil, Grands travaux de Marseille,… et occupent les entreprises ou les chantiers.Tous les enseignants et personnels des établissement primaires et secondaires se mettent en grève.  Les hôpitaux  se mettent aussi en grève.A la faculté de Lettres le comité de gestion s’assure que les locaux soient surveillés afin qu’ils ne subissent pas de dégradations ou de vols durant cette période des personnes autres que des étudiants entrent et sortent de la faculté en permanence[13].A Rangueil la grève est décidée jusqu’à la mise en œuvre des nouvelles structures de gestion organisationnelle de la faculté. A titre transitoire un comité tripartite parallèle est mis en place. A la faculté de Médecine les étudiants de CPEM (classes préparatoires aux études de médecine) et CPEBH (classes préparatoires aux études de biologie humaine) votent le principe du rattachement à la faculté de médecine. En pharmacie un rencontre officieuse entre enseignants et étudiants a eu lieue. Au lycée Bellevue élèves et enseignants  créent un conseil de gestion.

21 Mai Monde Haiti : Des groupes de guerriers débarquent à Haiti, occupent quelques zones dans le nord de l’île, et lancent un appel radio à la population pour qu’elle s’insurge contre la dictature de Papa Doc (François Duvalier) et la police secrète, les Ton Ton Macoutes.
USA : Les autorités de la Columbia suspendent un cours donné par le leader de la SDS, Mark Rudd. Réponse immédiate des étudiants qui occupent la Hamilton Hall et barricadent les accès.

Italie : Trois milles hommes de la police évacueront les maisons occupées à Rome. Pour la première fois, les occupants résistent et affrontent pendant trois heures la police. 160 chefs de famille et 13 femmes sont dénoncés. Une arrestation.

France 7 millions de grévistes,Waldeck-Rochet propose aux leaders des autres partis de gauche, Miterrand et Mollet, la création d’un groupe uni de la gauche. Sartre parle à la Sorbonne occupée. Tous les théâtres de Paris sont occupés.

Toulouse Plus de 100 000 grévistes en Haute-Garonne (enquête CST). Le centre culturel est occupé par le personnel en grève. Les Postes Télégraphe et Télécommunications (PTT), cette grève engendre de longues attentes pour le paiement des chèques postaux. De même, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, la Caisse d’Allocations Familiales, les banques se mettent en grève. Les services municipaux, les abattoirs, la poudrerie, la cartoucherie, le CEAT, la Manufacture de Tabacs, tous ces établissements sont en grève avec occupation de locaux. La STCRT (Société des transports en commun de la région de Toulouse ) est en grève de même l’APC (ex ONIA puis AZF) 3200 personnes sont aussi en grève la production en continu est très limitée.De même chez Parcor (produits pharmaceutiques), Solac (produits chimiques) les usines Saint Gobain il y a grève avec occupation de locaux. Enfin toutes les entreprises de la métallurgie Métodécor, Descamps, Huard Charrue France,  ateliers Microturbo, les dépôts de Renault et les entreprises de l’aéronautique, Bréguet, Latécoère, Air France sont en grève. Les étudiants des beaux arts occupent l’Ordre des Architectes quai de la Daurade et demandent la dissolution de l’Ordre. Le lycée de Bellevue décide en assemblée générale la création d’un conseil provisoire d’autogestion.  Les étudiants de l’école normale des instituteurs occupent aussi leurs locaux. Il se crée aussi des comités de gestion au Lycée Déodat de Séverac, à l’IUT et à l’ENSEIHT. Enfin certains CET se mettent en grève et au lycée Fermat un comité de grève réunit les enseignants et les élèves.

22 mai Monde USA : A l’aube, la police de New York évacue l’univesité Columbia, avec la même dureté utilisée lors de l’attaque du mois d’avril.

Haiti : Duvalier déclare avoir rompu la rébellion dans le nord de Haiti. Il demande de toutes façons la convocation immédiate du Conseil de sécurité de l’ONU.

France Création du Comité national de défense de la République (CDR). Les syndicats se déclarent prêts à négocier avec le gouvernement. Attaque du local national conjoint des CDR et du Service d’action civique (SAC dirigés par Charles Pasqua) rue de Solférino par des manifestants. La grève s’élargit encore. Une motion de censure pour le gouvernement gaulliste ne passe pas pour seulement 11 votes, elle ne recueille que 233 voix. On retire son droit de séjour à Daniel Cohn-Bendit, de nationalité allemande, leader du Mouvement 22 mars, alors qu’il se trouve à Amsterdam pour une manifestation. Les étudiants en grève demandent l’amnistie pour les étudiants condamnés.

Toulouse.Les centrales syndicales obtiennent un accord dans le secteur de la  banque ; à la Caisse d’épargne la direction octroi un 13eme mois et une augmentation de 6% des salaires.Les grèves s’étendent dans les banques Crédit Lyonnais 90% de grévistes, Société Générale 90%, Marseillaise 90% , Banque Courtois 5%, Worms 95% , Bordelaise de Crédit 95% et la BUP 100% de grévistes.Les employés du textile se sont mis en grèves vêtements Mas, Carcel, Ramonède, Groard, Unova, Barbe, Bol Poms, BBC et Lévy, enfin les 4500  employés des grands magasins se mettent en grève ; de Monoprix, Printafix, Nouvelles Galeries, Capitole, Maison de Paris, Mobb, les Galeries Barbes, les établissements de métallurgie Longométal, Pages, Davum, CEIM, Brossette, et Métal Toulouse sont aussi en grève.Les services des Douanes 70% des personnels en grève, de même la Trésorerie 50%.Les étudiants de Rangueil réunis en assemblée libre de l’Université Critique de Toulouse section sciences décident le principe d’une université d’été. L’assemblée générale décide de donner le pouvoir au comité transitoire de gestion tripartie. A la faculté de médecine les enseignants se déclarent en faveur de l’autonomie et de la gestion, mais les étudiants et les corps intermédiaires veulent une restructuration des l’ensemble hospitalo-universitaire. . Les étudiants occupent leur faculté.

Jeudi 23 mai Vietnam : A Paris, le chef de la délégation américaine, Harriman, n’exclut pas la possibilité d’une interruption des négociations si les nord-vietnamiens devaient “s’avantager” pour les limitations des bombardements Usa.

Espagne : Le procès de 14 militants des Commissions Ouvrières se conclue à Madrid. Ils sont accusés de manifestations anti-franquistes ; ils sont tous condamnés à un an de détention.

France La grève a désormais entraîné 10 millions de personnes. Affrontements et barricades au Quartier Latin, mais la CGT refuse d’adhérer aux manifestations pour la rentrée de Daniel Cohn-Bendit.

 Toulouse Suite à l’interdiction de séjour en France pour Daniel Cohn-Bendit le Mouvement du 25 avril et de l’Université Critique de Toulouse section sciences décident d’organiser une manifestation pour le 24 mai. Les étudiants reçoivent l’appui de toutes les centrales syndicales professionnelles.L’Ecole des Beaux Arts suit le mot d’ordre décidé nationalement à Reims de boycotter les examens y compris les Certificats d’aptitude aux formations artistiques supérieures.  Le projet de réforme proposé par l’école des Beaux Arts de Toulouse a été retenu par les autres écoles françaises.

24 mai  Monde USA : Assemblée des acteurs solidaires de la “marche des pauvres” à Washington. Entre autres, Marlon Brando, James Garner, Nathalie Wood, etc

France Le Général de Gaulle parle dans les radios et la télévision, le discours tant attendu dure 7 minutes. Il annonce un référendum sur la participation (entreprises, universités) pour le mois de juin. Un commissaire de police est tué à Lyon par un camion lancé par les manifestants. Nouvelle nuit des barricades. Les étudiants s’affrontent avec la police dans les principales villes. A Paris, les manifestants tentent d’attaquer la Bourse, elle est incendiée, et occupent la police sur une distance de 10 Km.

Toulouse Manifestation place du Salin[14] à 16 heures, celle-ci réunit au démarrage 3500 personnes la manifestation s’amplifie en se dirigeant vers la place du Capitole. A la mairie une délégation comprenant Raymonde Mathis (Sciences) pour le comité tripartite Sciences,  Kayser et Sol pour les enseignants et Escaffre, Mercadier, Pignes pour les étudiants du comité tripartite Lettres, Grosse (FEN) Loubet, Dubois et Sakiroff (CFDT) se présentent aux délégués FO de la mairie qui font l’interface avec le maire. La délégation est présentée au maire Louis Bazerque. La délégation soumet la motion qui demande la reconnaissance de l’université autonome, la solidarité de la municipalité avec les travailleurs et enfin la mise en place d’un fond d’aide aux grévistes. La foule qui attend devant la mairie s’impatiente un manifestant accroche des drapeaux rouges  et noirs aux fenêtres de la mairie, un autre grimpe sur la façade du bâtiment pour les accrocher au balcon de la mairie soutenu par des ovations de la foule[15]. Le maire et la délégation se présente au balcon de la mairie. Le maire prononce un discours ou il annonce son soutien à la motion présentée par la délégation il réprouve les brutalités policières du Quartier Latin. La foule entre dans la cour de la mairie et attend jusqu’au retour de la délégation et un discours de M. Kayser ouvrier CFDT de Sud Aviation. A 20h la manifestation se disloque. Le soir vers minuit des étudiants de droite enlèvent les drapeaux rouges et noirs qui flottaient sur la mairie. Les étudiants de lettres informés font rapidement un manifestation qui remet les drapeaux en ordre. Cette manifestation improvisée dure une heure dans la nuit elle passe par place Wilson, puis rue Bayard, puis la Gare et se termine avenue Jean Jaurès. Comme dans toute la France les établissements publics et privés sont en grève. Les agriculteurs se réunissent à Carbone et s’élèvent contre la tutelle de la caisse nationale et réclament l’abrogation du décret du 15 juillet 1965 pour l’octroi des prêts spéciaux ils réclament la révision des taux d’intérêts pour les prêts permettant l’acquisition des terres.

25 mai Monde  Vietnam : La pression des Viêt-Cong sur Saigon ne ralentit pas. Les USA répondent avec 24 heures de couvre-feu, dans le nord de la ville, et avec 123 bombardements dans le nord, en 24 heures.

Italie : Affrontements entre la police et des ouvriers à Trente, lors d’une grève chez Michelin. L’entière Commission interne est arrêtée, ainsi que des étudiants. Une manifestation obtient immédiatement la libération des personnes arrêtées. La CGIL et la CISL annoncent une grève générale le 29/7.

Allemagne de l’Ouest : L’agitation reprend dans les universités allemandes, contre les lois exceptionnelles. Les étudiants demandent aux syndicats de déclarer la grève générale.
France Début des négociations rue de Grenelle entre gouvernement et centrales syndicales.  Le bilan des affrontements de la nuit est extrêmement lourd : des centaines de blessés, un manifestant mort à Paris, un commissaire tué à Lyon. Dans la soirée, nouvelle bataille à Bordeaux. Même les paysans forment des barricades.
Toulouse A 10h du matin les travailleurs en grève se réunissent devant la bourse du travail, P. Baghi secrétaire général de la CGT prononce une allocution et une manifestation part en cortège dans la ville aux cris de « De Gaulle démission! » « Gouvernement populaire ! » Pompidou on s’en fout ! ». Les leaders de la CGT (Duthil, Baghi, Sala) et du PC (Doumeng, Llante, Boule et Llabres) sont à l’avant du cortège, en fin de matinée le cortège revient à la bourse du travail. Dans les centrales ont attend les consignes de Paris compte tenu des événements qui se déroulent dans la capitale, notamment des négociations à Matignon et rue de Grenelle. Localement on se préoccupe des actions à mettre en œuvre pour les jours à venir. La ville est calme, les commerces sont fermés. Il règne une ambiance délétère. Les élèves du lycée Fermat veulent occuper le lycée jour et nuit, le proviseur décide de fermer l’internat.

26 mai Monde Moyen Orient : Cinquième jour consécutif de manifestations anti-israéliennes, et affrontements à Gaza. Devant un barrage routier, un israélien civil ouvre le feu et blesse cinq étudiantes. Al Fatah revendique le meurtre ou les blessures de 120 soldats israéliens.

Suède : Trois heures de bataille entre des étudiants et la police à Stockholm. Après avoir essayé de former un cortège jusqu’au palais royal, les étudiants improvisent un sit-in au centre de la ville attaqué par de nombreuses forces de police.

France Le discours de De Gaulle n’a pas persuadé les français, et le gouvernement est désorienté. Le Général de Gaulle donne son accord à Jacques Foccart pour l’organisation d’une grande manifestation pour le vendredi 31 mai (elle aura finalement lieu le 30 mai).  Dans les stations l’essence est rationnée, et est désormais distribuée uniquement en cas d’urgence.  Rue de Grenelle, siège du Ministère des Affaires Sociales, les syndicats cherchent un accord avec les représentants des industriels et du gouvernement.

Toulouse Vers 2h du matin deux cocktails molotovs sont lancés contre les murs des locaux de l’AGET UNEF rue des Lois. Vers 4h un nouveau cocktail molotov est lancé à l’intérieur des locaux et provoquent un début d’incendie. Les étudiants essaient en vain de rattraper les agitateurs qui ont commis se méfait. Ces mêmes agitateurs lancent un nouveau cocktail molotov contre l’école des Beaux-Arts. Dans les établissements scolaires et universitaires les discussions vont bon train, on y discute de l’enseignement, de la société, des réformes possibles et de la situation politique. Ce jour là les français rapatriés d’Algérie  (pieds noirs) manifestent en chantant la Marseillaise et en demandant la démission de De Gaulle et de Pompidou. Le président national, les membres du bureau Rousselet, Marty, Delpech, Verdier et Estrade sont en tête de cette manifestation.  Les manifestants arrivés devant la préfecture chantent « c’est nous les africains ». Ils trouvent les portes de la préfecture fermées, les manifestants tentent d’ouvrir en défonçant la porte à coups de poteaux béliers. Les manifestants arrivent à obtenir qu’une délégation soit reçue par le préfet Stirn. La délégation ressort avec un engagement écrit précisant qu’au cours de la prochaine session parlementaire sera examiné la proposition de loi 594 de Mr. André Rousselet pour la « protection juridique des rapatriés ». Ils se dirigent ensuite place du Capitole ou leur drapeau tricolore orné de pieds-noirs est planté sur une fenêtre de la mairie.

27 mai Monde  Italie : après une tentative d’irruption fasciste, la Catholique de Milan est évacuée, mais occupée à nouveau dans l’après-midi.
France  Accord sur le protocole de Grenelle entre les syndicats, le patronat et le gouvernement (augmentation du SMIG et des salaires, réduction des horaires, abaissement de l’âge de la retraite). L’accord entre le gouvernement et les syndicats est signé à 7h15. Une heure plus tard, il est repoussé par les ouvriers des usines de Renault de Boulogne Billancourt. Meeting de la gauche moderniste au stade Charléty à Paris, le meeting est organisé par l’UNEF, le PSU et la CFDT. Pierre Mendès France participe, sans y intervenir. . Jean-Marie Straub dédie à la lutte du mois de mai français et à Mao Tze Tung “Le fiancé, l’actrice et le maquereau” et, après avoir quitté la France (contre la guerre d’Algérie) et la RFA (questions légales des droits d’auteur), il s’installe à Rome.

Toulouse A la faculté de Droit les examens ont lieu toute la semaine. L’après midi se déroule une manifestation monstre de 50 000 personnes à l’appel de toutes les centrales syndicales et de la FGDS, le PC et le PSU.  Les slogans « Unité d’Action !» «  De Gaule Démission ! »,  accompagnent cette manifestation ou l’on chante l’internationale. A 18h15 la manifestation se termine place du Capitole ou Gorsse (Fédération de l’Education Nationale) prononce un discours. Un système de cogestion est mis en place au Lycée Fermat,  les élèves lèvent l’occupation des locaux. La grève des ouvriers boulangers se fait sentir il y a des queues devant les boulangeries très tôt le matin. Quelques incidents émaillent ses journées où l’inquiétude gagne la population. L’essence commence à manquer.

28 mai Monde USA : Encore une révolte noire à Louisville dans le Kentucky, provoquée par la reprise d’un agent, suspendu pour mal traitement des détenus noirs. La police répond à ces incidents et saccages, par l’usage d’armes à feu.
France Le ministre de l’éducation, Alain Peyrefitte démissionne. Mitterrand propose un gouvernement alternatif mené par Mendès-France, mais le PCF se dissocie. La CGT appelle à une manifestation à Paris pour le lendemain.
Toulouse Deux cent paysans occupent les locaux  de la Caisse du Crédit Agricole de la rue Ozenne, le Conseil d’Administration de la banque se réunit et débouche sur un accord avec la FDSEA. Les  accords de Grenelle ne débouchent pas sur des proposition acceptables ; les grévistes toulousains comme ceux de Renault à Billancourt ou Flins trouvent les propositions insuffisantes. Le Mouvement du 25 avril organisent un concert de soutien aux familles de grévistes, Pi de la Serra et Paco Ibanez interprètent un récital de solidarité au grand amphi de la faculté. Un bureau indépendant inter lycées est créé au Lycée Technique Déodat de Severac. A Rangueil le comité de gestion tripartite décide du report des examens à septembre et octobre. Le Doyen en désaccord démissionne il est remplacé par M. Beeteschen. Les étudiants organisent des débats avec des personnalités invitées sur le rôle de l’Art dans la société.

29 mai Monde Allemagne de l’Ouest –  Dernière discussion à Bundestag sur les lois exceptionnelles. Neuf universités sont fermées et des dizaines de facultés occupées. Affrontements à Munich, Hambourg et Berlin.  USA – Deux noirs sont tués par la police lors des affrontements de Louisville.
Italie : L’université la Statale de Milan est occupée. Les quatre universités de la ville sont ainsi occupées. Occupation aussi au Magistero de Rome. Trois professeurs d’Architecture à Rome sont dénoncés pour apologie de délit. Ils avaient souscrit une déclaration favorable au mouvement étudiant, affichée en faculté.

France 500.000 personnes participent à la manifestation lancée par la CGT à Paris. Le matin, De Gaulle disparaît à l’insu de tous. Panique au gouvernement. Dans l’après-midi, on apprend qu’il s’est rendu secrètement à Baden Baden, chez le général Massu, commandant des troupes françaises en Allemagne, pour s’assurer de l’éventuelle protection de sa famille, et le soutien de l’armée en cas d’essai de force. Pierre Mendès-France se déclare prêt à former un gouvernement provisoire de gestion.

Toulouse Le Conseil Municipal tient une brève séance pour envisager et proposer une aide aux grévistes. Deux subventions sont décidées par le Conseil Municipal, une subvention de 100 000 F sera affectée au fond de solidarité FO et une subvention de 200 000F sera affectée au fond de soutien CGT-CFDT. Dans les établissements secondaires se pose avant tout la question de la tenue de l’examen du  baccalauréat. Les élèves orientent leur proposition sur un examen allégé qui se déroulerait  après la grève.

30 mai Tchécoslovaquie – Novotny est expulsé du Comité central du PCT, et suspendu avec six autres dirigeants de l’ère stalinienne. Suspension jusqu’à ce que leur rôle dans les affaires politiques des années 50 soit clarifié.

Italie – Les artistes et les étudiants d’Architecture occupent la Triennale de Milan, après avoir défoncé les barrages de la police qui ont attaqué les manifestants.

Afrique – Les négociations de paix entre le Nigeria et le Biafra sont rompues après moins de dix jours. Le Nigeria retourne ainsi à son siège, laissant les biafrais dans la faim.
France De Gaulle parle à la radio. Un discours très dur, au cours duquel il refuse de démissionner, il dissout l’Assemblée nationale, reporte le referendum, annonce les élections pour le 12 juin, et menace le recours aux forces armées. Sur les Champs Elysées, énorme manifestation soutenant De Gaulle, à la tête de laquelle marche André Malraux.

Toulouse A l’initiative du Mouvement du 25 avril les étudiants organisent une collecte de biens alimentaires pour aider les grévistes. Les étudiants de l’ « université critique » de Toulouse section Sciences réunis le soir adoptent une motion contre le message de De Gaulle. Des réunions inter-facs ont lieu ce jour là, l’objectif est le « décloisonnement de l’université ».

31 mai Monde Afrique : Etat d’urgence au Sénégal où une révolte étudiante est en cours.

Italie- Au terme d’une manifestation de solidarité avec le peuple français, les étudiants romains s’affrontent avec la police devant l’ambassade française, Place Farnese à Rome.
Signature d’un accord sur les horaires (45 heures par semaine) et le travail forfaitaire.
France Manifestations gaullistes dans toutes les villes françaises, qui s’affrontent avec des groupes de gauche. Pompidou forme un nouveau gouvernement. Le contrôle des changes monétaires est   stabilisé. L’approvisionnement reprend dans l’essentiel. C’est le long week-end de Pentecôte.

Toulouse C’est le jour de la manifestation gaulliste. A 17h30 des toulousains se réunissent place Esquirol cette manifestation est organisée par le Comité des Défense de la République (CDR). Rapidement une foule important arborant des drapeaux tricolores. La manifestation se déplace vers le monument aux morts avec en tête des portes drapeaux anciens combattants. Les mots d’ordres scandés sont « Nous voulons travailler ! », « Evolution oui, révolution non ! », « Mitterand au rancart ! », « Le communisme ne passera pas ! », « la Marseillaise » est aussi reprise par la foule. Les manifestants lèvent leur main en effectuant un V avec leur doigts V de la victoire ou de a croix de Lorraine symbole du gaullisme.  La manifestation s’arrête au monument aux morts pour un dépôt de gerbe.  Les manifestants se dispersent en suite. Pour ceux qui reviennent par la rue de Metz Ils rencontrent au niveau de la rue Boulbonne une contre manifestation qui regroupe 1500  personnes qui chantent l’ « internationale ». Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS et les gardes mobile s’interposent et aucun affrontement n’a lieu. Le face à face dure une heure.  Un groupe de manifestants pro-gaullistes accompagnés d’étudiants d’extreme droite se rendent à la faculté de lettre pour tenter d’arracher le drapeau rouge qui flotte sur la faculté. Ils crient « Université française ! » « Libérez Salan ! » et portent des drapeaux tricolores et un drapeau avec la croix celtique (signe du mouvement d’extrême droite Occident). Les étudiants qui occupent les locaux de la faculté de lettres empêchent l’avancée des étudiants de droite des coups sont échangés. Des étudiants de Rangueil viennent défendre les étudiants de gauche qui occupent les locaux.  A la faculté de Rangueil un incident émaille l’assemblée générale tripartie ; l’assemblée fait voter une motion dans laquelle elle se donne les pleins pouvoirs. Un tiers des enseignants présent contestent cette décision et se retirent du mouvement. Dans la journée la police est intervenue aux centre des chèques postaux pour faire évacuer les grévistes, ceux-ci s’exécutent sans heurts. Le soir même à Toulouse Téléphone et Toulouse Télégraphe les policiers lancent la même opération. Dans les deux cas les fonctionnaires non grévistes relancent lentement l’activité. Les centrales syndicales maintiennent leurs mots d’ordre de grève. A la bourse du travail une réunion des cadre syndicaux permet de faire le pont sue l’état du mouvement et de faire une conférence de presse qui leur donne l’occasion de condamner les propos du chef de l’Etat.

1er juin Toulouse A la faculté de Droit une assemblée générale propose une motion favorable à la poursuite des réformes qui visent à la décentralisation du pouvoir financier et permette l’autonomie des facultés.  Le Conseil Général lors d’une brève séance,  propose des subventions aux principales organisations syndicales. Sont votés 300 000 F  pour la CGT et FO, 80 000 pour la CFDT et 30 000 pour la FEN. Quelques entreprises après des assemblées générales décident la reprise du travail en début de semaine suivante après  avoir conclu des accords avec leurs directions, c’est le cas de Midica, les établissements « Blanc et Fils », l’Entreprise Industrielle ».

4 juin Toulouse A la faculté de lettres un différent oppose des enseignants qui refusent le drapeau rouge sur le toit de l’établissement, ils déposent une pétition au comité de gestion provisoire.  Le Doyen tente de calme le jeu en n’accordant pas trop d’importance au problème du drapeau.Les étudiants en pharmacie n’arrivent pas à trouver un accord avec leurs enseignants sur le mode organisationnel à venir. Les étudiants en assemblée générale décident d’occuper les locaux. Il y a du flottement dans les entreprises, à Sud-Aviation certains employés du siège central  reprennent le travail contre l’accord des centrales syndicales, à EDF GDF on vote la reprise du travail met on se met en grève pour un jour afin de soutenir les travailleurs de l’ORTF qui eux sont en grève pour défendre l’objectivité de la radio et de la télévision.

5 juin Toulouse La commission inter-facultés propose d’organiser les 14et15 juin une réunion nationale inter universités à Rangueil. Les étudiants grévistes craignent une attaque venant du « front de libération de la faculté des lettres ».  Le soir un spectacle de chant de la « Tuña » est organisé au grand amphithéâtre avec la crainte dune intervention extérieur. Comme dans d’autres lieux en France la police intervient le soir à 20h à Sud-Aviation et les grévistes sont évacués. Plusieurs entreprises reprennent le travail, chaussures Altar, la SAP, les agents du Trésor, la STCRT, Bréguet, … d’autres votent pour la continuation du mouvement et négocient avec leur direction  le Crédit Agricole, Air France, l’ORTF … Les travailleurs du bâtiment occupent les locaux de la chambre patronale.

6 juin Toulouse Les discussions piétinent dans de nombreuses sociétés à Sud-Aviation, Latécoère, Job, Saint Gobain … d’autres trouvent des accords,  comme à AZF.

7 juin Toulouse Les cours reprennent dansles écoles primaires les collèges, la grève se poursuit dans le second cycle du secondaire. La reprise est votée à Air France, dans les ateliers de  Peugeot, Paré, Marion, … A la faculté de lettre la coproration des étudiants en lettre de la  Fédération Nationale des Etudiants de France (FNEF) lance un appel aux autorités pour que les examens soient organisés. Les étudiants de l’école normale d’instituteurs proposent un cahier des réformes au Rectorat. Les étudiants de pharmacie ont levé l’occupation de la faculté.

 8 juin Toulouse La faculté de lettres le comité de gestion propose un texte sur les droits fondamentaux  de l’université critique de Toulouse (division lettres sciences). Trois points sont mis en avant, l’autonomie de gestio, l’autonomie pédagogique et l’autonomie culturelle. Tandis que les responsables de l’intersyndicale de l’ORTF durcissent leur position demandent la prolongation de la grève, les négociations à Sud Aviation et à Latécoère débouchent sur des propositions qui seront des le lundi soumises au vote des personnels.

9 juin Toulouse Le personnels des centres émetteurs du pic de Naure, de Labastide de Beaumont et de Pechbonnieu protestent contre l’envoi d’ingénieurs briseurs de grèves envoyés par la direction de l’ORTF. Ces ingénieurs sont chargés de la remise en marche des émetteurs. L’inspection académique souhaite que les établissement scolaires se remettent en activité des le lundi. Cependant les syndicats des personnels et les comités d’actions des élèves proposent l’organisation de piquets de grèves dans les lycées et certains CES. La faculté de lettres organise une journée portes ouvertes et annonce le début de l’université d’été le 17 juin. Dans la nuit du 17 au 18 juin un véhicule passe devant la faculté à vive allure et tire ce qui sembles être des coups de feu. Les étudiants du service d’ordre présents au sein de la faculté se mettent en alerte et guettent un nouveau passage. Une heure plus tard le véhicule réapparaît et est arrêté par le service d’ordre qui alerte le Doyen Godechot. Dans ce véhicule il y avait trois étudiants de l’école vétérinaire et le chauffer un voyageur de commerce. Un cocktail molotov arrivé d’on ne sait où enflamme la voiture, l’arme dont disposent les étudiants est un pistolet d’alarme qui s’avère inoffensif.

10 juin Toulouse Quelques entreprises encore en grève reprennent le travail notamment Guiraudy Aufève, Duc et Meric, Fiorio, …à Sud Aviation la reprise est votée à 71% par les 6 359 votants. La rencontre inter-universitaire des 14 et 15 juin est définitivement établie , les universités, d’Aix Marseille, Bordeaux, Clermont Ferrand, Grenoble Lyon, Montpellier, Nîmes et Poitiers seront représentées. Un faible reprise des cours dans les lycées est observée à Raymond Naves, Lycée  Nord, St Sernin, et Berthelot. La grève continue pleinement à Déodat de Séverac, Fermat, Ozenne, Bellevue et Muret. A fin d’après midi une manifestation de soutien aux travailleurs de l’ORTF est réuit 4000 personnes (étudiants, ouvriers, employés, cadres, journalistes administratifs et techniciens de l’ORTF) ; les slognas portent sur le service public de l’ORTF « libérez l’ORTF ! », « la police à l’ORTF c’est la police chez vous ! » , « Travailleurs étudiants solidaires ! ». La manifestaion passe deux fois devant le siège de l’ORTF. Elle se termine par la prise de parole d’un délégué de l’intersyndicale de l’ORTF.

11 juin Toulouse Reprise du travail a Sud-Aviation et au Crédit Agricole. A la faculté des lettres on reprend les revendication en termes d’effectifs de créations de postes d’enseignants de personnels administratifs et techniques, on dénonce aussi l’insuffisance de locaux. Le Doyen propose d’envisager une session allégée d’examens avant l’été. A la suite de durs affrontements qui se sont déroulés à Flins et à Sochaux qui ont provoqué la mort de deux personnes un mouvement de manifestation s’organise en soirée. Nuit de barricades à Toulouse. La manifestation commence à 18h par un meeting place du Capitole ; De nombreuses pancartes « bâtiment en lutte ! », « A bas les gaullistes qui ferment les MJC ! », « Soutenons les travailleurs ! », « Flins et Sochaux la lute continue ! », l’objectif pour les organisateurs est de bien montrer ce qu’est le pouvoir gaulliste à quelques jours des élections. Un sitting est organisé sur la place et un représentant du Comité d’Action Révolutionnaire prend la parole dénonçant ce qui se passe en France notamment les événements de Flins et Sochaux et est relayé par un représentant de la Seine. Ensuite la manifestation se déplace en cortège dans les rues de Toulouse aux cris de « CRS SS ! » , De Gaulle assassin ! », « libérez nos camarades ! ». A 20h45 la dislocation est discutée les troupes sont divisées entre ceux qui veulent continuer et durcir le mouvement et ceux qui veulent éviter des heurts avec la police. Quelques manifestants se dirigent vers les locaux de l’ORTF afin d’occuper les lieux. Les représentants de l’intersyndicale dissuadent les manifestants en leur faisant comprendre que ceci provoquerait l’arrivée de l’armée. Les manifestants 400 environ se dirigent alors vers le siège des CDR rue du rempart Saint Etienne, il jettent des projectiles contre la vitrine et la brisent, ils saccagent le locaux malgré l’intervention de quelques dirigeants qui essaient de les dissuader. Depuis une fenêtre à l’étage une personne crie « Vive De Gaulle !» et jette un pot de fleurs sur les manifestants sis devant le bâtiment. Il est 21h, les manifestants construisent une barricade en mettant un compresseur comme base et des matériaux venant d’un chantier voisin. Les CRS interviennent vers 21h20 lançant des grenades lacrymogènes et chargent la foule. Les manifestants sont repoussés vers la Place Wilson qui devient un champ de bataille avec des jets de projectiles, poubelles brûlées, l’air devient irrespirable. Une compagnie de CRS et un escadron de gendarmerie ce joint à la police, les manifestants sont refoulés vers la rue Alsace. Rue Alsace les manifestant font un feu en entassant des cageots, puis une voiture prend feu, place Jeanne d’Arc, la police continue à avancer rue Alsace. Autour de 22h30 quelques manifestants allument un nouveau feu à l’angle de la rue de Rémusat et place du Capitole, les CRS chargent et ratissent le quartier. Des manifestants se répartissent dans divers endroits de la vile, rue Gambetta, rue Roquelaine, Square De Gaulle.  A la faculté de lettres on est sur le pied de guerre on s’organise, couvertures et dispositifs pour recevoir d’éventuels blessés. Des barricades sont levées dans les rues avoisinantes. La police prend position et tient sont QG place du Capitole où sont amenés tous les manifestants arrêtés. A 23h45 un groupe d’étudiants dresse une barricade rue du poids de l’huile près du théâtre d capitole à l’aide des bancs, des poteaux, et des outils pris dans la cabane des jardiniers du square. Des pavés sont arrachés dans le sole. La police charge sous une pluie de jets de pierres et pavés et refoule les manifestants des vagues successives de chargent permettent des flux et reflux de manifestant jusqu’à la barricade. Pendant ce temps deux cent manifestants environ se battent avec la police place Jeanne d’Arc. Vers 0h30 place Wilson une barricade est construite à l’aide de panneaux électoraux et divers objets. Quand la police charge sur cette barricade les manifestants y mettent le feu. Les combats sont violent une grenade lacrymogène atterrit dans un bar de la place. A 1h du matin la barricade de la rue du Poids de L’Huile est disloquée et les 500 manifestants regroupés se dirigent vers la place Esquirol en allumant le feu à divers barrages construits avec tout ce qui traîne dans les rues. Deux nouvelles barricades sont construites près du jardin des Augustins, rue de Metz et rue des Arts en utilisant des grilles des bancs du jardin et des voitures mise en travers de la chaussée. Les policiers envoient beaucoup de lacrymogènes, ils chargent et après des combats violents vers 3h du matin toutes les barricades sont défaites et les manifestants dispersés.

12 juin Toulouse De nombreux toulousains vont voir l’état des rues au centre ville, les pavés arrachés, les restes de barricades que les service municipaux se chargent d’évacuer. Un mot d’ordre d’arrêt de travail est diffusé dans les entreprises et les établissements publics, un rassemblement à lieu l’après midi pour protester contre la répression policière. La CFDT et la FEN auxquelles s’associe le Mouvement du 25 avril organisent à 18h30 une manifestation dans le calme  autour de la stèle de Jaures. Les centres émetteurs de l’ORTF sont assaillis par la police et l’armée. La diffusion des programmes est assurée par les militaires. Le préfet donne une conférence de presse l’après mid, il regrette les incidents de la nuit ,passée et précise que les forces de l’ordre ont tout fait pour éviter l’affrontement. Il précise que 176 personnes ont été arrêtées dont 88 étudiants et 22 étrangers. En fin de nuit il avait libéré les français, es 22 étrangers dont 6 étudiants seront expulsés du territoire. Il précise qu’il y a eu 20 manifestants et 8 membres des services d’ordre blessé. Il rappelle que les étudiants étaient casqués et armés de barres de fer. Dans les lycées on assite à la reprise progressive des cours, les enseignants sont présents mais seul 50% des élèves sont présents. Quelques piquets de grève s’organisent ci et là par les élèves mais en vain.

13 juin Toulouse L’assemblée des personnels vote la reprise du travail à Latécoère, idem à Job. Ce jour là pour manifester le soutien aux étrangers le Mouvement du 25 avril diffuse un tract « nous sommes tous des étrangers ».

14 juin et samedi 15 juin Toulous Rassemblement inte-universitaire à Rangueil, 15 universités sont présentes et préparent les projets de structures universitaires à venir. La rencontre interuniversitaire reçoit la visite du ministre de l’éducation nationale Chalandon le 15 au matin. Une délibération décide de le laisser assister aux travaux à titre privé. Durant les deux jours quatre thèmes furent discuté ; les expériences de co-gestion, le décloisonnement des facultés, les structures des universités et l’autonomie.

18 juin Toulouse Une manfestation est organisée au Lycée Fermat contre l’exclusion de trois élèves. Les élèves bloquent les issues eet séquestrent le proviseur et le censeur dans l’établissement.

19 juin Toulouse Les élèves membres du Conseil de gestion démissionnent puisque celui-ci ne veut pas prendre de décision concernant les exclusions et ne fait qu’émettre des vœux.

21 juin Toulouse A Rangueil les IPESIENS (étudiants des IPES)  enseigants et étudiants décident une assemblée constitutive d’un lycée critique d’été qui devrait associer élèves enseignants parents. A l’échelon national il est décidé que les jeunes de 18 à 21 ans pourront voter aux législatives le 23 juin afin d’avoir une idée de leur opinion. Les élections seraient organisées au sein des Maison des Jeunes et le Culture. La session du baccalauréat est décidée en Haute Garonne pour la période du 1e au 9 juillet.A la faculté de lettres on parle de la création d’un département de sciences sociales à former en associant les sections d’architecture, de sociologie, de géographie, de psychologie d’histoire, de philosophie, de pédagogie, d’économie de droit et d’agronomie.

23 juin Toulouse Premier tour des élections législatives en France. Un décret préfectoral interdit aux MJC d’organiser un vote parallèle des jeunes. Les MJC resteront fermées. La Ligue de Droits de l’Homme proteste contre l’expulsion des étranger interpellés lors de la nuit des barricades. La population est invitée à l’université critique d’été qui se tient sur le campus de Rangueil.

25 juin Toulouse La grève est suspendue après vote dans les stations locales de l’ORTF.

26 juin Toulouse, A 18h30 une manifestation se tient devant la stèle de Jean Jaures, les manifestants se lient par une chaîne avec des cadenas en soutient aux étrangers qui vont être expulsés. Malgré l’intervention de deux cars d police les manifestants restentent et s’assoeint, les porteurs de pancartes proclamant « nous sommes tous des étrangers ! » son amenés dans les cars de police. Les autres personnes cadenassées dont une d’entre elle est sur chaise roulante ne peuvent être déplacés. Un technicien arrive ensuite avec des pinces coupantes. Les manifestant sont « embarqués ». Vers 19h30 les manifestants sont relâchés et les voitures de police s’en vont. La CFDT, la CGT et la FEN diffusent un communiqué dénonçant que 11 jours après l’arrêt de 22 étrangers frappés d’expulsion, on ne sait toujours rien sur leur identité et leur devenir et les raisons de l’expulsion.

30 juin Deuxième tour des élections législatives raz de marée gaulliste.

8 juillet Toulouse  La police entre dans les facultés des lettres et des sciences afin quelles soient libérées de toute occupation étudiante..

[1] Godechot

[2] Alvarez et Alcouffe  interviews in « mai 68 sur Toulouse »  de Roberta Dalducci

[3] Tract n°3 « Toulouse ne sera pas Nanterre » par la FET, le 24 avril,  collection de tract de Tony  Alvarez in « mai 68 sur Toulouse »  de Roberta Dalducci

[4] Tract n°4 Université critisue la lutte continue par le mouvement du 25avril , collection de tract de Tony  Alvarez in « mai 68 sur Toulouse »  de Roberta Dalducci

[5] Voir témoignage de Joel Trottard

[6] Tract « l’enjeu de notre lute » par le « mouvement du 25 avril » collection de tract de Tony  Alvarez in « mai 68 sur Toulouse »  de Roberta Dalducci

[7] voir Photo Alcouffe n°1

[8] Voir témoignage Alvarez et Trotard dans les annexes

[9] Voir témoignage A. Alcouffe

[10] « J’ai laissé toutes mes dents dans cette manifestation  » Alcouffe  interviews in « mai 68 sur Toulouse »  de Roberta Dalducci

[11]  La Corpo de Droit  est une association des étudiants de droit  qui se positionne dans des élections universitaires. Elle est considérée depuis toujours comme une organisation d’étudiants de droite.

[12] Dans le témooignage d’Irène Coradin il est fait référence à ce comité auquel Marie-France Ribe est nommé en tant qu’étudiante.

[13] Voir les témoignages d’Alain Alcouffe et Jean Brenner

[14] Voir photo démarrage de la manifestation place du Salin

[15] Voir photos place du Capitole

Antoine Artous – JCR / LC /LCR

Posted: 22nd February 2017 by Elie Brugarolas in Non classé

Antoine Artous –  Réponses questions Toulouse (notes)

(Tony est mon « petit non » qui me suit depuis l’enfance et n’a rien à voir avec la politique. Anthony était mon pseudonyme après le congrès de fondation de la Ligue Communiste, c’est devenu Puech après la dissolution de la Ligue. Par ailleurs j’ai toujours signé de mon nom dans les journaux, revues, brochures, livres etc.)

Quelques précisions

Il me semble nécessaire d’apporter quelques précisions sur la JCR ou l’immédiat après 68,  soit parce qu’elles ne sont pas traitées ( ou partiellement)  dans votre premier travail, soit parce qu’elles éclairent le post 68. A vous de voir, mais il y a certaines précisions factuelles qui me semblent nécessaires.

  1. Il y avait deux délégués oppositionnels (liés au secteur-lettre parisien) de l’UEC de Toulouse au congrès national de l’UEC de 1966, qui confirma l’exclusion de « secteur lettre » et se traduit par la fondation de la JCR : Daniel Bensaïd et moi. Nous étions délégués pour le cercle-lettre de l’UEC Toulouse qui regroupait aussi les « prépas lettres » de Fermat. Aucun de nous deux n’était au PCI.  Daniel préparait Saint Cloud, il sera reçu et partira à Paris avant 68. Moi j’étais en hypokhâgne, puis, en 1967 étudiant en philo. Daniel, toulousain, avait été à la JC. Moi je venais de Rodez, de gauche sans plus.

 

  1. Il faut préciser (cela n’apparaît pas dans votre premier travail) que le PCI a eu débat pour savoir si, suite à l’exclusion de l’UEC, il fallait créer une JCR, non lié directement à la IV° Internationale, ou une JCI (c’est-à-dire une jeunesse du PCI). En effet, certains militants oppositionnels significatifs dans l’UEC, membre de l’opposition de gauche ( animé par Krivine et Weber), non seulement n’étaient pas au PCI, mais plutôt opposés, à l’époque, à regrouper directement au sein de la IV° Internationale les « nouvelles avant garde ». Daniel et moi faisions partie de ces militants. C’est uniquement après Mai 68, lors du congrès que préparation de la création LC que nous avons mené bataille pour l’adhésion à la 4° internationale. Daniel avait adhéré (à Paris) au PCI en septembre 1968. Cela n’est pas seulement anecdotique, mais permet de comprendre un certain profil de la JCR, sa surface, tant politique que numérique.

 

  1. Il n’y avait pas de PCI à Toulouse. Une a été créée (un peu dans mon dos et pas très adroitement) en 1967, environ 6 à 7 personnes qui n’on pas eu par la suite une rôle structurant dans la création de la Ligue ; certains ( enseignants) ont du en plus quitter la ville à la rentrée 68.  Pour ma part, j’étais alors un des principaux animateurs de la JCR, je me suis toutefois investi en 67 dans la direction de l’AGT-UNEF à Toulouse, « tenue » alors par des militants critiques vis-à-vis du PCF ou aux ESU. Puis, avant 68, cette équipe a perdu l’AG, puis la « corpo »  lettre au profit de l’UEC. C’est dans ce cadre qu’a été lancé le Mouvement du 25 Avril, un peu sur le modèle du 22 Mars. Sur l’acte de fondation du 25 avril, le infos fournis par Salles, p 51, (il a travaillé à ce propos sur la base des archives de la Dépêche sont plus précises : 400 personnes (c’est beaucoup), présence de Bensaïd ( co-fondateur du 22 mars avec Cohn-Bendit. j’ai été un des principaux animateurs durant Mai-Juin 68. La JCR n’avait pas vraiment une intervention organisée en « fraction » dans ce mouvement. En tout cas, pour ce qui me concerne.

 

  1. Le Mouvement du 25 avril avait comme base arrière la Fac de Lettres, implantée alors en plein centre ville, près de la Bourse du travail et de la Mairie. Ce mouvement représentait un peu le « mouvement étudiant » à Toulouse, depuis la Fac de lettre occupé, il polarisait de nombreux non-étudiants ; organisait des liaisons avec les paysans (CLEOP : comité de liaison ouvrier étudiant) et avait des relations avec les mouvements (essentiellement lycéens des villes de la région. Le mouvement de la fac de sciences (plus excentré et moins actif centralement) était organisé à travers un comité de grève ; idem pour la Fac de Médicine. Outre le JCR, on retrouvait dans le Mouvement du 25 avril quelques militants des ESU et de la CNT Espagnole, qui disposait d’un local à la Bourse du travail, a côté de la CGT… Les rapports étaient bons. C’est par la suite que les choses vont se compliquer avec des militants anarchistes qui vont, un peu plus tard, se lancer dans Intervention directe.

 

  1. À la rentrée 68, puis 69, pas mal d’animateurs étudiants durent quitter Toulouse, mais, globalement, on peut dire que la JCR, puis la Ligue vont capter les principales franges radicales du Mouvement du 25 avril, ce qui va lui donner une légitimité et un poids importants sur la ville. Les courants maoïstes, issus de l’UJCML puis que L’Humanité Rouge, des « maos-stals », comme disait la Ligue, se cantonnent, essentiellement, dans la Fac de science et furent assez faibles. Les Maos de la Cause du Peuple, qui débarquèrent de Paris, ne prirent jamais vraiment racine. De façon plus générale, on peut dire que les formes de structuration des courants de l’extrême gauche avant 68, sur la base de la crise de l’UEC dessinèrent le profil de la présence des organisations d’extrême gauche dans les différentes villes après 68.5. Vu cette histoire ante 68, Toulouse était, avec Rouen, les principal bastions de la Ligue, en province. Avec d’ailleurs des profils différents. Outre que le PCI n’avait aucune tradition, Toulouse comportait une masse considérable d’étudiants, mais aussi, il ne faut pas l’oublier une vraie présente ouvrière ; notamment l’aéronautique. Avec toutefois une tradition assez social-démocratie (encore que le Maire Badiou avait été un socialiste de « gauche »). Le PC pesait moins politiquement. L’autre ville importante de la Ligue était Rouen, elle avait connu une implantation du PCI, était plus « ouvrière », avec moins d’étudiants. Des profils ont peu différentes vont un peu polariser (Filoche était un animateur de Rouen).
  2. Pour donner une idée de l’implantation, on peut donner des chiffres de vente de Rouge début 1969 (chiffres nationaux officiels). Paris et sa région arrivent à 7 100 par semaines, Toulouse 800, Rouen 550, Montpellier (ou le PCI avait été aussi absent) 300, comme Rennes (pas de PCI avant 68) et Caen. Si Dijon atteint 250, Lyon est inexistant, Marseille est faible (120), Comme Lille 130. Il s’agit d’un bilan officiel de décembre 1968 paru dans Rouge qui sort depuis septembre. Il s’agit de numéros payés, les chiffres ne sont pas je crois trop amplifiés, par contre par la suite ils ont du baisser. Je n’ai pas de souvenir précis le la moyenne par la suite sur Toulouse. (Remarque biblio : j’aie coordonné Retours sur Mai, la Brèche 1988 ou la phase ante 68 de la JCR nationale ‘est pas mal développé, et ou il y a beaucoup de chiffres)

 

  1. Sur les chiffres la trentaine de militants de la JCR me semble une bonne indication ; c’était beaucoup. Pour la Ligue (j’étais trésorier) mes souvenirs sont plus précis on et les chiffres que vous donnez trop bas.  Sur Toulouse (hors région donc) nous avons tourné autour un peu plus de 150 militants (avec des pointes à 180) au tournant des années 1970. Mais il faut compter les militants des comités rouges, aussi actifs (et cotisants ) que les autres. Donc un total réel de 300 militants qui, par exemple, nous permettait (en ajoutant les sympathisants) une forte présence dans les manifs, sans que le SO de la CGT et du PCF (nous avions aussi un SO), réussisse souvent à nous expulser manu-militari (c’était leur ligne).

 

***

  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et quels ont été vos fonctions politiques à partir de 1968 jusqu’en 1976, ainsi que d’éventuels engagements et postes syndicaux ?

 

J’ai eu des responsabilités syndicales à l’UNEF avant 68. Puis après 68, j’ai été permanent de la Ligue, de fait (avec des revenus autres, la famille qui payait les études, puis une bourse d’agreg). Par la suite ( vers 1971 ? 72 ?) j’ai été permanent de droit, c’est-à-dire payé par le national (il y a donc une erreur, à ce propos dans votre premier texte). J’ai été élu pour Toulouse au comité centre de la Ligue, dès sa création et tout le temps par la suite. Giron (il faudrait lui demander exactement) a été élu une fois avec moi (1971 ?) ; Chamayou a été aussi élu en 72, avec une dimension régionale ; puis Gilles Marquet mais sur la base de la liste de la tendance 3. La Ligue (contrairement au PSU ou au PCF n’avait pas de poste de secrétaire fédéral. Mais je remplissais un peu cette fonction, toutefois c’était la Direction de ville, qui se réunissait chaque semaine), qui était l’instance décisoire.

Au début, on a loué un pavillon de banlieue comme local. Puis on a ouvert un local assez grand au centre-ville (près du Palais des Sports. On avait un matériel d’impression assez important, une grosse sono (que parfois on prêtait, par exemple pour les mobilisations, lycéennes), pas mal de monde passait à ce local, pas seulement des militants. Il fallait qu’il soit ouvert quasi en permanence. Il y avait aussi toute une série d’activités, liées à la place prise sur le champ politique toulousain, comme véritable petit parti. Alors qu’avait 68 nous n’avions aucune existence de ce type. Tout cela « justifiait » aussi un permanent.
En 1974, après le congrès de création de la LCR,  je suis « monté » à Paris au Bureau politique pour, entre autres, m’occuper du travail jeune de la LCR. Pendant quelques temps en faisant 3 jours à Paris et 3 jours à Toulouse, puis, assez rapidement, de façon définitive

 

****

Comment se mettaient en place les débats politiques à l’intérieur de la JCR, puis de la LCR/LCR ? Ces débats étaient-ils liées à l’actualité française ?

 

C’est une question très générale, on ne sait pas en plus si elle porte sur Toulouse ou sur la Ligue en général. À Toulouse (comme ailleurs), ces débats étaient soit choisis par les cellules, soit un peu plus impulsés par la direction. Par exemple, il y avait chaque semaine des réunions avec les secrétaires de cellules et des rapports. Et puis il y avait les débats de congrès locaux, nationaux, mais aussi internationaux.

 

La JCR avait un œil sur la montée des luttes ouvrières en France et du mouvement étudiant en Europe. Toutefois, il y avait un suivi politique très détaillé sur l’évolution de la guerre au Vietnam, l’Amérique laine (avec une forte connaissance des mouvements de guerilla,) et de la Palestine.

Après 68, les débats se sont beaucoup plus centrés sur l’évolution de la situation française, européenne ( avec à Toulouse, un suivi plus précis de l’Espagne), mais toujours avec la maintien d’une dimension internationale. Puis beaucoup de débat sur la tactique de construction de la Ligue.
****

Quelles ont été les tendances internes principales de la JCR, puis de la LC/LCR ? Est-ce qu’il y avait une continuité entre les différents congrès toulousains ?

 

Cela concerne l’histoire de la JCR et de la Ligue en général,  à mon souvenir, il n’y a pas eu de tendances spécifiques (même s( il y a eu pas mal de débat sur la construction de la ville) lors des congrès toulousains. Je parle ici de tendances au sens où la Ligue les définissait. Ces tendances nationales sont apparues pour la préparation du congrès de création de la LCR (donc voir Salles). Globalement la ville (et moi en particulier) étions à large dominante majo ( donc tendance 2 à ce congrès). Cela dit, il s’est créé une tendance 3 (dont je ne me rappelle pas le poids), mais qui était lié à certains « vieux » militants toulousains de la JCR ; par exemple Marquet.

 

Outre des questions générales, Ses membres défendaient, entre autres, un « travail de quartier », ce qui avait du sens par rapport aux débats locaux de construction de la ville que nous avions déjà eu. Pas juste après 68 On avait d’ailleurs (je crois) crée des sections (ou eu un débat sur le sujet) En effet, nous étions nombreux, la pénétration dabs les entreprises étaient lentes, Toulouse était une ville avec des quartiers populaires où on pouvait rencontrer des gens, des « jeunes prolos » mais aussi des militants du PSU de la CFDT, etc. En plus, je me souviens (il faudra voir avec Giron) que lors de la campagne MLAC où les médecins pratiquaient) des avortements, cela regroupait beaucoup de monde. Il y avait aussi un intervention à Empalot, le crois, avec la MJC et des contacts avec le PSU. Le groupe femme dont parle Claude me semblait plus tardif…

 

Bref, la question était récurrente. Moi j’étais réticent, j’insistais sur la priorité au travail vers les entreprises et à la construction de l’organisation, il me semblait que l’on’avait pas assez de poids institutionnels pour stabiliser réellement un recrutement sur les quartiers.

 

*****

Ces tendances se différenciaient en terme uniquement théorique ou il y avait une implication pratique sur le terrain ?

 

Les tendances proposaient des orientations alternatives, sur certains points ou l’ensemble, à l’orientation majoritaire. Donc, c’était à la fois théorique et pratique. Il est peut-être utile d’apporter des précisions, notamment par rapport à ce que vous avez déjà écrit.

 

Vous dites que la Ligue était hiérarchique. Su vous voulez le dire ainsi, faites. Mais sur la référence au léninisme, il faut préciser. On se réclamait du centralisme démocratique ; mais cela n’avait rien à voir avec le PC. Une fois une orientation voté dans un congrès (ou une cellule), tout le monde devait l’appliquer. Mais, ce centralisme était réellement démocratique. D’abord, parce que les débats étaient très larges et les directions de la Ligue ne ressemblaient en rien à celle de l’OCI, de HR, de LO, etc. (sans parler du PC et du PS, voire du PSU). Ensuite parce qu’il y avait une codification très méticuleuse du débat démocratique. Ainsi, le droit de tendance visait à permettre à des militants critiques de ne pas se retrouver atomisés face à une direction, ou oubligé d’être majoritaire dans leur cellule pour pouvoir s’exprimer dans toute l’organisation. Une tendance (avec un nombre de signataires obligé mais pas très gros) avait doit de se réunir, de faire ciruler dans toutes les villes ; et cela avec un budget alloué par l’organisation. Et lors d’un congrès, la direction sortante n’existait plus, le congrès élisait un bureau de congrès, et chacune des tendances avaient droit à un temps de parole égal. Les élections aux directions se faisaient sur la base de la proportionnelle des votes des congrès Enfin, il pouvait exister des fractions, c’est-à-dire des courants qui se maintenaient organisés entre deux congrès.

 

Je n’ai aucune naïveté. Cela peut être formel. Cela ne règle pas tous les problèmes de rapports de forces, de prises de paroles. Mais tout cela me semble des conditions nécessaires, et il faut au moins signaler ce mode de fonctionnement. Par ailleurs, et cela se passait souvent ainsi au niveau local, on pouvait mener des débats, faire circuler des textes, proposer des textes à un congrès local sans d’organiser en tendance.
***

 

  • Quelle était l’ambiance interne entre les membres des différentes tendances ? Des sources montrent des écrits rudes entre les membres, les rapports étaient cordiaux ou la méfiance primait ?
  • Pouvait-on noter un changement d’ambiance lors des congrès avec les rapports quotidiens sur le terrain ?

 

Les débats parfois pouvaient être rudes. Compte tenu de mon statut de dirigeant, il devait bien sûr y avoir des choses que je ne percevais pas ; surtout dans l’ordre des rapports de force symbolique, etc..La vie d’une organisation est toujours faite de rapport de force. Cela dit, je crois que pas mal de chose nous unissait fortement et que cela apparaissait. Après 75-76, la cristallisation les effets de cristallisation en tendance ont dû peser plus fortement, avec en plus des remises en cause comme celles portées par le féminisme. Mais aussi les effets d’un certain piétinement politique. Cela dit, j’étais alors à Paris.

Je reviens un peu sur les débats à Toulouse après 68. il me semble que les débats locaux de congrès etc. sur lesquels pouvaient se cristalliser des divergences, portaient surtout sur des problèmes de construction locale de la Ligue, du point de vue organisationnels, des modes de fonctionnement, de l’analyse politique locale, etc. Cela était logique car nous étions lancé dans la construction d’un vrai petit parti à partir de rien. Ce type de débat pousse plus que les autres, à des cristallisations autour d’individus, etc.  À mes souvenirs, la dynamique générale de groupe en construction et des liens qui se créent autour était largement dominante. Dans une ville de la région comme Tarbes, cela a été beaucoup plus tendu.

****

  • À Toulouse, les militants de la SFQI étaient impliqués dans quels syndicats ?

 

Tous les syndicats, sauf FO. Je profite de la question pour revenir sur le travail CET dont vous avez parlé et qui était bien sûr pour nous important. À Toulouse, il était bien développé. Nous avons eu de plus une expérience originale, qui plus tard deviendra une orientation nationale, animée par deux militants qui « monteront » avec moi à Paris, dont l’un comme permanent national CET.  La CGT avait lancé un syndicat pour les apprentis des CET (la CP CGT), à Toulouse c’était une coquille vide. C’est nous qui l’avons construit, en jouant du rapport de force avec la CGT départementale. C’était important, car c’était les apprentis eux-mêmes qui devaient prendre en charge cette construction (même s’il y avait bien sûr des appuis extérieurs, avoir les rapports avec l’UD CGT, etc..Il y a eu également une expérience dans la FPA (donc pas des apprentis, mais plutôt de jeunes prolos en formation) que Giron a suivi ; voir avec lui.

 

*****

 

  • Est-ce que la Ligue avait un poids significatif dans ces syndicats ?

 

Sur ces questions, je suppose que vous en avez déjà discuté avec Gilles, au moins pour les PTT dans lesquels la Ligue avait une présence significative, via la CFDT (et lui), mais aussi une présence dans la CGT. L’autre secteur est la santé qui, outre les hôpitaux, regroupaient des activités (il me semble) du type enfance inadaptée où notre implantation était plus facile. Notre présence dans la CFDT était ici aussi un biais important ; d’autant que la CFDT santé nationale (comme la CFDT PTT d’ailleurs, mais de façon un peu différente). Ici, il faut voir Giron, comme d’ailleurs pour l’ensemble des problèmes du travail syndical Dans les congrès locaux (par secteurs ou territoriaux), je n’ai pas de souvenir précis. Dans la CGT, on n’a du avoir de présences, dans la CFDT un peu. Pour les enseignants (donc les différents syndicaux de la FEN), pas mal d’ancien étudiant issu de 68 ont été nommés dans des villes de la région, ils avaient sans doute une intervention syndicale dans leur établissement, cela dit, ils s’occupaient surtout de construire la Ligue. En tout cas, il me semble que sur Toulouse même nous n’avions pas de présence syndicale le réelle ; sauf à Muret je crois, via le recrutement d’un « vieux » militant. Dans les facs, la Ligue avait du poids, en particulier en lettes, mais très peu de membres parmi les enseignants ( 2 en lettres, sans présence syndicale réelle).

 

****

  • Comment se passait la confrontation avec les directions de ces syndicats ? La situation devant certainement changer selon l’époque et le syndicat.

 

Avec la CGT (c’est-à-dire à cette époque avec le PCF), les rapports étaient, comme cela est connu, durs. Notamment dans des secteurs comme Sud-aviation, les PTT, la SNCF, etc..Avec une tradition bien stalinienne du PC. Avant S8, la seule réunion public qu’avait essayé de faire la JCR (Salle du Sénéchal) avait été physiquement interdite par des militants du PCF de Sud-aviation. Et après 68, il y avait toujours des frictions avec le service d’ordre du PCF et/ou de la CGT et celui de la Ligue (ou au-delà) car le PCF voulaient toujours interdire physiquement la présence de cortèges animé par la Ligue dans les manifestations unitaires des syndicats et des parties de gauche qui avaient lieu. Nous, nous impositions notre présente à la fin des cortèges, au nom d’une bataille pour le front unique. Les 1er mai étaient devenu un rituels.Progressivement le PC/CGT a dû d’ailleurs tolérer cette présence, en nous réparant toutefois du reste des manifestant par une gros service d’ordre.

 

Les rapports devaient être différents selon les entreprises, mais je n’ai pas souvenir de différences significatives, ni de l’apparition de différenciations significatives au sein de la CGT, avec le temps. Je rappelle que la période dont on parle ici, de 68 à 1975, était celle durant laquelle le PC et la CGT (les liens étaient alors très organiques) avaient une politique très « anti-gauchiste ».

 

Avec l’UD CFDT, c’était très différent. D’abord, la CFDT avait été très ouverte au mouvement étudiant, notamment au Mouvement du 25 avril (alors que la CGT avait des rapports uniquement avec l’UNEF Toulouse, dirigée par l’UEC et exérieure au mouvement). Cela avait créé des liens. Par la suite, l’UD CFDT acceptait d’avoir des rapports avec la Ligue et acceptait que des militants connus comme Ligue fasse du travail syndical en son sein, voire se lance dans la création de section CFDT. Je n’ai pas souvenir durant cette période de conflits importants entre des militants Ligue CFDT et la CFDT Toulouse. Peut-être je gomme des tensions qui ont pu exister. Cela dit, la CFDT était faible sur Toulouse, centralement, mais aussi dans les entreprises. Dans l’industrie, elle avait un certain poids dans une entreprise comme Latécoère (je crois), via des militants du PSU. Mais à Sud-Aviation, sur le terrain, il ne pesait pas. Dans les PTT et la santé ( à un moment aussi dans le commerce, mais de façon plus fugace), la CFDT voyaient plutôt d’un bon œil que des militants Ligue construisent des sections. Il me semble. La aussi, il faut bien se souvenir de la période ; globalement au plan national, les tensions entre la direction de la CFDT et la Ligue s’exprime à la fin de cette période ; notamment avec le « recentrage » de la direction Maire. Je ne sais pas ce que cela a donné à Toulouse par la suite.

 

****

 

  • Comment les militants de la JCR, puis de la LC/LCR, syndiqués se coordonnaient ? Il y avait une structure dédié ? Et est-ce qu’elle a évolué au fil du temps ?

 

Outre les cellules ouvrières (en général de cellules « mixtes », comme on disait), avec des étudiants détachées, mais aussi parfois des militants de l’entreprise) donc l’objectif était, des construire des « groupes Taupe Rouge » qui discutaient de l’intervention sur la boîte (donc du travail syndical), il y avait également des communications syndicales, CGT et CFDT qui, en lien avec la DV, qui coordonnée le travail dans les deux syndicats. Enfin, il y avait des fractions syncdicales qui regroupaient sur la ville les militants CFDT ou CGT de la Ligue, avec souvent une politique de « fraction élargie » ; c’est-à-dire des sympathisants syndicalistes de la Ligue. Durant, cette époque, il n’y a peu eu d’évolution sur la définition de ces cadres organisés, par contre la construction était lente de ces instances, important car elles avaient pour vocation d’y intégrer réellement des militants syndicaux, ce qui n’étaient pas toujours facile.

 

****

  • Des débats internes ont eu lieu pour savoir s’il fallait militer à la CGT ou à la CFDT. Est-ce qu’il y a eu le même genre de débat à Toulouse ?

 

L’orientation nationale étaient de prioriser l’intervention dans la CGT, afin de ne pas contourner le poids déterminants que (avec le PC), elle avait dans la classe ouvrière ; notamment industrielle. Cela dit, au plan national, il y avait une véritable présence dans la CFDT. À Toulouse, nous nous situons dans ce cadre général, mais avec pas mal de souplesse pour saisir la place occupée par la CFDT et les opportunités d’y être présent ; d’autant que certains militants étaient poussés (et on le comprend..) dans ce sens car on pouvait y respirer plus librement. D’autant que le poids central important de la Ligue sur la ville était une garantie par rapport à des risques d’immersion dans un strict travail syndical et éclairait, en quelque sorte, notre présence dans la CFDT.

 

****

 

  • Plusieurs sources internes décrivent le principe de fraction syndicale que doivent appliquer les militants de la SFQI. Pouvez-vous nous en dire plus ? De plus, Bernard Chamayou revient de façon très critique sur ce principe dans un entretien, quel est votre avis à l’heure actuelle ?

 

Pourquoi parler de « source interne », comme s’il y avait un mystère lié à une organisation secrète. Alors que, à cette époque, tous les documents de congrès, publics, etc. assumaient cette politique de fraction qui, dans sa définition la plus générale, n’apporte rien de particulièrement nouveau sur le centralisme démocratique dont se réclamait la Ligue. Rien de secret donc ici. Dans une cellule, comme dans une fraction, les militants discutaient d’une intervention (en lien avec la DV) et, une fois qu’elle était démocratiquement, tout le monde l’appliquée. On peut Toutefois remarquer une certaine souplesse puisqu’il y avait des « fractions élargies » qui, à des mouvements, n’étaient pas de simple chambre d’enregistrement. S’il doit y avoir un débat ici, il porte sur notre conception générale léniniste du parti ; pas spécialement sur les fractions. Il est bien sûr légitime, mais ce n’est pas le lieu ici d’en discuter.

 

Le deuxième niveau est celui des fractions « clandestines », face à l’appareil stalinien. . Cela me semble du bon sens. Dans la CFDT, cela dépend (et Maire n’était pas un enfant de choeur), la situation était un peu différente, puisque, la plupart du temps, les militants Ligue était connu comme tel. Ici la question se déplace donc. Il s’agit de savoir s’il est légitime que des militants de la Ligue assument la ligne politique de leur organisation, tout en respectant très fermement, l’autonomie organisationnelle du syndicat et une conception fédéralise du syndicaliste. C’était la ligne de la Ligue.

 

Le troisième niveau (le plus compliqué) est un travail de fraction, alors que par ailleurs les militants de la Ligue à des tendances luttes de classes ou révolutionnaires dans les syndicats. Cela a existé un peu à la CFDT et surtout à la FEN, avec la tendance « Ecole émancipée » (cela dit, dans ce dernier cas, je ne crois pas du tout que le bilan de la Ligue est été catastrophique). Le problème est alors le suivant. L’organisation en fraction de la Ligue ne sert pas simplement à déterminer des lignes d’orientation générale des militants de la Ligue (ce qui me semble légitime), mais des orientations tactiques plus immédiates, etc. qui devraient se construire dur la base d’un consensus dans des débats de la tendance en question dans lesquels on peut estimer que des militants de la Ligue aient des points de vue différents.

 

C’est un peu de cette façon que je vois les choses. Autre chose, je le répète, est un débat général sur le « léninisme », ou encore un retour sur le bilan critique du léninisme de la Ligue juste après 68 ; j’ai écrit des textes critiques à ce qujet, dont un avec Daniel, en mars 1976, dans Critique communiste (on peut le trouver sur son site http://danielbensaid.org/). Il est reproduit dans le livre Retours sur mai déjà signalé.

 

***

  • Gilles Da-Ré explique, dans un entretien, un désaccord entre la direction de la Ligue et les syndiqués PTT sur l’auto-organisation dans une AG de postiers en 1974. Est-ce qu’il y a eu à Toulouse d’autres désaccords entre la direction de la Ligue et ses militants syndiqués lors de grèves ?

 

Voici mes souvenirs d’un épisode qui je crois a un peu marqué Gilles (et cela me semble des plus normal), je ne suis pas sûr que cela a fait l’objet d’une débat un peu frontal entre lui et la DV. J’en ai, il me semble, reparlé avec lui, il y a fort longtemps. La grève très importante était celle des centres de tris.  Nous avions une présence réelle, via Gilles entre autres. Moi il me semble que je « suivais » la grève pour la DV avec les militants des PTT. On avait distribué (sans difficulté) une Taupe avec la ligne nationale (mais il ne me semble pas bovinement) qui, outre à la lutte, appelait à l’organisation démocratique, AG souveraine et, je crois,  élection d’un comité de grève. À Toulouse, il y avait des AG, il me semblait que Gilles, connu comme Ligue, aurait dû dans une intervention dans l’AG, défendre la nécessité d’un comité de grève ces positions pour disons, ajouter à son profil de militant combatif, des orientations plus « politiques ». Il l’a pas fait, cela a entraîné des débats, pas durs il me semble. il a eu raison de faire comme il explique dans l’entretien.

 

Mon opinion, que j’ai eu assez vite est le suivante. Nous avions raisons dans les Taupes d’avancer cet axe général, mais un peu trop pensé en fonction de nos pratiques étudiantes dans lesquelles le comité de grève étaient entré dans les moeurs. Mais dans cette grève comme celle des PTT, le besoin d’un comité de grève ne peut se faire sentir que si l’intersyndicale qui organise l’AG déconne trop.  Donc la volonté de faire ainsi, passer le statut de Gilles d’un syndicaliste combatif, à une militant plus politique sur des axes pas immédiatement fonctionnel n’était pas adaptée ; et il n’y avait pas forcément conscience des difficultés de Gilles de se différencier sur une telle question qui n’avait pas un sens immédiat. Je n’ai pas d’autres exemples en tête. Dans une autre grève, celle de Motorola, très différente (Claude connaît) où il y avait une « jeune » militant ouvrier de la LCR, très bien, occupant une place combative, à travers (je crois) un piquet de  grève et autres trucs, mais avec une difficulté normale d’aller politiquement plus loin. Claude parle d’un comité de grève. il me semble justement qu’on n’avait pas poussé dans ce sens. En tout cas, si cela a été le cas, je n’ai pas souvenu d’un problème. Moi j’ai fait plusieurs fois acte de présence près du piquet de grève, comme le faisait le secrétaire fédéral du PC (Llabress, qui est devenu oppositionnel par la suite puis, disons, un peu trop lié à Baudis..). Il me semble que les militants extérieurs de la cellule, comme Claude, était très vigilant sur ce type de truc.

 

Voilà un peu mes souvenirs. Je n’ai pas d’autres exemples. Cela serait bien de pouvoir préciser cette question qui me semble relever des difficultés du passage à la prise de parole politique pour un militant. Il s’agit pas bien sûr de difficultés subjectives (même s’il peut y avoir cet aspect), mais fondement un problème lié à l’environnement politique et à la limite du poids de la Ligue.
*****

En plus des questions que vous m’avez posé, je voudrais faire une dernière remarque sur le profil de la Ligue sur Toulouse durant ces années, un peu plus difficile à saisir peut-être, mais que, par exemple, une étude détaillée de La Dépêche du Midi ferait apparaître. J’ai déjà souligné certaines caractéristiques de Toulouse : relative faiblesse politique du PC, notamment au plan politique centrale, porosité politique d’une ville social-démocrate ( version cassoulet) , mais populaire, forte présente étudiante ; on pourrait ajouter des facteurs plus marginaux comme la présence de l’Espagne, etc. En plus, spatialement, la ville était beaucoup plus groupée autour du centre.

Du coup le mouvement étudiant, en particulier le Mouvement du 25 avril, va peser fortement sur le champ politique. Et, d’un certain point de vue, la Ligue s’inscrit dans sa suite ; d’autant qu’il y a peu de concurrence réelle dans l’extrême gauche. Le mouvement lycéen va âtre très important, avec de grosses manifs structurés, etc et une hégémonie de la Ligue. Outre les campagnes centrales de la Ligue, des campagnes locales comme celle sur les militants emprisonnés en Espagne ont une vrai insertion locale.

Enfin, à partir de 1972, nous avons eu une politique d’alliance assez systématique avec le PSU local, avec la volonté de faire apparaître n pôle politique. C’est pour toutes ces raisons que j’ai parlé plusieurs fois de « petit part » en construction pour parler de la section locale de la Ligue. Notre présence significative (imposée contre le PC) dans (à la fin…) les manifs des parties de gauche et/ou des syndicats donnait une visibilité dans ce sens.

 

 

 

 

 

Faure Christine – Mai 1968 à Toulouse: le mouvement du 25 avril

Posted: 21st February 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

Christine Faure

Mai 68 – le mouvement du 25 avril (1) – chronologie

Citer ce document / Cite this document :

Faure Christine. Mai 1968 à Toulouse : le Mouvement du 25 avril. In: Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°11-13, 1988. Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde. pp.  200-204;

http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1988_num_11_1_403856

 

Toulouse fut la première ville universitaire de province à réagir aux événements parisiens. Le nombre de ses étudiants inscrits pour l’année 67-68, 21 0382, fut certainement un facteur propice à la rapidité de la mobilisation. Le mouvement  cependant  ne suivit  pas la courbe parisienne (2). Il connut des variations liées à des situations locales. Distinguons trois de ces déterminations.

Le rapprochement des centres universitaires au cœur de la vieille ville facilita le déclenchement de la contestation : la Faculté des lettres et la Faculté de droit, côte à côte, à deux pas de la place du Capitole ou place de l’Hôtel de Ville ; le lycée Pierre de Fermat où logent les classes préparatoires aux grandes écoles, véritables viviers de contestataires. Le parcours des manifestations eut bien vite des passages consacrés : place Jeanne d’Arc ou chevauche la sainte, la place du Salin où règne le palais de justice et enfin la place du Capitole. Ce triangle tout en incluant les lieux symboliques de la vie publique, délimitait un espace restreint à la portée directe des étudiants.

La présence massive des émigrés espagnols venus à Toulouse à la fin de la guerre civile marqua la vie sociale et politique de la ville, presque à son insu. Les réfugiés politiques firent souche, maintenant leurs traditions et leurs organisations. Sur la place St-Sernin, en face de la Basilique, CGT et CNT (3) cohabitent dans la Bourse du Travail et se partagent les salles de réunion. Cet état de fait impliqua-t-il un phénomène de transmission politique d’une génération à l’autre ? Bien sûr, les réunions animées par une douzaine de filles et fils  d’anars espagnols avant 68, passèrent pendant les événements à un rythme quotidien de 200 personnes. Cet élargissement des effectifs touchait cependant tous les groupuscules  déjà  existants.

La  présence  politique  de l’anarcho-syndicalisme espagnol se traduisit plutôt de façon diffuse par une reprise symbolique de thèmes à connotations culturelles, de comportements et d’emblèmes : les drapeaux rouges et noirs flottèrent aux grilles du Capitole le 24 mai 1968.

Ce ralliement de la municipalité à la cause des contestataires et des grévistes fut le troisième élément d’importance qui contribua à donner aux événements toulousains une inflexion  particulière.

Toulouse était un bastion traditionnel des radicaux-socialistes. La Dépêche du Midi faisait tous les jours, avec sympathie, sous la plume de François Queffelec notamment, le compte rendu des événements.

Ce ralliement s’inscrivait dans une opposition parlementaire à De Gaulle et un soutien à la FGDS(4). De nombreux affrontements avec les forces de l’ordre furent désamorcés par cet état de fait, à l’exception  de « la nuit des barricades » du 11 juin qui se plaça directement sous le signe de la solidarité nationale. Contrairement à Paris, les citadelles toulousaines se rendaient avant d’avoir été prises. La guerre de position n’existait pas : le 24 mai, la « salle des illustres » s’ouvrait devant un public ébahi qui ne songea même pas à s’engouffrer dans cette brèche. L’idée d’une prise de pouvoir par la force était absente des préoccupations toulousaines.

Le récit des événements

1ère étape : du 23 avril au 13 mai

Le 23 avril, les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) et les comités Vietnam (CVN) manifestèrent leur solidarité à Rudi Dutschke qui venait d’être blessé dans un attentat.

Cette décision avait suivi les manifestations parisiennes du 11 et du 19 avril. L’implantation exceptionnelle de la JCR à Toulouse, une trentaine  de  militants qui  n’étaient encore  adeptes   de  Trotsky,   mais  antistaliniens et partisans de Guevara, rendait possible ce type de décision Le cortège, formé de 200 étudiants environ, passa par la place du Capitole, arriva à la Faculté des lettres où le doyen Godechot leur permit de s’installer pour discuter avec un étudiant allemand du SDS(5).

Le jeudi 25 avril, la discussion devait se poursuivre sur les événements de Nanterre ; Daniel Bensaïd, militant de la JCR qui avait quitté Toulouse depuis peu pour rejoindre l’Ecole Normale de St-Cloud et qui était inscrit en philosophie à Nanterre, devait faire le point sur les récents événements. 400 étudiants étaient là pour s’informer. Des étudiants d’extrême-droite étaient également au rendez-vous pour s’opposer à la tenue de la réunion : jets de pierre, fumigènes. La police intervint ; la porte de l’amphithéâtre Marsan fut enfoncée et les étudiants dispersés sur l’ordre du recteur Richard. S’ensuivit une manifestation où extrême droite et extrême gauche continuèrent à se livrer bataille. Ces faits, aussi banals peuvent-ils nous      apparaître aujourd’hui, ont fait événement à l’époque. Ils furent considérés comme l’origine du mouvement toulousain, en quelque sorte l’acte fondateur, d’où son nom de « Mouvement du 25 avril ». Pourquoi tenez-vous à cette appellation ? –  Parce que ce jour-là, nous avons brisé avec le silence toujours observé scrupuleusement sur les problèmes de l’Université… Le style de cette journée restera vraisemblablement celui de notre mouvement qui n’a strictement rien à voir avec les groupements, associations, syndicats, etc… préexistants. Notre lutte  ne doit en aucun cas se confondre avec l’antigaullisme et notre souci est de réinventer une notion de la  politique beaucoup plus large (6). Souci de fondation mais aussi de volonté d’échapper à toute main mise extérieure à la situation vécue. Le journal 25 avril se voulait en prise directe sur les événements. Ses 3 numéros furent pris en charge par des groupes de militants à chaque fois différents. Ce pluralisme se maintint en dépit de la pression de l’actualité(7).

Le 30 avril au Palais des Sports, se tinrent les 6 heures pour le Vietnam avec la participation de Denis Berger et de Jean-Pierre Vigier.

Le 1er mai se passa dans le calme. Le 3 mai se tint une assemblée générale à la salle du  « Sénéchal ». A cette occasion, le nom de 25 avril fut adopté.

Il fut décidé de porter le débat à l’intérieur des cours : l’expression politique aura lieu dans l’Université, les étudiants mèneront dans chaque amphithéâtre les débats qui les concernent. Ce tract évoquait également les troubles du Quartier latin. Le 6 mai se passa sans encombre, alors que les autres villes universitaires de province s’ébranlèrent : Besançon, Clermont-Ferrand, Grenoble, Limoges, Lyon, Nantes, Pau…

Le 7 mai, les étudiants de la Faculté des lettres se rassemblaient dans le grand amphithéâtre (1 500 personnes), sous  la présence menaçante des étudiants de la FET(8), hostiles à l’Université critique : le principe d’une grève illimitée fut adopté. Les objectifs : la libération des étudiants parisiens, la cessation des interventions policières au sein de l’Université, la liberté d’expression étendue aux lycées – un lycéen avait été traduit devant le conseil de discipline de Pierre de Fermat pour avoir distribué des tracts. Un pétard au soufre tomba de la verrière et abrégea le rassemblement. Départ en manifestation vers le rectorat (4 000 personnes) au son de : « Recteur, démission ! ». La manifestation se dirigea ensuite vers le lycée pour demander la réintégration du lycéen exclu.    Charge    de    police,  Alain Alcouffe, président démissionnaire de I’AGET – UNEF(9), fut passé à tabac par un groupe de policiers. Investissement d’un chantier de maçonnerie, projectiles, vitrines brisées.

A partir de ce jour, le processus s’accéléra.

Le mercredi suivant, les cours cessèrent. A la Faculté des lettres comme chez les scientifiques, la participation fut très forte dans les débats.

Le jeudi 9 mai, à l’appel des syndicats d’étudiants et d’enseignants se tint une assemblée de 3 000 personnes environ, au Palais des Sports, sur le thème de l’Université critique. Le Mouvement du 25 avril y prônait la nécessité d’une gestion tripartite, la suppression des fonctions du rectorat, des examens, et le contrôle continu des connaissances.

Le vendredi 10 mai, assemblée à la Faculté des sciences de Rangueil, grève au lycée Pierre de Fermat, constitution des comités d’action lycéens (CAL).

Le samedi 11 mai, l’unité d’action décidée avec les organisations ouvrières. Grève générale dans tous les secteurs de l’activité sociale. Piquets de grève au lycée Pierre de Fermat, manifestation devant l’ORTF. La journée  du  13 mai  prit  dans le Sud-Ouest une ampleur particulière ; à Bordeaux, on évaluait le nombre des participants à 25 000 personnes ; à Toulouse, le cortège avec le maire en tête, M. Bazerque, et le pré­ sident du Conseil général, avait rassemblé plus de 50 000 personnes à son arrivée place du Capitole, dont 1200 étudiants environ. Délégation de Sud-Aviation, des hospitaliers, de I’APC (Azote produits chimiques), de Bréguet et des travaux publics. Les Beaux-arts de Toulouse se joignirent au mouvement. Les agriculteurs se réunirent.

2ème  étape : du 13  au 27 mai

Le mercredi 15 mai se créa un comité pour la défense de la liberté et du droit sous la présidence du maire et d’une parlementaire parisienne : la municipalité avait été saisie de plaintes concernant les brutalités policières.

Le vendredi 17 mai, le boycott des examens en lettres fut décidé. L’Université est occupée 24 heures sur 24. Sur les murs, des citations :« Quand l’extraordinaire devient quotidien, c’est la révolution ».  (Fidel Castro) ; «les chemins de l’excès mènent à la sagesse» (William Blake) ou encore : « Penser, c’est renoncer au savoir » (Schelling). Les étudiants de l’école des Beaux-arts en pleine effervescence suivaient par radio l’évolution de la situation dans les autres écoles. A partir de minuit, les cheminots déclenchèrent la grève pour une durée illimitée. Dans tous les départements du Sud-Ouest, l’immobilisation fut totale. Un millier de voyageurs en gare de Grisolles ! Le Paris­ Port-Bou fut arrêté en rase campagne. Le train 1037 fut arrêté à Caussade.

 

Alors que l’Odéon venait d’être investi, que le Festival de Cannes se transformait en semaine internationale du cinéma, sans palmarès à la clef, des étudiants toulousains décidèrent d’occuper le centre culturel, pour « sortir de l’abstraction » d’un débat sur « art et révolution ». Les revendications formulées furent les suivantes : le centre culturel ne doit pas être réservé aux seuls adhérents, les programmes prévus annulés, vente au profit des ouvriers et étudiants des œuvres exposées. Le directeur voulut bien faire part aux artistes concernés de cette proposition  par  la voie des ondes.

Les autres institutions culturelles de Toulouse se joignirent au mouvement : le Grenier de Toulouse qui avait monté les pièces d’Armand Gatti : V Comme Vietnam, Le Poisson Noir…

Le personnel du Centre dramatique musical, cinématographique national du Sud-Ouest, réuni le 18 mai, en assemblée générale constitua un comité de vigilance et décida de se mettre en rapport avec les mouvements étudiants, ouvriers et agricoles, et « de se mettre à la disposition des organisations représentatives des libertés démocratiques pour se préoccuper avec elles de la mutation des structures socioculturelles du pays ».

La situation toulousaine cependant fut jugée assez sérieuse pour que les émetteurs de TV de  Pechbonieu et de Muret (radio) soient gardés militairement.

Le dimanche 19 mai, le Mouvement du 25 avril invitait la population toulousaine à débattre à la Faculté de lettres sur les rapports des luttes ouvrières et étudiantes, sur la transformation de l’enseignement et du rôle que pourrait jouer l’Université… Au centre culturel devenu centre critique, les discussions se poursuivaient à propos de la culture bourgeoise et de la culture  populaire. Aux usines de Sud-Aviation, on ne voulait pas de séquestration comme à Nantes, et le personnel pratiquait une certaine « préservation » du Concorde.

A la veille de la grève générale, on assistait à un renforcement de la solidarité étudiante et ouvrière : pour prévenir l’intervention des forces de l’ordre, les étudiants, à la demande de la CFDT, donnèrent un coup de main aux postiers.

Le lundi 20 mai, la grève se   généralisa dans tous les secteurs de la production.

A Sud-Aviation, les trois usines comprenant 7 500 cadres et ouvriers décidèrent  la grève  et  l’occupation des locaux.

A l’APC (ex. ONIA) composée  de 3 200 personnes dont 200 cadres, la production pour des raisons techniques fut ramenée à un niveau très bas. Les cadres ne participèrent pas au mouvement.

Chez Bréguet-Aviation (1 200 cadres, ouvriers et employés) répartis sur deux usines, la grève sans limitation de durée avec occupation des locaux est votée.

Chez Latécoère (1 100 cadres et ouvriers), l’effectif de l’entreprise, cadres compris, a décidé de débrayer et d’occuper les ateliers.

Air France, centre de révision de Montaudran (900 personnes) arrêtait le travail  à l’unanimité.

Les grandes entreprises ont voté la grève illimitée avec occupation des locaux à l’unanimité. Et s’il n’est pas possible de donner dans le cadre restreint de cet article, le détail des entreprises en grève, on peut dire cependant que le mardi 21 mai il y avait en Haute-Garonne plus de 100 000 travailleurs en grève.

Le 24 mai, un peu partout en France, la violence fut à l’ordre du jour. Un commissaire de police fut tué à Lyon. Heurts violents à Agen, à Nantes, cocktail Molotov à Périgueux. A Toulouse, l’interdiction de séjour de Daniel Cohn-Bendit provoqua une manifestation. A sa tête, les comités de gestion tripartites de la Faculté des lettres et des sciences et des dirigeants syndicaux. Occupation du Capitole. Les sapeurs-pompiers refusèrent de disperser les manifestants. Une délégation demanda la solidarité de la municipalité avec les grévistes (création d’un fonds d’aide) et la reconnaissance de l’Université autonome. A 18 h, les portes s’ouvrirent ; la foule qui chantait l’Internationale pénétra dans le bâtiment et s’installa dans la cour pour écouter le communiqué de la mairie et une allocution prononcée par un ouvrier CFDT de Sud­ Aviation. Le lundi 27 mai, une nouvelle manifestation de masse eut lieu (50 000 personnes), réclamant la démission de De Gaulle à l’appel des syndicats et des partis de gauche.

 

3ème étape : du 27  mai au 24 juin

 

Le 28 mai, le projet de cogestion, élaboré par la commission paritaire professeurs-élèves ayant été adopté, les élèves de Pierre de Fermat   ont cessé d’occuper l’établissement. De nouvelles entreprises se joignirent au mouvement de grève : les Biscottes Paré, la Brasserie Pélican Sud fournirent les cliniques et les grévistes de Sud-Aviation. La durée de la grève nécessitait l’organisation d’un soutien aux familles en difficulté. Un accord fut pris dans ce sens avec les producteurs agricoles.

La Faculté des lettres se remplit de victuailles, d’où la nécessité pour les étudiants d’une redistribution rapide. Ces opérations de redistribution furent effectuées notamment à Bordelongue, une sorte de campement à la sortie de la ville. Le conseil municipal décida également de venir en aide aux familles dans le besoin : deux subventions furent accordées aux fonds de solidarité des deux syndicats CGT et CFDT. Les ouvriers boulangers débrayèrent, mais un accord intervint rapidement entre patrons et ouvriers. Les résultats des accords de Grenelle ne faisaient pas l’unanimité, la volonté de poursuivre la grève à Sud-Aviation, Bréguet, Air France, APC, se manifesta sans ambigüité. Les adhésions aux syndicats se multiplièrent.

A l’Université, le comité de gestion tripartite élit son  bureau.

Au lycée Pierre de Fermat, les débats se poursuivaient sur l’évolution de l’Université, mais aussi sur la proximité du baccalauréat et du BEPC – distribution d’une documentation sur cette cogestion et l’autodiscipline qu’elle nécessite. Des avocats toulousains firent un communiqué en faveur de Mendès­ France.

Le 31 mai, une manifestation de soutien au général de Gaulle fut organisée par les Comités de défense de la République. Affrontements devant la Faculté des lettres. A partir du 1 et 2 juin, on constatait un certain essoufflement du mouvement. Pour la première fois, la contestation semblait avoir déserté la ville. La grève se poursuivait cependant, à Sud-Aviation, à la SNCF, dans la métallurgie.

Les ouvriers du bâtiment occupèrent les locaux de la chambre patronale. Cependant la reprise s’organisait lentement. A la Faculté des lettres, le comité de gestion provisoire se préoccupait de mettre en place des modalités « d’une validation » de fin d’année. A Sud-Aviation, la police investissait le siège  social  et  intimait   l’ordre  aux   représentants des salariés d’évacuer la salle de réunion dans laquelle ils se trouvaient depuis la veille. Cependant le 11 juin au matin la reprise est effectuée aux usines de Toulouse, de Marignane et de Nantes.

A la suite de la mort de Gilles Tautin à Flins, Toulouse connut à son tour une nuit des barricades. Echange de projectiles, incendie de voitures. A minuit, une quarantaine de personnes avait été interpellées. A deux heures du matin, des feux s’allumaient toujours dans les rues ; à trois heures du matin, la dernière barricade était abandonnée.

Après ces échauffourées, 22 étrangers de nationalités diverses dont 6 étudiants furent expulsés. Le Mouvement du 25 avril proclamait sa solidarité avec les victimes de la répression policière : « nous sommes tous les étrangers ». Du 18 au 21 juin, une opération porte ouverte des Maisons de la jeunesse et de la culture (MJC) invitait les jeunes à participer à des élections parallèles aux élections législatives.

L’Université d’été se préparait. Le philosophe Jacques Derrida fut invité. On se réunit dans les locaux de la CFDT. La poésie de Mallarmé était  également  au programme. Le 24 juin, l’instituteur Delbasty vint parler des méthodes Freinet, qui permettent à l’enfant d’épanouir son potentiel créatif. L’intérêt qu’il rencontra était-il annonciateur de l’action d’un autre instituteur toulousain, Jules Celma(10), qui voulut mettre en pratique cette pédagogie libératoire de l’enfant.

Les élections législatives à Toulouse plus qu’ailleurs mirent un point final à l’euphorie des partis de gauche qui avaient ouvertement soutenu la contestation. Tassement spectaculaires de la FGDS.

 

A partir de ce récit des événements toulousains, on peut remarquer une mobilisation du mouvement étudiant large et rapide. Ce mouvement se structura selon des objectifs qui lui étaient propres, sans jamais les perdre de vue. Le mouvement  ouvrier  fut  plus lent au démarrage malgré une forte implication de l’industrie aéronautique. Il fut plus frileux qu’ailleurs malgré les secteurs durs comme dans le bâtiment.

Somme toute, pendant ces deux mois, les toulousains se préoccupèrent d’avantage d’investir les symboles de la puissance publique est-ce là un effet de l’histoire de leur ville capitale de l’Occitanie ? – qu’à mettre des entraves à la production industrielle et capitaliste de la région.

  1. Le journal 25 avril (directeur Alain Alcouffe) ·3 numéros . sans date.
  2. La Dépêche du Midi, lundi 13 mai, p. 3
  3. SDS : Sozialistischer Deutscher
  4. Je tiens à remercier celles et ceux qui m’ont fourni documents et informations : Tony Alvarez, Tony Artous, Daniel Bensaid, Marie­ France Brive, Danielle Delbreil.
  5. Pour les trois académies de Créteil, Paris, Versailles : 509 898 étudiants.
  6. CNT : Confédération nationale du travail (Confederaci6n Nacional del Trabajo).
  7. FGDS : Fédération de la gauche démocrate et socialiste.
  8. FET : Fédération des étudiants toulousains.
  9. AGET·UNEF : Association générale des étudiants toulousains • Union nationale des étudiants de France.
  10. Jules Celma : Journal d’un éducastreur, Paris, Ed. Champ libre,
  11. La France de 68. Alain Delafe, Gilles Ragache – Paris, Seuil, 1978

 

 

Vignes Bernard

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

Bernard Vignes

Je ne sais si mon parcours pourra apporter quelque chose sur 68 à Toulouse…d’autant plus que je n’ai jamais adhéré à une organisation et donc vous ne me retrouverez sur aucun organigramme. Pour cette raison je  ne présente seulement quelques impressions, quelques ambiances de cette période et peu de noms, soit par oubli , soit par peur de me tromper sur leurs adhésions , soit parce que je ne les connais que sous leurs « noms de guerre »…

Paradoxalement, et comme on avait la chance de profiter d’un téléviseur à la maison, je pourrais dire que je me suis éveillé à la politique dès mon enfance, à travers les conférences de presse et les grands discours du général De Gaulle qui me faisaient « frissonner », ( tel celui prononcé lors de l’inauguration de l’usine « marée motrice » de la Rance). Blague à part , je devais sentir la fibre patriotique que certains jeunes ressentent aujourd’hui lors des grands matchs internationaux . Pour autant, dès la 3e et comme bien d’autres adolescents de cette époque, je suis très sensibilisé par la guerre au Viet-Nam ( le choc des images ) ; mais sans aucune argumentation politique. Mis à part le lavage des voitures organisé par la paroisse pour recueillir des fonds pour les affamés du monde, je n’avais aucune idée de ce que l’on appelle la conscience politique… Mon émotion face aux bombardements au Viet-Nam tient plus d’une sensibilité humaniste que d’une révolte quelconque d’autant plus que je baignais dans une atmosphère familiale « radsoc » typique du sud-ouest. Mon père n’aimait pas De Gaulle…ce qui me désespérait et détestait l’intervention américaine ce qui me réconfortait. Pour autant, il détestait encore plus le régime soviétique…

Quand Mai 68 éclate, je suis lycéen à Villeneuve sur Lot en seconde… . Les évènements , on les vivait à travers la télévision , la radio et les journaux… mais on commençait à en sentir leurs effets dans les divers rationnements ( essence…) et paniques (huile, sucre etc…). C’est alors que j’ai vu l’évolution d’appréciation de mes parents. Au début mon père soutenait la jeunesse de façon virulente ( surtout en voyant les images des barricades prises par les forces de l’ordre). Mais petit à petit un sentiment de peur l’a envahi et un désir de retour à l’ordre tout aussi virulent s’est emparé de lui. Pour ma part, le cheminement était contraire. Si au début, je trouvais que l’image de la France était affectée alors que la conférence de la paix sur le Viet-Nam venait de s’ouvrir, l’aspect anti-autoritaire du mouvement me fascinait. Au Lycée , la grève importée par des étudiants bordelais dura plus d’un mois. Pour moi c’est le côté festif et grandes vacances avant l’heure qui me satisfaisait. J’assistai aux AG sans jamais prendre la parole…étant d’une grande timidité maladive. Les revendications étaient variées mais reposaient plus sur la vie quotidienne que sur la « révolution prolétarienne » à laquelle la très grande majorité ne comprenait rien. On demandait le droit pour les filles de porter la mini-jupe ; pour tous les lycéens d’avoir un foyer ; des oraux plutôt que des écrits au bac….

Les années qui suivirent furent pour moi des années de bon lycéen timide, travailleur et studieux. La chape de plomb de l’ordre moral gaullien avait été secouée mais pesait encore… ainsi que celle de la famille de plus en plus étouffante. C’est après 68 que la vie d’un jeune devient paradoxalement difficile. Je me souviens des insultes proférées par des camionneurs qui nous doublaient alors que sur des solex nous remontions vers le lycée. Les ricanements de mes frères sur les lycéens et les étudiants fainéants et fouteurs de merde. C’est à ce moment là que l’on peut parler de conflit de générations et de parcours. Nos parents commençaient à profiter des fruits de la croissance après les années de guerre et de reconstruction et nous, nous crachions sur cette société de consommation vide, déprimante et écœurante comme les repas familiaux interminables du dimanche. Si je travaillais autant au lycée c’était pour avoir le bac et fuir cette ville mais sans aucune haine pour les lieux ou les personnes . Je refusais simplement de me retrouver avec mes Quatre frères dans l’atelier familial. C’est au lycée que mon surnom de « Pancho » (en référence au révolutionnaire mexicain) , me fut donné par un camarade du nom de Daniel Weissberg que j’allais retrouver en fac plus tard. Il faut dire que ce surnom aura une grande réussite lors de ma vie toulousaine .

Une fois le bac en poche , il fallait choisir sa fac. Étant dans l’académie de Bordeaux j’aurais dû suivre des études dans cette ville, mais comme la plupart des lycéens de Villeneuve j’étais attiré par Toulouse qui nous paraissait plus jeune, plus vivante, plus explosive… Les informations nous confortaient dans cette optique… Pour autant , si les mouvements gauchistes vus de loin me fascinaient, il me faisaient également peur… Au tréfonds de mon cerveau je ne savais pas si je serais du côté de l’ordre ou de la révolte. La confusion en quelque sorte. Je m’inscrivis d’abord en science po et je rencontrai un ancien élève de lycée mais celui-ci allait virer vers l’extrême droite. J’allais le retrouver un jour, face à moi derrière les forces de l’ordre et les excitant. J’en ai un mauvais souvenir car ayant prononcé bêtement un jour son nom, quelques temps plus tard, à d’autres anciens camarades de lycée ( d’extrême gauche cette fois-ci) , il fut victime d’une expédition punitive « anti-facho ».. .

Mon premier contact avec le gauchisme fut donc à l’automne 70 à l’arsenal. Je fus pris dans les affrontements entre la GP et les forces de l’ordre. Très vite les contacts avec des étudiants anars , maos ou divers « spontex » furent naturels. A cela se mêlaient beaucoup de choses … Un besoin de rompre avec une enfance trop sage et trop studieuse, la découverte de la ville, du cinéma, des soirées interminables. Le besoin d’une vie « héroïque », romantique, … Un mélange de révolution de 1848 et du supplice du jeune Werther.. Car, il faut bien le dire les images de 68 nous hantaient … Et quoi de plus beau que de séduire enfin les filles par nos actions héroïques… Car la sexualité frustrée prenait une grande part dans nos actions les plus radicales.

Je tiens à rappeler que n’ayant adhéré à aucune organisation si ce n’est le syndicat Sgen-CFDT… J’ai été plutôt un « compagnon de route » de plusieurs mouvements ou organisations . J’ai souvent cependant participé aux débats, parfois décisions et le plus souvent actions. Cette non adhésion instinctive et peut-être aussi par flegme m’a permis de garder toute ma liberté d’action ou de réflexion. Certains militants étaient satisfaits de ma non-adhésion car avec moi et d’autres amis, ils échappaient à la rigueur et autre nouvel ordre moral des organisations.

Je ne suis resté à science po qu’un mois et demi. Je ne supportais plus l’ambiance lycée de l’institution et le temps du bachotage était passé. Je voulais désormais vivre pleinement ou du moins rattraper mon retard dans tous les domaines ( ciné, politique, littérature, musique etc…). Mais parfois remontait une chanson de variété ( viens, viens sur la montagne…) que je fredonnais et du coup me ridiculisait auprès de certains camarades qui me trouvaient un peu «  plouc ». Je m’inscrivis en histoire au Mirail. Un Mirail à l’époque en effervescence permanente. Toutes les organisations étaient présentes. Celles qui m’attiraient le plus étaient les plus provocatrices, les plus iconoclastes, les plus spontex…Pour autant et c’est peut-être un explication , j’ai toujours eu une distance par rapport à la phraséologie et langue de bois gauchistes. Je ne dis pas que je ne l’utilisais pas mais avec parfois de l’ironie. Je n’y croyais pas vraiment ou du moins je n’arrivais pas à l’intégrer. Avec le temps, je sais bien que j’ai pu dire des âneries et traiter de réac ou de facho quelqu un qui parlait avec intelligence… J’ai même soutenu les Kmehrs rouge contre la presse bourgeoise . J’ai donc pu dire beaucoup de bêtises mais de fait je n’arrivais pas à rentrer dans un dogme… Et j’avais l’impression de jouer à la révolution mais pas vraiment de la faire.

La période qui va de 1970 à 1973 fut pour moi la plus heureuse, la plus joyeuse et la plus formatrice.

Je peux dire que mon rattrapage fut accompli en 1 ou 2 ans. Ma vie fut radicalement transformée . Je mélangeais à la fois l’activité politique, le cannabis, l’alcool, les cheveux longs , Woodstock et les Pink floyd ce qui permet de comprendre la méfiance de ma part mais aussi celle des organisations vis-à-vis de moi ; organisations parfois plus que puritaines et paranoïaques. Cela ne m’empêchait pas d’avoir de profondes amitiés avec des militants d’organisations parfois très opposées. Après une action commando contre le film Antebe avec Gérard Milhes, contre le quartier général pour le Larzac avec Bernard Milhes ou Clavel je me retrouvais avec Gilles Corre proche de la ligue ; lui, parlant des inconséquences des maos dans les manifs, moi des trahisons traditionnelles et historiques des trotskistes.

La « bataille de l’arsenal » à l’automne 70 me fit me rapprocher des maos de la GP mais aussi des anars et situationnistes. Cette « bataille » au cours de laquelle la police ratissa les chambres de la cité-U pour matraquer les gauchos est restée mémorable ( voir un ami toulousain : Georges Charles). Les grèves interminables politiques et étudiantes au Mirail était une source permanente de nouveaux militants, de nouvelles rencontres et parfois d’histoires amoureuses .

Ayant obtenu les IPES d’histoire-géographie, mon autonomie financière fut assurée. J’en profitais pour vivre pleinement mais dans l’aisance matérielle une vie à la fois d’apparence « zonarde » , oisive, militante , routarde et étudiante à la marge.

Les actions concernaient surtout les grèves étudiantes, les manifs ( 2 ou 3 par semaine ) soit sur le Viet-Nam, soit sur la suppression d’un dessert au restau -u , soit sur une réforme Debré, soit sur la présence de Pompidou au capitole… Elles concernaient surtout les actions commandos … contre Renault lors de la mort d’Overney, contre le consulat d’Espagne et les banques espagnoles ( procès de Puich Antich , procès de Burgos … ). Les affichages nocturnes, les occupations, les distributions de tracts à la sortie de certaines boîtes.

Mais petit à petit le temps passant, je m’assagis d’une certaine manière et me rapprochais de copains que j’avais connus comme militants du PSU, de la GP, anar ou au lycée… Je fréquentais les réunions de la GOP, je militais parfois avec eux, je participais à de nombreuses actions mais je n’adhérais toujours pas. Certains des amis que j’avais connus spontex ou anars rentraient à « Révolution » ou créaient des communautés à la campagne, d’autres viraient vers les « Autonomes ».

Après les élections de 1974, les grands axes de lutte furent les grandes manifs du Larzac, les voyages au Portugal ( à la « commune Che Guevara » avec Alain Rébaud et Yannick) , le front paysan avec Gilles Allaire et Lemaire. Ma maîtrise d’histoire portant sur les « paysans travailleurs » du Lot et Garonne , je me retrouvais à disserter sur l’intégration du monde paysan dans le système capitaliste… tout en « militant » avec Jacques Massey aux usines Pont à Mousson de Fumel. Un grand point d’orgue qui est aussi le chant du cygne du gauchisme fut la grande grève du Mirail en 1976…

On se préparait encore à l’insurrection armée en s’entraînant dans les coins les plus reculés du Lot et Garonne. Mais les préoccupations commençaient à s’orienter vers l’écologie (Malville, Golfech …) et les radios libres. Ainsi commença l’aventure de « radio barbe rouge », radio pirate dont un des grands animateurs fut Gérard Milhes . Aventure en grande partie clandestine, la dernière dans laquelle je m’investis vraiment… Mais l’âge et les préoccupations nouvelles, mon départ de Toulouse mirent définitivement fin à mon « Grand 68 ».

Voilà quelques mots rapides … Pour ce qui est des noms d’orga comme VLR, FHAR, la revue : «  Que voulons-nous ? TOUT! »  , Lutte Occitane, etc… des personnages comme Francis Vadillo dit « Lacan », Jacques Weissberg, etc..

Cordialement Pancho

Trotard Joel

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

Je suis entré à la JCR en juillet 67. Je participais au Comité Vietnam National (CVN) depuis 66 (d’abord au comité Vietnam de Bellevue avec une partie de la section Jeunesse Communiste dont le secrétaire  était Patrick Mignard). On retrouvait à la JCR les enfants des familles Barsoni et Tauber (juif communiste résistant),  Jean Pierre Goirand aujourd’hui médecin à Montauban, (?) Bédécarax…

Les références internationales étaient omniprésentes et immédiatement constitutives de l’engagement militant. Les discussions faisaient rage et étaient extrêmement formatrices.

– Avec le PCF: Paix au Vietnam  ou lutte ouverte POUR la victoire du FNL vietnamien contre l’impérialisme américain.

– Rupture sino-soviétique: qu’est-ce que le “maoïsme”?

– La 3ème voix cubaine … le CHE en Bolivie…. “Créer 2 ou 3 Vietnam” … un renouveau de l’internationalisme?

En septembre 67 en prépa à Fermat je me suis investi à fond dans la JCR comme la plupart des “nouveaux entrants” issus des comités Vietnam. Un noyau étudiant (3 ou 4 ans plus âgés, adhérents à l’UNEF) dirigeait assez habilement cette petite organisation. Daniel Laplace (Paco), Claude Laplace (Perpignan), (?) Carpentier, Danielle Carpentier (Toulouse), Denis Daumas (Tarbes), Monfrey (Toulouse), Pérez (Toulouse) étaient déjà des ancêtres.

La plupart avaient été exclus de l’Union des Étudiants Communistes après 65. Certain d’entre eux adhéraient à l’intérieur de la JCR à une cellule trotskiste du PCI section de la 4ème Internationale (Ça nous faisait plutôt rigoler! Nous étions plus volontiers guévariste!).

Cours-Salies, Antoine Artous, … n’étaient pas à la JCR avant Mai 68 mais à l’UNEF. L’UNEF avait beaucoup d’adhérents. Beaucoup d’entre eux étaient proches du PSU (ESU), des courants chrétiens de gauche … En réalité, tous les courants de gauche et d’extrême gauche se retrouvaient à l’UNEF. Le souvenir de la guerre d’Algérie et de la lutte contre l’OAS était prégnant: d’où l’antifascisme permanent et musclé qui unifiait facilement tout le monde.

Mon objectif était de rendre la JCR plus opérationnelle par rapport aux “grands évènements” qui ne manqueraient pas de se produire sous peu. Nous suivions attentivement l’évolution des mouvements étudiant allemand et japonais (les Zengakuren), du mouvement anti-guerre américain, mais également les premières grèves très combatives en France (ex: la Rhodiaceta).

Avec un local à Arnaud Bernard et 30 à 40 adhérents (essentiellement lycéens/étudiants), les “troupes” augmentaient chaque semaine, beaucoup issus des Comités Vietnam qui continuaient à grossir.

Mois d’octobre 67: grève dans un lycée parisien animée par Romain Goupil, Recanati … Ils expérimentent une nouvelle forme de Comité de lutte unitaire. Aussitôt, ils lancent un débat dans les JCR: il faut partout lancer les Comités d’Action Lycéens (CAL). Je participe à une conférence nationale de la JCR à Paris sur cette question et ipso-facto je monte le premier CAL à Fermat avec Claude David .  L’idée est d’avoir une action directe dans le bahut. Le thème est quelque peu simpliste: a bas le lycée caserne! D’autres vont suivre rapidement.. Au lycée Berthelot Serge Pey et Véronique Barsoni forment un CAL

Au plan national et local,  le débat sur la stratégie d’alliance pour “débloquer ” la situation faisait rage. Bensaid voulait comme dans les CAL une alliance large avec tous ceux qui étaient prêt à en découdre (stratégie d’affrontement) avec le régime gaulliste (ex: les anars et DCB à Nanterre). Weber (et les autres trotskistes “officiels”) trouvaient cela assez aventuriste… et irresponsable.

En décembre 67  congrès interne de la JCR de 3 jours. Je rédige la “résolution d’organisation” qui change profondément le système d’organisation local et je me retrouve à la direction de ville.

A la place de la section unique de ville sont créés plusieurs cercles plus opérationnels: un cercle lycéen, un cercle CET (!!), un /deux cercles étudiants et surtout un cercle entreprise (Daniel Laplace) chargé de “gérer” les premiers contacts avec des militants ouvriers. Exemple: Paul responsable CGT et jeune communiste de la SNIAS et d’autres dans le Bâtiment.

Vers février/mars 68, à l’UNEF où tout le monde se retrouve (UJCML, PSU, JCR,…),  dans les comités Vietnam qui n’arrêtent pas de grossir, après l’exemple des premiers CAL qui commencent à faire parler d’eux; dans les bahuts l’ambiance change.

En gros: assez parlé de Révolution … il faut la démarrer ici et maintenant! J’ai le souvenir assez précis d’une AG des comités Vietnam (fin février 68,  150 personnes rue des lois) qui bouscule l’ordre du jour proposé: Ras l’ bol des parlotes … la meilleure façon maintenant d’aider les vietnamien c’est d’attaquer ici en France! Même la JCR n’en revient pas!

Quelques semaines plus tard (peut-être après le 22 mars) une réunion/consultation privée est organisée chez Antoine Artous regroupant tous les “leaders” locaux de l’UNEF, des CAL, PSU, JCR, Anars (une quinzaine environ: Artous, Court-Salies, Alcouffe, Lumeau, J.Trotar, ????).

Objectif: voir si on peut se mettre d’accord pour agir tous ensembles: quel programme avec quelles méthodes (celles de Nanterre et des CAL paraissent appropriées mais alors “quid de l’UNEF” pourtant direction naturelle du mouvement … etc.).

Finalement un accord/pacte est conclu. Alcouffe dit OK et propose le programme “Université Critique” élaboré par l’UNEF plusieurs années auparavant et qui n’avait jamais servi à rien.  Quant à la tactique c’est simple: à la première occasion on occupe la Fac! Ce sera fait le 25 avril avec plusieurs centaines d’étudiants!

Parallèlement, un lycéen du CAL Fermat (Claude David) passe en Conseil de discipline et il et exclu pour avoir distribué des tracts dans le lycée. Le mouvement étudiant vient à la rescousse: “Réintégrez David!” Grosse manif avec affrontement (Alcouffe passé à tabac) devant le lycée Fermat.

Mai 68 a démarré à Toulouse et suivra le rythme national: Fac et lycées occupés les uns après les autres après la “nuit des barricade” du 11 mai à Paris. La SNIAS part en grève très vite après le 13 mai 68.

A partir de là, la JCR se retrouve complètement débordée organisationnelle ment par l’ampleur du mouvement. Le dispositif mis en place en Décembre 67 et qui a fortement aidé (en particulier dans les lycées & CET) au démarrage ne fonctionne plus. Je n’ai pas participé à une seule réunion de la JCR jusqu’à sa dissolution par le gouvernement fin juin 68 en même temps que 13 autres groupes politiques.

La dissolution et la fin de la grève générale nous re-réunissent “clandestinement”. Les propositions d’adhésions sont nombreuses dans la perspective de la constitution d’une nouvelle organisation politique. Bref, la clandestinité n’est pas trop dure bien que nous prenions cela très au sérieux.

A la rentrée 68, autour de l’hebdo “Rouge” les cercles de lecteur/adhérents se réunissent (comités rouge) et jusqu’en janvier 69 est mise en débat la constitution d’un parti d’avant-garde Communiste Révolutionnaire. L’analogie est forte avec la proposition actuelle de la LCR d’un NPA … La coupure est franche et parfaitement assumée avec le PSU et surtout les courants maoïstes.

Pourtant de nombreuses structures unitaires subsistent à la rentrée 68:

– l’UNEF bien sur.

– les CAL (encore très forts à Toulouse – la rentrée 68 commence par une grève avec occupation d’une semaine – affrontements au lycée Fermat ..)

– les Comités d’Action dans les quartiers (St Cyprien, Rangueil ..????..). Ils ont leur journal National « Action ».

Certain seront à l’origine des comités de quartier actuels.

Il faut bien reconnaître que la Ligue Communiste au nom de l’urgence révolutionnaire – « l’histoire nous mord la nuque » selon D. Bensaid – se construit partiellement par la destruction/abandon des structures unitaires de masse (CAL et Comités de quartier). On veut créer le parti et on laisse l’UNEF au PSU, aux trotskistes lambertistes, au PCF.

Cette stratégie de construction de la Ligue Communiste me mets très mal à l’aise : on me mets en demeure de « dissoudre les CAL » …

Je démissionne et ne participe pas au congrès de fondation de la « Ligue ».

Je me retrouve étudiant en Physique-Chimie à l’UPS avec un bon contingent  d’ancien des classes prépas du lycée Fermat (Fonvieille, Dufour, Tarit …) pour préparer les IPES.

Je ne ré-adhère à la Ligue Communiste qu’en Juillet 69 après avoir été reçu au concours des IPES ce qui m’assurait une autonomie financière de trois ans. Je suis rétrogradé au rang de « stagiaire » de la LC pendant 6 mois mais je fonctionne de fait comme un permanent politique.

Je « suis interdit de secteur lycéen » je m’occupe donc du secteur « entreprises » de la Ligue organisé en petites cellules d’interventions sur les « boites ». Ces cellules sont principalement composées d’étudiants détachés de l’intervention sur les facs. Principales entreprises visées: ONIA (AZF), Aérospatiale, Bâtiment, CII & Motorola, PTT, SNCF, Hôpitaux, Enfance inadaptée … etc.

Nous éditons une bonne dizaine de feuilles d’entreprises au titre unifié : la Taupe Rouge. Autour de ces feuilles se regroupent des sympathisants (très peu d’adhérents effectifs) dans les « Groupes Taupe ».

L’activité syndicale des militants et des sympathisants est suivie quotidiennement. Les affrontements avec la « fraction stal » du PCF dans la CGT sont centralisés dans « la commission CGT ». Mais assez vite, malgré la priorité donnée à la CGT, les adhésions et les contacts sont plus nombreux dans la CFDT. Personne à FO.

Je reviens dans la direction de ville de la Ligue sur la base du travail dans le secteur entreprise. La « communication » est difficile avec ceux qui restent en charge de l’intervention dans la jeunesse scolarisée où la LCR est très implantée avec une intervention « tous azimut ».

Une ou plusieurs cellules dans les facs Médecine, Sciences, Mirail, Sciences Eco. Autour des cellules des cercles de sympathisant « les comités rouge ». Une cellule lycéenne et des « comités rouge » dans les principaux bahuts.Une cellule CET/Lycées techniques (toujours le souci de l’implantation en entreprise).

Quelques spécificités de la LCR toulousaine; Poids très fort du secteur étudiant : plusieurs dizaines d’adhésions chaque années (sélectionnées parmi les comités rouge). Importance du Secours Rouge (mouvement de solidarité à toutes les causes populaires). Au départ l’idée vient des rangs de la Ligue. Il est conçu comme un front de masse autour de la LCR pour lutter contre la répression. Pourtant, très vite, le Secours Rouge devient le symbole d’un nouveau parti en gestation. Les gens adhéraient plus facilement au Secours Rouge plus UNITAIRE qu’à la Ligue. Comme après 68, c’est la nature même de la LC (organisation d’avant garde trotskiste affiliée à la 4ème Internationale) qui est remise en cause. Pourquoi pas un nouveau parti plus LARGE et donc une dissolution de la LCR ? Par ses effectifs et son dynamisme, le Secours Rouge bouscule la LCR car il influence réellement et permet l’adhésion massive de militants en crise du PCF et du PSU sans compter ce qui reste des mouvements maos en crise.

La direction historique de la LCR sent très vite le danger et veut mettre fin à « l’aventure ». A ce moment là, j’accepte ce point de vue car le SR ne répond pas à l’organisation des luttes dans l’entreprise. Mais comme après l’épisode de 68 et des comités d’action, je suis quand même assez emmerdé : casser un mouvement parce  qu’il marche trop bien … ça ne me parait pas de très bon augure.

Le mouvement féministe : Mai 68 et les années qui suivirent ne furent pas vécues par les garçons et les filles de la même manière. Je n’en ai réellement pris conscience que 15 ou 20 ans après.

Tandis que les garçons faisaient « leur libération sexuelle », les copines avortaient clandestinement ! Effectivement le MLF ne faisait pas partie de la culture du mouvement marxiste révolutionnaire. Il s’est même développé de manière conflictuelle et contradictoire vis-à-vis de la LC.

Le MLAC a été très fort à Toulouse : Création de dispensaires clandestins. (Plusieurs centaines d’avortements illégaux). Les toubibs de la Ligue se sont engagés à fond (Jacques Giron). Beaucoup de militantes de la LC y ont concrétisé leur premier engagement « féministe ».

L’Espagne : Toulouse a toujours été une plaque tournante de la solidarité et de la lutte antifranquiste.

Suite à des accords internationaux passés avec la direction de ETA (6ème Assemblée), sur demande de la 4ème internationale, la LCR locale (tout Midi-Pyrénées) a développé un réseaux et une infrastructure clandestine très importante (quasiment professionnelle) au service de la direction de ETA-VI. Des dizaines de militant(e)s, parallèlement à leur militantisme officiel et public avec la LCR ont participé et organisé ces interventions clandestines.

En tant que permanent politique et membre du CC de la LCR, j’avais été prévenu de l’existence de ces activités que je devais couvrir. Mais je n’avais absolument pas le droit d’en connaître ni l’organisation ni la portée.

L’histoire de ces activités qui ont été interrompus brutalement – et avec de nombreux conflits après 77 n’a jamais été écrite. Je ne sais même pas si elles font encore partie de la mémoire collective de la LCR.

Saracino Marc – Ni travail, ni famille, ni patrie

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

Ni travail, ni famille, ni patrie.

J’aurais pu vivre au temps des cavernes ou après l’holocauste nucléaire non, j’ai vécu mai 68. 1968 c’était pas mal, un peu différent de 1848, avec un côté plus internationaliste et plus antimilitariste.

Car ce qui unissait les gens dans tous les pays, ce n’était pas tant le dortoir des filles de la fac de Nanterre que la lutte contre la guerre du Vietnam. La France était peuplée de déserteurs Américains avec leurs bars et leur musique mais qui s’en souvient ?

Il y avait aussi les déserteurs, les insoumis et les objecteurs Français. Après la grève de la faim de Louis Lecoin, De Gaulle avait décidé de cacher les objecteurs de conscience au fond des forêts, au service de l’ONF (Office National de Forêts), logés   dans des maisons forestières et c’est comme ça que je me suis retrouvé en 1967, dans la communauté du Courtal, en Ariège sur la commune du Bosc.

Bien sur, ce qu’on retient de mai 68 ce sont les barricades et les luttes qui ont suivi… c’est surtout la récupération qui en a été faite par toutes les organisations gauchistes. Les maoistes n’ont pas tenu longtemps mais il ne faut quand même pas oublier la librairie du Globe Boulevard Sébastopol à Paris qui diffusait  « Pékin Information » sur papier cul, Radio Tirana au pays des aigles, l’allié Albanais de Mao en Europe. Les troskistes, ceux de la librairie Maspéro rue de la Huchette près de Saint Michel, ceux de l’armée rouge et des comités de soldat se sont réformés et ont cherché à faire oublier leur logique militariste, ils ont pu devenir ainsi la base bureaucratique du PS. Les guévaristes qui pensaient qu’il fallait construire l’avant-garde prolétarienne en affrontant les armes à la main le système en place ont réussi à envoyer quelques dizaines de jeunes en prison pour les plus chanceux, au cimetière pour ceux qui avaient la poisse ; ils ont permis quand même de renforcer considérablement les budgets de la police et des Services Secrets, de créer de nombreux emplois d’indicateurs et de renforcer le contrôle social.

Les Situationistes, moins nombreux mais mieux armés, ont fait ce qu’ils ont pu pour laisser croire qu’ils étaient derrière le mouvement. La radicalité théorique est un fond de commerce comme un autre. Mener la guerre aux stalinistes de la CGT, aux Maos et aux Troskistes, prendre les lecteurs pour des cons avec des textes blancs ou noirs, hermétiques mais sacrés, exclure les amis les plus proches est certes une occupation intéressante et rentable mais qui ne permet pas de générer une prise de conscience collective.

Après coup, j’hésite à parler de mai 68… trop d’utopies naïves, trop d’erreurs, trop de manipulations.

J’hésite à parler de mai 68 car la glorification des événements, les histoires d’anciens combattants me paraissent sans intérêt.

Il est certain que les revendications du début sont oubliées. Où sont aujourd’hui l’égalité et la justice sociale ? La dénonciation des hiérarchies syndicales et universitaires ?  L’antimilitarisme est oublié, plus personne n’en s’en revendique, sauf Noam Chomsky pour qui le lobby militaro industriel demeure l’ennemi principal.

Après mai 68 il y a eu de nouvelles revendications : les droits humains pour les femmes avec le MLF, pour les homos avec le FHAR, l’écologie avec La Gueule Ouverte et René Dumont mais tout était déjà en gestation dans la rue.

Bien sur, la sexualité a tenu une place importante, c’était la première fois dans l’histoire de l’humanité que les femmes pouvaient contrôler les naissances grâce à la pilule. C’était avant le Sida et toute la répression morale actuelle. Mais là encore qui s’en souvient ? Qui se souvient de l’amitié et des rencontres passionnées ? Qui se rappelle de tous ces couples qui explosaient ? La fin de la famille était à l’ordre du jour. Cela n’a duré que quelques années, ça n’existe plus du tout et ça ne semble gêner personne !

Quarante ans après il n’existe plus aucune pensée critique sérieuse, alors à quoi bon relater tel ou tel moment d’une histoire personnelle qui n’aboutit qu’à un échec collectif ?

Deux points au moins me paraissent incontournables : l’égalité et l’antimilitarisme.

On ne peu pas parler de justice sociale sans parler d’égalité et ce qui fonde l’égalité aujourd’hui c’est l’argent. Tout le reste est baliverne. Alors bien sur, en mai 68 , dans le mouvement communautaire en tout cas il n’y avait pas d’argent privé, individuel. Il y avait une caisse commune et les assemblées générales décidaient de l’emploi de l’argent qui restait en caisse. Plus fondamentalement, la seule orientation politique rationnelle contre le système capitaliste ne peut être que la suppression de l’argent. Pol Pot s’y est essayé mais influencé par les marxistes de la Sorbonne, les partisans de la dictature du prolétariat cela s’est terminé par un bain de sang.

Ce n’est donc pas avec la taxe Tobin que le système capitaliste sera remis en cause. Ni avec la critique chauvine de la mondialisation des marchés financiers. On peut faire autrement, ici et maintenant, il faut aller chercher l’argent là où il est puisque sa suppression n’est politiquement pas à l’ordre du jour. Arrêter de se prostituer toute une vie pour arriver à la retraite. Si les marchés financiers sont planétaires et puisqu’ils sont accessibles par tout un chacun par internet c’est sur les marchés financiers qu’il faut « reprendre sur le tas » comme disent les libertaires. Mais la réalité du fonctionnement quotidien des marchés financiers est tellement éloigné des petits penseurs de quartier que pour l’instant et probablement pour longtemps encore, les marchés financiers n’ont rien à craindre des organisations politiques quand bien même seraient elles internationalistes !

 

Quelques mots encore sur ces marchés financiers.

Avec internet on entre dans la gueule du système capitaliste mondial. Pour les uns les marchés c’est le mal absolu, la cause de tous nos maux, la ruine du tiers monde, l’exploitation de tous les travailleurs. Ceux qui s’enrichissent en dormant.

On dit que les marchés sont en crise, que des milliards se sont évaporés comme en 1929. Mais la crise n’est pas pour tout le monde, d’autres ont gagné des milliards. Il n’y a pas de baisse tendancielle du taux de profit. La crise c’est pour manipuler le bon peuple, en réalité il n’y a pas de crise, le système capitaliste se débarrasse de ses structures obsolètes et s’adapte à la mondialisation des produits dérivés que ce soit sur des monnaies, des matières premières ou des indices. Les « modernes » sont en train de liquider les « anciens » et ça fait un peu de bruit, rien de plus.

Même si l’on supprime un jour les monnaies, il faudra continuer à gérer les marchés mondiaux du blé, de l’acier, du sucre etc…

Alors, pourquoi monter aujourd’hui des bûchers contre les traders alors que tous ceux qui alimentent les feux n’y comprennent rien. Ce n’est que en comprenant comment marchent les bourses des principaux pays que on peut ensuite essayer de voir ce qu’il est possible de faire.

Faire l’autruche n’a jamais permis de définir une orientation politique viable.

Si l’on admet que les marchés financiers existent qu’ils fonctionnent 24 heures sur 24, cinq jours sur sept toute l’année sur toute la planète en simultané (c’est ça l’internationalisme !). Si l’on admet que l’on doit qu’on le veuille ou non, vivre avec et même plus, en dépendre, pourquoi ne pas gagner sa vie avec les marchés ? Les marchés financiers offrent des possibilités incroyables pour les plus paresseux et les moins fortunés d’entre nous.

L’argent pris sur les marchés n’est pas pris au pauvre paysan du Mali, il est pris à un riche financier. Si je ne prends pas, le paysan n’est pas plus riche, ni plus pauvre.

La répulsion morale que nous avons vis-à-vis de tout ce qui concerne l’argent est une répulsion culturelle, judéo chrétienne, elle n’a aucune rationalité. Tout ce que nous utilisons passe par les marchés : alimentation, essence, laine… et nous ne voudrions pas savoir comment cela se passe ? En tradant sur les marchés financiers nous ne participons pas plus, ni moins, au pillage du tiers monde qu’en nous salariant dans n’importe quelle entreprise.

Nous échappons à la prostitution salariale, les situs disaient : «ne travaillez jamais », et à tout emprisonnement géopolitique.

Mais encore une fois à quoi bon parler de mai 68 puisque en 68 personne ne se posait ce type de question alors qu’elles sont pourtant les questions prioritaires, celles à partir desquelles tout le reste se décline.

A quoi bon dans ces conditions ramasser les souvenirs, qui peut cmprendre ? Au-delà des événements et quel que soit l’interprétation que l’on peut en faire il reste que en parler ne peut suffire.

 

A quoi bon écrire ou parler d’un événement en en restant là, si ce n’est pour l’enterrer ou pour se justifier ?

 

A chacun son interprétation, les acteurs n’ont pas tous vécu les mêmes moments… mais comment continuer ?

 

Car la seule question qui vaille la peine d’être posée c’est comment utiliser l’expérience vécue pour construire l’avenir. Et là, les divergences sont profondes…. la lutte continue… (très mollement), mais la taupe creuse son trou et va re-surgir demain matin…(pas certain) , la baisse tendancielle du taux de profit signe la fin du système capitaliste…., le pouvoir est au bout du fusil et seule la lutte armée permettra de libérer le monde…. (beaucoup de sang encore en perspective)….un deux trois Vietnam…. des focos partout…. En fait le spectacle continue, les acteurs meurent pour de vrai mais ce n’est jamais qu’un théâtre de marionnettes dont les ficelles sont tirées comme toujours par le même lobby militaro industriel.

 

Les révolutionnaires de mai 68 ont du mal à se situer : écologistes urbains aujourd’hui ils ne produisent que des services et dépendent totalement des marchés pour leur consommation. D’aucuns se sont dit : l’adversaire c’est la mondialisation, battons nous contre les multinationales qui polluent et pillent le tiers monde.

La démarche avait un relent passéiste et chauvin : produisons français, non à l’Europe des marchandises…

 

Les citoyens du monde, les internationalistes ont regardé monter cette nouvelle pièce de théâtre sans en croire leurs yeux ! : « alors, comme ça, le fait que nous soyons maintenant dans une société globale, sur une petite planète, en relation internet les uns avec les autres…. Ce serait contre révolutionnaire et il faudrait refermer les frontières ?

Nous sommes un certain nombre à avoir pensé le contraire. La mondialisation symbolisée par la circulation instantanée de biens et capitaux sur toute la planète et par l’existence de techniques de communications gratuites représente pour nous, une possibilité unique de construire des contre pouvoirs planétaires comme il n’en a jamais existé dans l’histoire, Al Qaïda et Ben Laden l’ont parfaitement intégré.

Mais les révolutionnaires de mai 68 ne l’ont jamais compris. De façon réactionnaire ils se sont arc-boutés contre l’histoire et ont essayé de défendre « les acquis sociaux » d’un autre âge. Sans doute fallait-il le faire à condition de pouvoir déboucher ensuite sur une perspective politique qui reste encore à inventer.

Cette absence de projet politique (la fin de l’histoire) symbolisée par la chute du mur de Berlin, a été mise à profit par certains gouvernements pour diviser les peuples en leur proposant une alternative religieuse radicale en lieu et place de tout projet politique.

Par crainte de voir grandir des mouvements politiques démocratiques ils ont encouragé le développement de mouvements religieux anti-socialistes, anti-féministes et ont bridé presse et culture.

Moi je ne comprends par pourquoi Ben Laden et ses amis ont été capables de construire un paradigme planétaire stupide et non crédible et pourquoi nous, nous n’avons pas été capables de construire un paradigme planétaire ouvert, anti-hiérachique, anti-militariste, anti-clérical (et pas laïque !) et écologiste.

 

Il faut dire que les petits maos, les ex-staliniens, les partisans de la lutte armée ne nous ont pas aidés. Au lieu de foncer dans la brèche ouverte par la mondialisation, ils se sont acharnés à fermer toutes les portes. Incapables de construire une utopie ils ont voulu rester les anciens combattants d’une révolution qu’ils avaient contribuée à faire avorter. Il est temps de redescendre sur terre et de combattre, les armes de la critique à la main, tous les médaillés de la rue Gay Lussac et tous les nouveaux curés d’Al Qaïda et du Pantagone. Nous sommes des millions sur la planète, capables de construire des réseaux, nous sommes à la veille de bâtir une nouvelle utopie pacifiste, anti-capitaliste au premier sens du terme c’est-à-dire sans argent et sans armée. Nous sommes en mesure de financer nos vies et nos organisations politiques en allant récupérer sur les marchés les moyens financiers dont nous avons besoin. Nous sommes en mesure techniquement, intellectuellement, de vivre mai 68 : « ne travaillez jamais ! », qui nous en empêche ?

 

Chronologiquement mai 68 a commencé pour moi en 1967. J’habitais rue du rocher, à Rodez, juste à côté de la cathédrale. J’étais marié avec un fils, ma femme Danielle travaillait en salle d’opération comme infirmière dans une clinique. J’étais VRP pour une filature du nord de la France, sur 23 départements et l’Andorre.

objecteurs de conscience. Ils devaient faire leur service à l’ONF (Office National de Forêts)  et étaient logés dans des maisons forestières, en Ariège à Oust et au Courtal.

VRP sur les routes, j’en avais marre des hôtels et lorsque j’allais en Andorre, je préférais faire halte au Courtal où étaient logés les objecteurs de conscience. Les discussions duraient toutes la nuit, avec les chansons anti-militaristes de la guerre du Vietnam et de l’Algérie au coin de la cheminée. Les filles étaient aussi nombreuses que les garçons, elles étaient venues rejoindre leur ami ou leur frère.

A l’époque j’étais adhérent à la Fédération Anarchiste, je fréquentais la rue Ternaux et discutais avec Heliette Besse des articles que j’essayais de passer dans le Monde Libertaire sur la vie communautaire des Esquimaux .

 

Mai 68 est arrivé, j’ai regardé les premières images sur la TV dans un bar à Rodez, j’ai trouvé de l’essence et je suis monté à Paris. Plus que les charges de la police sur les barricades ce sont les assemblées générales à la Sorbonne et à l’Odéon qui m’ont beaucoup marqué. La mixité, la virulence des prises de parole, leur radicalité coupée de toute réalité….

Après Flins et un petit tour ‘Chez Georges’  rue des Canettes, je suis revenu en Aveyron mais la vie avait une autre saveur.

 

J’ai déménagé à Caraman à côté de Toulouse, je militais avec la CNT dans le local derrière la bourse du travail, vendais le Monde Libertaire le samedi matin place Saint Sernin, publiais un peu dans l’Espoir de Antoine Turmo et commençai à installer une base en Ariège à Villeneuve du Bosc, près de Foix. Il y avait Danielle Rolland ma femme, Pierre Turpin, Claude Baylac, Pierre Méric, Jacky Nicolas, Hélios Minguez, Marie Laby, Patrice Vigne et de nombreux jeunes étudiants, précaires ou lecteurs du Monde Libertaire puisque la communauté était référencée en page deux du Monde Libertaire et que nous tenions le bulletin intérieur de la FA.

 

Pour avoir une idée de la vie collective, j’étais allé passer quelques jours à La Borie Noble à L’Arche en Ardèche où j’ai pu discuter un moment avec Lanza Del Vasto.

 

A Villeneuve du Bosc, la bibliothèque était composée de livres sur l’anti-psychiatrie : Laing et Cooper, des premières éditions de William Reich avant l’orgonothérapie, en particulier Ecoute petit homme,  Psychologie de masse du fascisme , La fonction de l’orgasme .L’édition originale de  La vie humaine dans les Pyrénées Ariègeoises de Michel Chevallier, de nombreux livres sur l’élevage et sur l’agriculture biodynamique méthode Steiner, L’internationale Situationiste, Bordiga, Invariance et tous les Conseillistes.

 

Pour intégrer le milieu rural pyrénéen …moi qui étais un urbain complet, j’ai démarré un stage de bûcheron à Promobois juste à côté de la communauté, quatre ou cinq kilomètres à pied tous les matins…j’en suis devenu administrateur, puis j’ai été viré après une grève. J’ai démarré un stage de chevrier à Melle en Vendée d’où j’ai ramené un petit troupeau de chèvres ‘alpines chamoisées’ très bonnes laitières.

L’activité politique après mai 68 était intense, congrès de Limoges, congrès de Lorient, scission de l’ORA, démarrage de la revue coordination anarchiste, débats avec les fondateurs de l’imprimerie 34.

Action contre le consulat d’Italie après la mort de Pinelli en décembre 1969  à la suite de l’attentat organisé dans le cadre de la stratégie de la tension par les fascistes contre la banque de l’agriculture à Milan Piaza Fontana.

 

En 1971 je quitte la communauté de Villeneuve du Bosc et fonde la communauté du Planel du Bis au Bosc. Plus haut, plus radical…pas de route, pas d’électricité, pas d’eau courante, dans une grange magnifique qui planait au dessus des nuages. Daniel Caniou, Jean Pierre Cano, Christian Glace, Anne Bodiou, Geneviève Rhomer sont de l’aventure les premières années.

Beaucoup de monde passe, surtout l’été, on publie dans Actuel, dans La Gueule ouverte, on tape sur de vieilles machines à écrire  La Lettre de La Montagne  puis  Hyperutopie et, en 1975  Les manuscrits de Broucaillou.

La répression policière est assez dure et sous un prétexte ou un autre la police me met en prison à peu près tous les ans avec des procès qui ont un certain retentissement, finalement je suis envoyé à Toulouse à St Michel, grève de la faim 15 jours, Marie Christine Etelin vient me sortir de ce mauvais pas.

 

Je publie à nouveau dans Vent d’Ouest, le journal de Bernard Lambert et des Paysans Travailleurs, mène la lutte avec Lutte Occitane et Maquarel pour la survie de la coopérative de Rieucros, puis avec Joel Chapelle et Paulo de Madranque, je fonde le Front Marginal Révolutionnaire (FMR) et on débarque à 60 au Larzac dans un car dont  nous n’avons jamais payé la facture. Le Larzac est important, je rencontre Catherine Dubuisson et Maurice Benin. La fin de la famille ? Pas tout à fait…30 ans plus tard je me marierai avec Catherine après avoir divorcé de Danielle dont j’ai eu deux fils Laurent et Sylvain, et quitté Anne dont j’ai eu aussi deux fils Séverin et Omer.

 

Toute une partie de l’activité militante tourne autour de la mise en place de coordination du mouvement communautaire. On lance un nouveau bulletin : le bulletin Gourgas qui fédère 34 communautés du sud de la France. On va chercher en estafette le riz complet à Saint Gilles du Gard, le sucre roux à Bordeaux. On organise, avec l’aide financière de François Régis Leclerc, un ramassage de lait de chèvre que l’on va livrer ensuite à la coopérative de La Bruguière dans le Tarn avec une 203 bâchée à plateau  que j’ai ramené des vendanges.

Car chaque année depuis 1971 on part en septembre vendanger d’abord du côté de Perpignan, puis à Rivesaltes, puis à Aigues-Vives dans le Minervois pour finir en novembre en Charente avec la vendange du Cognac.

La communauté de Sarrat d’Usclat finit par exploser, Daniel Caniou, Evelyne Gouron et Jean Pierre Cano s’en vont, Jean Marc Ecker et Jean Louis Dujardin arrivent avec de nombreux autres. Une partie des gens s’installent à Sarrat d’Usclat on construit une boulangerie, un hôtel, une salle collective pour les assemblées et les repas, une laverie à Molinaro, toujours sur la commune du Bosc. On a 300 brebis Black Face, deux vaches Suisses, les premiers Borders Colley de L’Ariège.

Il y a beaucoup de monde. Des anciens de Longo Maï ont débarqué. Beaucoup de travail et de conflits aussi. Argent, pouvoir et cul. Faut faire avec mais j’en ai un peu marre.

 

Pas facile de vivre la radicalité au niveau sexuel. Les grands lits collectifs, les maladies vénériennes à répétition. C’était avant le Sida, heureusement, nous serions tous morts sinon ! Mais je me souviendrai longtemps des défilés à l’hôpital La Grave à Toulouse avec les prostituées et l’incompréhension des médecins quand nous leur disions que nous devions tous être soignés, avec ou sans signes cliniques car sinon  ça ne servait à rien.

De cette période il reste 17 cahiers d’écriture collective qui seront peut-être un jour publiés et toutes les questions encore insolubles liées aux histoires de paternité collective aussi.

 

A deux reprises en 1973 et 1974 nous avons cherché à organiser une coordination avec Longo Maï (à Limans à côté de Forcalquier). Eux étaient moins bordéliques que nous, plutôt staliniens à l’époque, plus organisés, plus riches aussi… bâtiments, troupeaux, matériel agricole et plus nombreux…Leur structure financière à partir de la collecte d’argent auprès de sympathisants Suisse fonctionnait très bien. Contrôlée par un jésuite Roumain, elle a fait les belles heures de Longo Maï.

Les rencontres avaient lieu au « Pigeonnier »…nous arrivions en fin de journée avec nos arondes P60, nos 203 camionnettes et on commençait  par festoyer, chanter jusqu’à 3 ou 4 heures du matin les chants des Spartakistes, des chants de Bertol Brecht, des chants des gitans de l’Europe de l’Est ou Le Temps des Cerises…ou La jeune garde. J’étais très impressionné, je  découvrais la culture de l’Est de l’Europe et la musique Russe.

Mais après 3 heures du matin ça commençait à se durcir. Pour des questions dont je ne saisissais pas immédiatement la signification, Rémy ne supportait absolument pas les nanas qui m’accompagnaient. La violence arrivait avant même les débats de fond politique, à 6 heures du matin furieux d’avoir perdu notre temps, nous remontions dans nos voitures en claquant les portes et… retour en Ariège .

 

On a fait ça deux fois puis on a arrêté.

 

Avec Joel, Jean Marc, Anne, Catherine, Jean Louis  je démarre le chantier international de Broucaillou aux sources de l’Arget, dans un ancien village abandonné depuis un siècle. Pour y accéder je mets 15 jours pour ouvrir le chemin à la hache et à la scie. Il faut franchir deux ponts fait avec des troncs d’arbres, sur les torrents.

Finalement on s’installe à une petite dizaine avec femmes, enfants et animaux , reconstruction de « la maison de Anne » on met l’eau courante au lavabo après un captage et même l’électricité avec un petit groupe électrogène pour la machine à laver et un magnéto Revox de 100 watts.

Le matin l’eau est gelée dans les cuvettes et on retire les chaussettes mises à tremper la veille avec un bloc de glace. Nous avons de nouveaux voisins puisque Jean Marc Carité est venu nous rejoindre avec son imprimerie et sa revue  Utovie . Gérard Colongo et Yanthé Barry fonderons plus tard le GAEC de Monner avec une fromagerie moderne et une grande chêvrerie au Four toujours sur la commune du Bosc.

 

L’histoire se reproduit, la communauté de Sarrat d’Usclat explose et part fonder un lieu d’accueil à Toulouse dans le quartier de la gare : l’Exode Rural et d’autres vont au Barrejat près de Mirepoix élever des Mérens.

 

Moi j’ai quitté l’ariège pour ouvrir un grand squatt à Paris à Belleville rue des Envierges, avec Joel Chapelle, Antoine Hibon et beaucoup d’autres : école parallèle, théâtre, et des dizaines de logements gérés plus ou moins collectivement, on est en 1976, mai 68 se termine avec l’échec des utopies.

 

Marc SARACINO

Le Bosc le 7 mai 2008

 

 

Réglat Bernard

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

Bernard Réglat – Bernard Réglat avait préféré une approche sous forme d’une interview en 2008.

Le texte est « parlé ».

Comment s’est déroulé ton engagement politique ?

Je dois avouer que je suis un type à part quant à mon action politique tu vas le voir.

Je suis né en 1940 et vers les 20 ans j’ai adhéré aux Jeunesses Communistes sur la base du combat anti colonial. J’ai quitté les J.C. à 22 ans, j’exprimais des critiques quant au régime qui se développait en Algérie que je trouvais très dictatorial, et je le disais au sein du PC.  On m’a fait comprendre qu’il valait mieux que je m’en aille.  J’ai été victime d’une sorte d’épuration. J’avais commencé des études de médecine que j’ai interrompues car j’ai eu un enfant et  je me suis marié. Je m’étais engagé dans une activité professionnelle comme visiteur médical pour un gros laboratoire pharmaceutique, je gagnais bien ma vie. Ma femme était infirmière.

Après ce premier engagement comment t’es tu retrouvé dans l’action en 68 ?

En 68, j’avais déjà trois enfants à la suite d’une mésentente avec les responsables de mon entreprise j’ai été licencié. Ils voulaient de la rentabilité je me suis engueulé j’ai été licencié. J’ai eu de bonnes indemnités de licenciement.  Inscrit au chômage et j’allais régulièrement aux l’ASSEDIC en mai 68. C’était une époque ou il y avait peu de chômeurs,.

Début mai, en regardant la télé j’ai vu que ça castagnait du coté d’Arnaud Bernard, je m’y suis rapidement rendu. Je me suis joint aux étudiants dans le combat contre les flics, nous nous sommes retrouvés boulevard de Strasbourg, et le feu aidant j’ai aussi  lancé mes cailloux. J’avais déjà au début des années 60 participé à quelques actions avec les communistes contre les fachos.

En fin de soirée après les fameuses barricades on s’est retrouvé rue Alsace sur une barricade, et avec des étudiants de la fac des sciences nous sommes allés à la préfecture. Les flics nous ont attrapé et amenés au commissariat, ils nous ont ensuite allongé contre le mur.  Avec la matraque un CRS s’amusait à soulever la jupe d’une des étudiantes qui était prise avec nous. J’ai voulu montrer mon désaccord au flic en l’insultant. Les flics me sont tombés dessus et j’ai pris une grosse branlée.

Ce même soir j’ai connu un maoïste, un militant de l’UJCML je pense. Je suis passé chez lui, il avait des photos de Mao partout dans sa piaule. Je rentre ensuite chez moi et ma femme me soigne. Le lendemain ou surlendemain au Grand Rond à l’ASSEDIC j’allais chercher le chèque du chômage, le directeur de l’ASSEDIC nous dit que « l’argent des chômeurs est bloqué à cause de la grève, on ne peut pas vous payer ». Plusieurs chômeurs étaient là avec moi on s’est mis à protester et nous sommes allés à la mairie. Le directeur nous ayant dit que  « l’argent est dans un compte postal il faut voir le maire Bazerques qui par l’intermédiaire de FO pourra peut-être faire débloquer le compte ». On raconte notre histoire au maire  et il nous dit de toute façon pour le chèques postaux il faut aller voir Gasc mon adjoint le responsable de FO. On est allé voir les grévistes de FO, voir aussi la CFDT qui étaient d’accord avec notre démarche, puis la CGT qui s’est opposée en nous traitant de briseurs de grèves. Nous avions besoins de l’argent pour vivre. Après avoir revu le directeur des ASSEDIC nous nous sommes rendus en collectif à la Banque Populaire rue de Metz . On a pu récupérer l’argent et nous avons alors constitué uN comité de chômeurs. La photo où nous sommes assis rue de Metz, il s’agit bien de notre collectif de chômeurs qui est assis. Nous avions demandé au directeur des ASSSEDIC de signifier que l’argent distribué était au nom du comité de chômeurs puisque c’était nous qui l’avions débloqué.  On s’est retrouvé une centaine au comité de chômeurs.

Notre président était un gars qui faisait du théâtre, il était socialiste. Dix jours après on s’est retrouvé avec des copains chômeurs place Esquirol. Tous d’un coup qu’est ce qu’on voit une femme sur le capot d’une R16 avec un drapeau bleu blanc rouge et une espèce de file se constituait derrière la voiture (c’étaient des membres du SAC qui allaient mettre une gerbe aux monuments aux morts.  Nous nous sommes mobilisés pour sortir la bonne femme  de cette voiture en remontant la rue de Metz venant de la place Esquirol. Quand on est arrivé place au niveau de la place Saint Etienne  les flics nous ont empêché de continuer voir la photo où je fais une grimace aux flics qui faisaient barrage afin que les fachos puissent faire leur dépôt de gerbe tranquille. Nous avions été rejoints par des étudiants en grève voir les gens debout derrière la photo. Nous sommes ensuite avec les étudiants repartis vers la fac de lettres rue Lautmann. Là, nous nous retrouvions à faire des sandwichs pour les étudiants, je tapais les tracts, les archives du 25 avril, nous sommes activés au service de leur grève. Cela a duré 15 jours on se sentait un peu les esclaves à tout faire pendant que les étudiants passaient leur temps en discours et échanges. Je me souviens de  Cours-Salies un des leaders. Ils nous exploitaient un peu a tel point que lors d’une AG on est entré et on a foutu le bordel en précisant que l’on n’était pas là pour faire les esclaves. Il y avait un mec Ledru un sociologue qui avait fait une thèse sur le chômage en montrant la déprime du chômeur au bout de quelques semaines. Il m’a fait venir à un cours pour parler du chômage et de la situation du chômeur. On donnait aussi des coups de main à la fac de Rangueil, car c’était difficile de faire l’occupation. Nous étions considérés comme des  hommes de mains pas les intellos.

Tu rencontrais des membres de plusieurs partis d’extrême gauche mais aussi des inorganisés, comment as-tu peu à peu fait ton choix dans cette nébuleuse gauchiste ?

Un jour un type de Paris, Noguez membre de l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste (ORA) est venu avec les tracts du mouvement du 22 mars. C’était intéressant.. Au Comité d’Organisation de la grève à la fac de Lettres on m’a demandé de prêter ma bagnole pour aller porter des tracts à Montauban. Je l’avais prêtée sans problème. A leur retour les copains m’ont dit que les autres copains s’étaient fait attraper par les flics à Montauban et que la voiture était aussi aux mains de la police. J’ai téléphone aux flics de Montauban. Quand je suis rentré chez moi avec le copain de l’ORA le quartier était plein de flics qui m’attendaient. Ils m’ont pris pour un chef et nous ont embarqués vers Montauban. Nous sommes restés à la gendarmerie  pendant 3 jours.  Ils avaient perquisitionné chez moi, ils ont vu une carte de la région avec des points. C’était ma carte de visiteur médical ou je marquais mes repères pour les déplacements, ils ont cru que j’étais à la tête d’un  réseau clandestin, que je développais je ne sais quelle stratégie secrète par zones.  Mon père était avocat. Au bout de trois jours le soir tout d’un coup  le commandant  arrive et nous dit j’ai reçu un telex de la Cour de Sûreté de l’Etat on amène Réglat et Noguez (c’était un parisien mannequin de mode). Donc, deux DS noires nous embarquent vers la gare, le gendarme me file un sandwich (un gendarme me dit je te souhaite bonne chance mais on est pas responsable). Menotté on nous amène au train ils font transformer un compartiment en cellule, j’étais séparé de Noguez, je me retrouvais accroché avec des menottes à ses flics.  Un troisième policier avait un dossier nous concernant. On s’assoit et le flic avec le dossier me dit s’est grave et me menace en faisant référence à ma famille. Je leur dis « ça suffit si vous touchez à mes gosses  ça finira mal », puis je demande à aller pisser et on me détache, je m’endors jusqu’à la gare Austerlitz à Paris. Puis on nous case dans une salle réservée dans la gare où nous attendons jusqu’au début d’après midi. Accroché au radiateur avec un planton qui surveille.

La Cour de sûreté de l’Etat ? Ca tourne au vinaigre non ?

En effet, des motos de véhicules nous ont amenés dans un bois après avoir traversé tout Paris. En fait nous étions enfermés dans le Fort de Vincennes. On s’est retrouvé avec des gens qui venaient de partout de la Sorbonne, les garçons d’un coté les filles de l’autre. Il y avait un encadrement important de militaires et de police. Au bout de 3 jours  je vais au pissotières accompagné, je casse la chasse sans le vouloir, on me punit et on me met en garde à vue n°2. Je me retrouve dans une petite cellule avec un marxiste léniniste. Nous étions très surveillés jour et nuit. Il se trouve que les flics réquisitionnés étaient des musiciens et l’un d’entre eux était toulousain.

Ma femme ne savait où j’étais. J’étais enfermé avec un allumé maoïste qui avait peint un flic en rouge, il était un peu con. Le matin on a été auditionné par des flics qui sont revenu sur mes activités, la bagnole, … le chef d’inculpation était reconstitution de ligue dissoute prêt de véhicule subversif.    J’essaie de m’expliquer, je m’énerve et on me remet dans ma cellule. Le flic de Toulouse ma proposé d’envoyer un mot à ma femme. J’ai donc envoyé au travers de lui l’info sur mon lieu de rétention. J’ai eu un autre moment d’énervement on j’ai tout cassé et m’a mis à part avec le compartiment des filles a coté. Mon père me fait parvenir un chandail et je renoue un contact avec l’extérieur après 12 jours. C’était plus cool. Dans la prison il y avait d’un coté des katangais et de l’autre des filles. J’ai eu droit à une douche par semaine. Jusqu’au jour ou j’ai vu arriver des cars, on nous met dans les cars et on nous amène au fort de Gravelle dans l’est de Paris. C’est le fort de sûreté de l’état. Et pour la première fois je vois  un juge d’instruction qui me dit : votre père  a proposé un avocat.

Il m’explique l’inculpation ; le comité de chômeurs,  le travail avec Ledru, la bagnole, les manifs, ….. mais on me mettait en liberté provisoire. Pour entrer on ma donné un billet retour pour Toulouse. Je sors avec Noguez  et une organisation d’avocats nous attendait à l’extérieur. Je me souviens d’une femme Naouri elle s’était occupé du FLN. Je suis resté à à Paris pour finir 68. Je suis allé à Censier, à Nanterre, puis je suis rentré à Toulouse.

Rue Lautmann, fin juin, j’ai eu une grande colère tous les étudiants avaient passé leurs examens, il y avait un prof avec lequel je me suis engueulé, tout avait été repeint, tout était fini.  C’est ainsi que je me suis retrouvé anarchiste au contact de l’ORA. Je suis parti l’été à la mer en famille chez mes grands parents.

Anarchiste mai non encarté, comment mener encore des actions ?

En septembre au retour, je m’occupe du comité de chômeurs, et les étudiants montent le Front Uni Contre la Répression. Sauvageot se fait réélire et me demande d’aller avec lui à une réunion de l’UNEF avec des étudiants de l’UEC.  Je ne comprenais pas grand-chose mais ils me considéraient comme important en tant que représentant de chômeurs.  Un type qui s’appelait Marc Heurgon un responsable (devenu pro maoïste) du PSU me propose aussi de participer à un grand meeting à la Halle aux Grains en octobre, je devais y intervenir en présentant mon témoignage concernant la cour de Sûreté de l’Etat. Soyons clairs notre volonté était de ne pas être dans une organisation j’ai dit aux étudiants, aux anars, aux anciens JCR, à ceux du PSU on va rester entre nous de manière autonome. Au meeting il y avait 5000 personnes on avait prévu de faire une quête pour les organisations et nous le comité des chômeurs nous avons monté un groupe autonome avec la part du fric que l’on a eue au meeting.

Dans notre groupe informel il y avait des étudiants en lettres en sciences qui avaient décidé d’arrêter des études, on s’est retrouvé nombreux qui souhaitaient travailler dans ce groupe politique. Au début on avait dit pas de filles, on pensait que ça foutrait le bordel entre nous, cela n’a pas tenu, aux réunions suivantes chacun venait avec sa copine. On faisait des réunions avec la CFDT (proche du PSU) de temps à autre. On se retrouvait dans une démarche d’inspiration situationniste on participait aux manifs, on a mené des actions où on séquestrait des profs, on manifestait avec les Mathis, Bénéteau, Atteia de la fac des sciences.

La rencontre forte fut avec le Théâtre de l’Acte et le Bred and pupett du Living Theater. On s’et lancé dans la contestation par du théâtre de rue. Nous avions alors mené quelques actions avec la CFDT,  par exemple un travailleur s’était fait ensevelir dans une sablière de Muret  on a chopé le patron on l’avait enfermé. On se bagarrait souvent aussi avec les fachos.

La CFDT m’a ensuite proposé un travail d’éducateur à Mons pour l’enfance inadaptée. Il avait le journal Tout tenu par des activistes maos je crois. Nous avons participé aux actions sur la briqueterie avec les maos, j’avais envoyé un copain de mon groupe pour les observer.  Les anarchistes étaient aussi présents voir Violette Alvarez qui portait la vielle tradition anarchiste espagnole et les mecs des Jeunesses libertaires…. Voir violette.

Le statutd’enfant de réfugié n’était pas facile.  Dans notre groupe Mario était aussi fils de réfugié espagnol. On participait a des actions en gardant notre autonomie. On faisait des affiches, des contre journaux, des faux journaux, de la sérigraphie, du détournement d’affiches,…

A Mons je suis devenu délégué du personnel CFDT on a foutu une merde pas possible, mon patron était au PSU. Il m’a foutu à la porte. J’avais écrit à la porte du PSU mon patron est au PSU moi je suis à la porte.

On dénonçait la consommation, le bordel dans les banques, notre objectif était de faire réfléchir les gens au travers de nos actions.. Quand j’ai été viré de Mons j’ai travaillé à Ramonville à l’ASEI dans un centre ou j’ai aussi foutu le bordel on avait monté une grève

Je m’étais mis à faire des actions avec des mongoliens sur le thème du droit à vivre en société pour les handicapés. Nous avions écrit un bouquin « QI = 0 ou l’alibi des gardes fous ».

Et organisé un meeting « handicapé aujourd’hui robot de demain”. Il faut « aider les débiles à pouvoir baver dans les restaurants » était notre slogan. On avait invité beaucoup de monde, des experts comme Guatarri,… et beaucoup de monde dans le milieu toulousain, des infirmières, des sœurs,.. j’ai été viré de l’ASEI.

Et l’Imprimerie 34 que tous les militants toulousains connaissent, comment cela est arrivé ?

En 72 les gens du groupe étaient rentrés dans des boites pour travailler.  Rue des Blanchers on a monté une association « pour l’art et expression libre AAEL ». Nous étions situés à coté d’un petite imprimerie, on faisait des affiches, on détournait des publicités, on foutait le bordel chez les toubibs qui jouaient le jeu des patrons (contrôle maladie). Le propriétaire de l’imprimerie voisine souhaitait vendre son affaire, avec un copain qui avait 30 000 francs nous nous sommes décidés à l’acheter.  Le patron un juif partait dans un kibboutz et on a racheté l’imprimerie Darmon sise au 34 rue des Blanchers. Au départ j’avais proposé de l’appeler « l’imprimerie chevaline ».

On l’a appelé Imprimerie 34 .

Quel lien entre l’imprimerie et l’action politique ?

En 73 on travaillait pas mal pour les groupes politiques. Quand on nous payait pas on s’installait chez les gens et on mangeait chez eux.  On coordonnait ensuite des actions avec des groupes qui étaient en Espagne, certains en clandestinité….

Dans toutes nos actions on ne souhaitait pas de violence, pas lutte armée, .. On ne peut faire la révolution que s’y on est heureux. Faire des fausses circulaires, des faux journaux du palais, des affiches subversives, quand la CGT discutait avec des patrons on faisait des tracts qui proposaient des truc on nom de la CGT sans quelle soit au courant.  Des faux tickets, des ….

Vous étiez impliqués dans des actions plus secrètes aussi, non ?

En effet, il y eut l’affaire de la séquestration du banquier Suarez et la constitution des GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes).  Au début aux GARI il y avait un groupe parisien, nous, et le groupe de Rouillan .

En 74 Rouillan revenait d’Espagne (il était au Mouvement Ibérique de Libération MIL) c’est là que nous on avait constitué des groupes autonomes et notre but était de construire aussi une maison de se donner les moyens de critique et d’intervention.

En juillet 74 on s’était séparé des mecs qui s’étaient engagés dans des luttes armées. En 76 les Christ Roi on fait exploser l’imprimerie avec 10 kilos de dynamite. A la suite de l’action sur le banquier (Suarez) pour faire libérer  les espagnols emprisonnés. On avait des copains emprisonnés à Fleury et d’autres à la santé on faisait des actions pour les faire sortir. Nous avons fait péter le palais de justice à Paris. Nos actions portaient toujours sur des lieux symboliques. Nous avons gardé la coordination tant que nos potes étaient en tôle. Rouilllan et son groupe faisaient des actions de leur coté. En 74 et jusqu’en janvier 75 dans l’une des actions des copains on laissé la peau en mettant des explosifs derrière la CR 627 route de Narbonne. Il y a eu ensuite une rafle. Nous sommes restés planqués un an à Paris. Quand les Christ Roi on fait sauter l’imprimerie j’étais en cavale à Paris, j’ai du revenir pour signer pour l’assurance.  Je me suis retrouvé en 76 à Paris emprisonné pour 4 mois. D’avril à fin juillet 76 à la Santé (Rouillan y était aussi). Ensuite des copains se sont fait attraper pour une action violente. En 76 il y a eu un grand meeting de solidarité et un imprimeur du PC nous avait passé son imprimerie rue de l’Etoile que l’on a payé peu à peu. Et là notre groupe est monté en effectif jusqu’à une trentaine. Je suis entré en sous-traitance  comme imprimeur du Conseil Régional sous Savary. En 81 on a eu le procès du GARI (sur l’affaire du rapt du banquier Suarez) et de l’autre le procès de Rouillan.  Savary est devenu ministre c’est moi qui ai fait so matériel pour les élections, il m’a permis de rencontrer le député Fourni et d’obtenir un amendement à la loi d’amnistie pour que toutes les personnes inculpées par la Cour de Sûreté de l’Etat soit amnistiées.

Sur la plan politique il serait intéressant de revenir sur ce qu’étaient les Services d’Action Civique, la Cour de Sûreté de l’Etat de montrer ce que faisait Sanguinetti à Toulouse comme  chef du SAC à Toulouse.

Après cette période dure, très mouvementée, aujourd’hui où en êtes vous ?

De temps à autre nous sommes encore actifs.

Par exemple quand la femme de Mégret s’est présentée aux élections à Vitrolles, un groupe nous a contactés, nous nous sommes coordonnés pour faire un faux journal municipal de la mère Mégret, un journal de grand luxe à 50 000 exemplaires. Ca a foutu une merde totale. Ils pensent encore que ce sont les socialistes qui ont fait le coup ou qui ont payé le tirage. Pour son meeting à Marignane nous avons mis en place des faux panneaux routiers pour dévier les cars qui allaient au meeting. On a eu aussi des problèmes lors de l’action pour faire sauter le transformateur de Colomiers (31) lors du meeting de Le Pen,  un copain s’est fait attraper avec le camion de l’imprimerie.

Interview réalisée en 2008 Bernard Réglay est décédé en 2010

Marcos Violette en guise de souvenirs

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

En guise de souvenirs

Mon premier souvenir politique personnel remonte à 1964, je devais être en classe de Première. Je participais à un groupe politique libertaire, appelé un peu plus tard « les Canuts », dans lequel on trouvait des fils et filles d’Espagnols réfugiés et quelques Français. Nous nous réunissions dans une petite salle prêtée par la CNT française à la Bourse du travail, rue Merly. Je me souviens qu’un soir, dans une salle attenante se réunissaient des militants de la FIJL (Federación Ibérica de las Juventudes Libertarias) et de la CNT espagnole ; parmi eux j’eus la surprise de découvrir mon père. Nous n’avons jamais commenté l’épisode.

Notre groupe libertaire, pour des raisons qui me restent aujourd’hui obscures, n’était pas affilié à la FA (Fédération Anarchiste) organisation dominante dans ce milieu à ce moment-là. C’est avec les mêmes copains et copines que, tous les  dimanches après-midi, nous nous retrouvions à l’Aténéo espagnol, rue de l’Etoile (cette salle est devenue quelques années plus tard le siège de la LCR). Il y avait là toute la gauche immigrée espagnole à l’exception des communistes, exclus par les statuts. Tous les dimanches se tenaient des conférences, des débats et la bibliothèque, impressionnante, était ouverte à tous. Je crois que les grandes discussions portaient aussi sur les résultats du foot mais je n’y comprenais pas grand-chose.

Nous trouvions dans ce lieu les ouvrages des « pères spirituels » de l’anarchisme, Proudhon,  Reclus, Kropotkine et surtout  Bakounine mais aussi la littérature contemporaine et en particulier les ouvrages de Camus que j’appréciais particulièrement. C’est aussi, vers cette époque-là, que j’ai commencé à lire avec grand plaisir la revue Noir et Rouge, revue communiste-libertaire créée en 1956 qui analysait certes les Révolutions russe et espagnole mais abordait surtout les événements contemporains et bien sûr la guerre du Vietnam.

Enfin certains d’entre partaient l’été dans des camps de vacances – « las concentraciones »- organisés à l’origine par les réfugiés espagnols mais fréquentées de plus en plus par des militants français libertaires (Noir et Rouge), non violents (le groupe Anarchisme et Non violence), anglais, italiens. Les débats nombreux, animés, passionnés m’ont beaucoup appris sur l’histoire, la politique. Le « choc des cultures » entre militants d’origine diverse fut, pour moi, une source d’étonnement extraordinaire.

Parler des « années de formation » c’est aussi évoquer ce prof de philosophie, marxiste, une humaniste extraordinaire qui permit à tout un groupe de jeunes de s’engager sans état d’âme qui chez les libertaires qui aux JCR.

Les premières manifestations dont je me souvienne- j’étais alors en Terminales ou en propédeutique (1966-1967)- eurent lieu dans le centre ville et notamment rue St Rome (les agents en pèlerine nous poursuivaient sur leur bicyclette). C’est dans ces manifestations contre l’impérialisme américain que nous avons rencontré d’autres militants, davantage marqués par le marxisme. Nous apprenions à tricoter la révolution espagnole avec la révolution russe non sans difficultés : l’élimination des marins de Cronstadt par l’armée rouge était la pierre d’achoppement et si avec les comités Vietnam nous partagions l’anti-impérialisme, la JCR scandait « Ho ! Ho ! Ho Chi Min ! » alors que nous refusions d’afficher un quelconque soutien au PC indochinois. Nous étions tous unis face aux quolibets et insultes -« les groupuscules petits bourgeois »- lancés par l’U.E.C et le PC.

La bataille des slogans commençait, les discussions aussi.

En 1968, après la Propédeutique, j’étais en première année de Licence d’histoire. Eurent lieu les manifestations de soutien à Rudi Dutschke, manifestions « sportives » que nous faisions en courant. Nous étions cependant  très peu nombreux alors dans les rues.

Comme beaucoup, je me souviens de la réunion du 25 avril à l’amphi Marsan avec Daniel Bensaïd ; il nous apportait des nouvelles de Nanterre et aussi du mouvement étudiant en Allemagne. Est restée dans ma tête cette phrase de Bensaid. Alors que des applaudissements clôturaient son intervention il s’écria « On est pas là pour se congratuler mais pour travailler ! ». Les choses sérieuses allaient commencer…

Le temps passant, les meetings et réunions se multipliant le nombre de « contestataires » augmentait. Le petit groupe libertaire très informel que nous étions se retrouvait avec la poignée de Pro-Situs, qui avait beaucoup d’humour (disparition des pendules dans les salles, façon élégante d’abolir le temps) et connaissaient les œuvres du jeune Marx sur le bout du doigt. Courant mai sont apparus, dans un coin reculé de la cour de la Fac, les « katangais » qui occupaient le soir (quel phantasme !) le standard téléphonique. La rumeur disait qu’ils téléphonaient  dans le monde entier.

Durant la période d’occupation de la Faculté, tout le monde discutait beaucoup, riait beaucoup et s’engueulait très souvent. Les enseignants furent notre première cible : les mandarins, les profs réactionnaires comme ce géographe raciste, empêtré dans le métissage mexicain, contraint de quitter la tête basse face à une salle en délire. Quelle jubilation !

Les prises de parole étaient difficiles. Comme d’autres filles l’ont dit, notre parole de femme n’était pas audible quelle que soit la tendance politique. Il fallait s’emparer de la parole, le plus souvent la voler. Si nous y parvenions, nous étions au choix des « chieuses », des «  pétroleuses » ou des « hystériques », selon les références de l’interlocuteur. Tout ceci est archi connu. Nous avions donc recours aux ténors (Court Salies contre ce spécialiste de l’Orient ancien. Quel match ! ).

Beaucoup de profs ne venaient plus à la Fac, atteints par une jaunisse galopante. Quelques- uns se retrouvaient avec nous comme Sol ou ce prof de psycho aveugle dont je n’ai pas retenu le nom. Il y avait aussi les jeunes assistants dont l’adhésion politique nous semblait parfois ambiguë. Le vent tournait.

 

La Fac fut, pour moi, un lieu d’apprentissage intensif et de fou rire répété. Le tout se faisant dans un sérieux extraordinaire : il fallait détruire la vieille université, créer des lieux de connaissances, laisser place à la parole et à la création. Tout paraissait possible, à condition de discuter, de convaincre. La Fac fut ainsi une agora permanente, un refuge après les heurts contre l’extrême droite ou les CRS, un fortin où se préparaient les manifs – les cocktails Molotov fabriqués par les copains  répandaient parfois une forte odeur d’essence au dessus de l’amphi Marsan d’où flottait un drapeau rouge (noir ?) – enfin un réduit où s’entreposèrent des pommes apportées par les camarades paysans.

Dans les manifestations, j’avais peur et le plus souvent je défilais entre deux copains très costauds (ils le sont toujours). On peut dire qu’ils me tenaient chaud. Evidemment je n’étais pas en première ligne (y avait-il des filles ?) et je ne me souvient pas de heurts violents  contre les CRS sauf ceux qui me furent rapportés. Par contre j’ai un souvenir cuisant du S.O de la CGT. Lors des manifs communes (en fait deux cortèges séparés) ces gros bras (des demis de mêlée, ouvriers de l’ONIA disait-on) s’intercalaient férocement entre les ouvriers et les étudiants.

A mesure que le temps passait nous pouvions constater que nos positions politiques antiétatiques, antiautoritaires, antistaliniens étaient partagées par d’avantage de monde. On parlait aussi de plus en plus d’autogestion. Les stratégies de pouvoir des différents groupes (notamment la JCR) mais aussi des différents partis (PSU) continuaient à nous laisser froids. Face aux conservateurs de droite ou du PC notre opposition sarcastique restait la même.

C’était une divergence non négligeable avec les JCR toujours très respectueux envers les militants communistes et leurs qualités organisationnelles.

Fin mai nous sommes allés à Paris en 2CVvoir les copains du groupe Noir et Rouge qui avaient participé à la création du Mouvement du 22 mars. Nous sommes arrivés au moment de l’expulsion de Cohn Bendit. Dans un immense amphi de Nanterre une fille jouait du piano sans aucun public. Excentricités de Mai ou de la mémoire ?

J’ai souvenir que les copains avec qui nous avons échangé des informations, pontifiaient un peu face aux provinciaux que nous étions. De retour à Toulouse, nous apportions des nouvelles fraîches de la capitale On a certainement su, à notre tour, épater les copains lors de la réunion qui s’est tenue dans une salle de l’Arsenal.

Puis vinrent les élections de juin, une catastrophe. La France de l’ordre et de la peur relevait la tête. Ecoeurés nous sommes partis nous mettre au vert. Nous pensions (à tort) qu’il y aurait une répression pendant l’été. Elle eut lieu mais en Tchécoslovaquie.

Nous avions perdu une bataille mais ce n’était que partie remise. On pouvait continuer à ouvrir des brèches. La preuve, en octobre nous nous sommes retrouvés, à l’aéroport de Blagnac, pour conspuer les athlètes qui s’envolaient vers les JO de Mexico. Un copain, prof de gym ( ?), avait écrit sur son tricot « les médailles on s’en fout !”. Il y avait eut, quelques jours avant, des centaines de morts sur la Place des Trois cultures, à Mexico. L’essentiel était encore et toujours de participer…

Les années  1969 et 1970 se sont déroulées dans la lancée de 68. La Fac était devenue un lieu de discussions permanentes sur l’Université Critique mais ce qui se passait à l’extérieur nous paraissait bien plus intéressant. Il s’agissait de créer partout des pôles de contestation, les lieux de contre-pouvoir.

Les groupes d’extrême gauche étaient plus nombreux, les maos avaient essaimés de même que les trotskystes. Nous les libertaires étions beaucoup plus nombreux qu’auparavant mais aussi très divisé. Nous n’avons jamais réussi à créer une organisation structurée, bien que certains, et j’en suis, en ai rêvé. Désormais on parlait de « la mouvance » libertaire qui regroupait individualistes purs et durs, communistes libertaires sans oubliés tous les « non inscrits » qui souvent m’enrageaient mais ne cessaient de m’interroger.

Ces groupes se côtoyaient en permanence avec des sympathies ou des antipathies plus ou moins grandes. Le groupe dans lequel j’étais a participé de près ou de loin  à tous les mouvements protestataires des années 1970 : l’antinucléaire, le Larzac et j’en oublie. J’ai été peu active dans les luttes féministes, j’avais le sentiment –ce fut l’objet de nombreux débats houleux- que la lutte des classe balayerait le machisme et je pensais aussi, à tort, que les libertaires étaient à l’abri de cette « tare ». D’autres copines ne firent pas le même choix.

C’est à travers la presse que l’activité du groupe informel dans lequel j’étais, fut je crois, la plus constante.

En 1969 nous avons créé, à quelques-uns, un journal qui s’appelait La Mèche pour dénoncer, entre autres, la répression en Espagne, et, en France, l’arbitraire et la négation de la sexualité qui régnaient dans les lycéens. Nos articles étaient assez violents (à mes yeux aujourd’hui) mais dans l’air du temps. Un copain instituteur se déchaînait dans ses articles sur la sexualité des enfants. Les luttes ouvrières n’étaient pas délaissées pour autant. Alors qu’il y avait eu des licenciements dans une usine à Millau, je me souviens d’un article intitulé « J’aimerais faire des gants avec la peau des patrons ». Dur ! Le copain Guillemau, directeur de publication, et qui a tenu longtemps le restaurant végétarien rue Peyrolières, a été poursuivi. Quel verdict ? Je ne m’en souviens pas. Fin 1970, La Mêche arrêtait sa publication.

L’activité éditoriale se poursuivait puisque depuis 1968 nous écrivions dans un encart français du journal l’Espoir (journal de la CNT espagnole), des articles sur la politique française (l’antiparlementarisme, l’autogestion. Je crois qu’il y a eu des articles sur Arrabal.)

Au début des années 1970, des copains créèrent  des comités antimilitaristes et  les Comités de Libération des Objecteurs (CLO) dont le journal Objection fut longtemps paginé à la maison. J’avais des relations plus qu’amicale avec ce groupe mais je ne participais que rarement aux réunions.

En 1973 je suis partie en Lorraine pendant un an et au retour, devenue enseignante j’ai adhéré au SGEN-CFDT, syndicat qui à ce moment là se proclamait autogestionnaire (les Lip) et restait ouverte aux idées de Mai. S’il me paraissait normal d’être syndiqué autant l’être là se trouvait un fort courant libertaire même si nous nous confrontions là à l’entrisme musclé des maos. Dans la FEN, la tendance « Ecole émancipée »  dans lequel je me suis investie un temps était totalement verrouillée par la LCR et les débats tournaient constamment sur la préparation des congrès. J’ai mis fin assez vite à cette double affiliation.

Des copains firent d’autres choix et participèrent à des groupes libertaires très structurés qui apparurent à ce moment comme l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste (ORA) ou plus tard l’Union des Travailleurs Communistes Libertaires (UTCL).

Parallèlement à mon militantisme syndical, je participais à une revue bimestrielle,  Agora  parue de 1980 à 1986. Revue traitant des thèmes internationaux (les pays de l’Est surtout)  et la politique du premier septennat de Mitterrand. C’était une revue que je trouvais et trouve toujours de qualité.

La décision d’arrêter sa publication marqua, pour nous, pour moi, la fin des années 68. On ne changerait plus le monde même si d’autres luttes, d’autres discutions se profilaient à l’horizon. Avec moins d’humour.

PS : Je n’ai nommé aucune des personnes que j’ai fréquentée dans ces différents groupes. C’est volontaire, j’en aurais oublié. Et puis, c’est un vieux réflexe libertaire : on ne donne pas de nom (olé !) mais chacun se reconnaîtra sans difficulté.

 

Violette Marcos, Toulouse, 11 juin 2008

Lourdou Henri

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages

68 et après : mon témoignage

Henri LOURDOU, né le 30 mai 1954 à Mende (Lozère), études secondaires au lycée Foch de Rodez de 1964 (6e) à 1971(Tale), classe prépa (lettres sup-option philo) au lycée Fermat de Toulouse en 1971-2, fac d’Histoire au Mirail (Duel puis licence) de 1972 à 1976, service militaire à Ruelle, près d’Angoulême en 1976-7, chômage et intérim en 1977-9, reprise des études en 1979 : maîtrise, DEA puis doctorat de 3e cycle sur le syndicalisme contemporain à Toulouse et en Midi-Pyrénées ; concours d’entrée dans l’enseignement en 1984 (PEG de LEP), puis Capes d’Histoire-géo en 1987. Prof en Poitou-Charentes (collège puis lycée) de 1988 à 2002 ; prof à Tarbes (collège) depuis 2002.

Comment  je suis entré en politique

Mon premier souvenir politique (j’avais 11 ans) : la campagne télévisée pour les présidentielles de 65. J’avais donné la préférence à Mitterrand parce qu’il était le seul à ne pas nous avoir infligé son CV : j’y avais vu une marque de modestie de bon aloi…

En Mai 68 j’étais un sceptique radical : tout cela me paraissait bien vain. J’étais resté à la maison tout le temps des événements.

A cette époque je me sentais étranger à tout ce qui m’entourait, voire insécurisé par le rapport aux autres. Mon seul refuge était la lecture. Et c’est par les livres que je me suis réconcilié avec le monde. Il faut dire que j’avais quelque raison de lui en vouloir : la mort subite et prématurée de mon père lorsque j’avais 7 ans m’a longtemps enfermé dans un complexe d’infériorité mâtiné de ressentiment.

Mon intérêt à la politique est né sans doute de cela : c’est surtout mon manque d’assurance face au monde qui m’a poussé à chercher à le comprendre, plus que mon ressentiment ne m’a poussé à le détruire. C’est ainsi que j’ai pu, de mon point de vue, basculer du bon côté : le réformisme plutôt que la protestation.

Cette passion de comprendre le monde ne m’a jamais quitté : elle vient fondamentalement du fait que personne ne m’a jamais tendu les clés pour ouvrir la porte, j’ai donc dû trouver moi-même comment faire pour voir ce qu’il y avait derrière.

Comment  je me suis formé

J’ai été marqué essentiellement par la lecture. Adolescent, mon (maigre) argent de poche passait quasi-entièrement dans les livres et les journaux. Mais avant-même de dépenser de l’argent, j’avais commencé par écluser toutes les ressources gratuites de lecture dont je disposais.

Le déclic fut, je m’en souviens, un reportage télé sur un congrès anarchiste à Carrare, où Cohn-Bendit et ses copains étaient venus semer la contestation parmi les vieux anars. C’était fin 68. C’est là que j’ai découvert à la fois Cohn-Bendit et l’anarchisme. Ce fut pour moi une double révélation.

J’ai donc cherché tout ce que j’ai pu à la Bibliothèque Municipale, ma principale source pendant longtemps. Et je suis tombé, ô miracle, sur « le » livre signé Cohn-Bendit, « Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme ». En matière d’anarchisme par contre, fort peu de choses, si ce n’est, si je me souviens bien, un « philosophe d’aujourd’hui » (collection de poche de P.Seghers) sur Bakounine. Mais, grâce à la lecture de Cohn-Bendit, j’ai en partie réparé cette lacune en commandant notamment « La révolution inconnue » de Voline, dès sa réédition. Puis j’ai continué ma quête en lisant tout ce que je trouvais sur mai 68 (y compris Raymond Aron…) ; je ne comprenais pas tout ce que je lisais bien sûr : j’ai même lu « l’homme unidimensionnel » de Marcuse à 16 ans et sans la culture nécessaire !

Je dois distinguer dans le lot « La brèche » de Morin, Lefort et Coudray. Edgar Morin fut et reste un de mes auteurs préférés : j’ai alors dévoré tout ce que j’ai trouvé de lui, de « L’homme et la mort » à son « Journal de Californie ».

Dans la foulée j’ai cherché les périodiques cités par le « Cohn-Bendit » : « Socialisme ou barbarie », « Rouge et noir », « Les cahiers de mai ». Interrogée, la buraliste n’a pu me désigner que le 3e, mais je découvris en même temps les périodiques rangés dans le même rayon : « rouge », « lutte ouvrière », « l’Humanité rouge », puis plus tard « l’Idiot International ». Je les ai tous « essayés » : mais je ne suis resté un lecteur régulier que des « cahiers » et de « l’Idiot » (c’est là que j’ai découvert le féminisme), auxquels je joindrai rapidement « l’hebdo Hara-Kiri »(qui devint après novembre 70 « Charlie hebdo »). C’est là que j’ai découvert l’écologie en lisant Fournier. Mention spéciale pour « Actuel », où je lus l’interview qui me fascina de l’animateur des Kabouters hollandais, Roel Van Duyn : on y trouvait une stratégie politique non-violente que l’on pourrait baptiser alter-constructive ; une des racines de mon réformisme.

Mon besoin de comprendre le monde n’en était pas pour autant comblé : certes, j’étais un libertaire convaincu, mais la plupart des groupes gauchistes ne l’étaient pas. La mode était au marxisme, et même au léninisme. Contradiction que j’essayai de dépasser en cherchant un marxisme non léniniste. Mais mon appétit allait au-delà de cela : j’avais aussi découvert , à travers Marcuse, la psychanalyse. Là aussi cependant je m’inscrivis à contre-courant : la lecture de « La révolte contre le père » et «La crise de générations » de Gérard Mendel m’ouvrit d’autres perspectives que le lacanisme à la mode dans les milieux gauchistes. Je suis resté fidèle à Mendel, dont je me considère comme un disciple. C’est un de mes engagements les plus discrets mais les plus constants (Voir les plus de 50 n° du bulletin trimestriel « La démocratie dans l’école » de 1991 à 2005, et le livre éponyme de Claire Rueff-Escoubès à La Découverte, ainsi que l’action persévérante de Françoise Inizan-Vrinat, Conseillère d’Orientation Psychologue, pour promouvoir le Dispositif d’Expression Collective des Elèves. Voir plus largement le site « sociopsychanalyse.com ». Je reste persuadé, malgré ce qu’il faut appeler l’échec de cette entreprise, que le déficit de socialisation est l’un des principaux défauts du système éducatif français ; c’est l’une des raisons qui font que je me retrouve totalement dans les positions des Verts sur l’éducation).

Mais j’avais pleinement conscience de mon inculture : j’ai commencé à essayer de combler ce déficit par la lecture régulière du « Monde » au foyer du lycée, et particulièrement de son supplément hebdomadaire du vendredi « Le Monde des Livres ». Aujourd’hui encore, je ressens une excitation particulière à la lecture de ce supplément : celle de découvrir quelque chose de nouveau et d’intéressant.

C’est ainsi que j’ai découvert une publication alors fort peu à la mode : les « cahiers Spartacus ». Ce fut par la recension d’un petit opuscule de souvenirs de l’écrivain prolétarien Henry Poulaille intitulé « Mon ami Calandri », il s’agissait de sa rencontre, encore enfant, vers 1900,  avec un militant anarchiste. Je commandais la brochure par la poste et un nouvel horizon de découvertes s’offrit à moi. Les « cahiers Spartacus » étaient une publication créée dans les années 30 par un jeune intellectuel révolutionnaire, René Lefeuvre. Ils disparurent dans les années 50, époque de la glaciation stalinienne, pour renaître après 68. René Lefeuvre se réclamait du courant marxiste révolutionnaire anti-léniniste en se référant notamment à Rosa Luxemburg. Les lots de publications anciennes qu’il soldait pour relancer son titre furent ma première formation sur l’Histoire du mouvement ouvrier. J’y découvris une dénonciation sans concession des turpitudes du stalinisme, notamment lors de la guerre d’Espagne. J’y découvris surtout les coordonnées d’une autre publication dont j’avais découvert l’existence dans les « Actuelles » de Camus. Interrogé sur l’inexistence d’un courant révolutionnaire ouvrier alternatif au stalinisme, celui-ci citait Pierre Monatte et sa revue « La révolution prolétarienne ».

Cette « revue syndicaliste révolutionnaire fondée par Pierre Monatte en 1925 » existait toujours. Je m’y abonnai. Sa lecture mensuelle de 1971 à 1975 m’a sans doute prémuni contre les excès du sectarisme et de l’intolérance : je dois en particulier saluer la mémoire de celui de ses chroniqueurs le plus « à droite » selon le point de vue de l’époque, Roger Hagnauer dont le bon sens venait tempérer régulièrement les emballements pro-chinois de Robert Louzon.

Car le paradoxe de ces années-là fut le suivant : le grand dynamisme militant qui animait une partie de la jeunesse s’accompagnait d’une forme de délire idéologique avant-gardiste qui pouvait pervertir à tout moment les causes que nous défendions. Relativiser la pertinence de nos engagements était et reste le seul moyen d’en garantir la pérennité et l’efficacité.

C’est dans « La Révolution prolétarienne » que j’ai lu cette lettre d’un vieux syndicaliste révolutionnaire intitulée « Les revendications et la révolution : les choses qu’il ne faut pas dire ». Il y mettait en cause un jeune gauchiste de son usine qui défendait le principe du « pieux mensonge révolutionnaire » pour mobiliser les masses. Son apologie de la vérité est restée pour moi un principe constant.

Mes engagements et leur pertinence

La grande affaire militante de ces années-là fut pour moi la lutte du Larzac.

Il se trouve que j’y avais mes racines familiales, mais des racines en voie d’extinction. Plus aucun Lourdou n’habitait le Larzac : mon grand-père, Louis Lourdou, l’avait quitté pour s’établir en Lozère. Seule sa sœur y avait fait souche en gardant l’auberge familiale (mon arrière-grand-père était cordonnier-aubergiste) à l’Hospitalet du Larzac. Son fils, mon parrain, en avait fait le dernier bar-tabac du village.

C’est par le biais de mes nouveaux amis du « Pavé » que j’ai eu connaissance et que j’ai participé à la première manifestation contre le projet d’extension du camp militaire, le 6 mai 1971. L’appel avait été lancé par le MDPL (Mouvement pour le Désarmement , la Paix et la Liberté, lié au PSU), et tous les gauchistes de la région s’y étaient ralliés : il y avait là des maos de la « Cause du Peuple » venus de Toulouse, des occitanistes du COEA  venus de Montpellier…Mon copain Antoine Loubière, qui était au courant de tout le gotha d’extrême-gauche régional, me les présentait avec tout l’aura attaché à certains (le fameux JJ qui avait attaqué un car de flics à lui tout seul…le miltant-poète occitaniste Roland Pécout avec son parler fleuri : « on est pas venus là pour enculer les mouches »…)

Après un défilé dans Millau, nous étions montés à La Cavalerie : là, à l’entrée du camp, un conciliabule avait commencé pour savoir ce qu’on allait faire. Certains redoutaient une démonstration violente, d’autres l’espéraient. Moi j’étais allé déjeuner chez mon parrain, où j’avais trouvé un accueil chaleureux mais sceptique : « Qu’est-ce qu’ils croient faire ? »

Mais revenons au « Pavé ». C’était le groupe gauchiste local de Rodez, animé alors par 2 personnages charismatiques qui ont connu des destins contradictoires. René Duran, pour qui j’ai toujours gardé un grand attachement, était un ouvrier-bohème autodidacte, très porté sur l’action culturelle et attaché à son enracinement local. Jean-Louis Chauzy était un étudiant en Sciences Economiques qui préférait militer à Rodez qu’à Toulouse, où il était pourtant membre du bureau de l’Unef, sans être pour autant encarté au PSU qui la dirigeait alors. Le Pavé diffusait les « cahiers de mai » quand, au printemps 1970, je fis sa connaissance par un tract affiché clandestinement dans un couloir du lycée annonçant une réunion à la salle paroissiale de mon quartier.

Je demandai la permission à ma mère d’aller à une « réunion de jeunes » à l’Eglise : elle me l’accorda sans problème, tant elle était contente de me voir enfin sortir, « au lieu de rester toujours enfermé avec mes livres ».

La réunion portait sur les problèmes de la paysannerie : un film était annoncé, il s’agissait de l’intervention de Bernard Lambert lors d’un meeting tenu récemment à Rodez sur « les paysans dans la lutte des classes ». Le film ne fut pas projeté (je compris dans la seconde partie de la soirée que c’était en raison de la présence d’un RG : c’était un film amateur non déclaré, donc risquant d’entraîner des problèmes…). Nous n’étions pas très nombreux : une vingtaine ?

Par la suite, mes relations avec le « Pavé » furent fluctuantes : j’hésitai d’abord un peu à frayer avec un groupe qui s’avéra rapidement de tendance maoïste, malgré la grande tolérance idéologique qui y régnait et le bon accueil que je reçus. De fait l’esprit était plus libertaire que « marxiste-léniniste ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, sur proposition de René Duran, il se lia à la rentrée 1970 avec le groupe « Vive La Révolution » de Nanterre, animé par Roland Castro. Et nous diffusâmes ce journal dont le contenu m’émerveillait : « Tout ! » (« Ce que nous voulons : Tout ! »). L’éditorial du n°1 m’enchanta : je le lus  et le relus en soulignant les passages importants. En particulier les passages polémiques contre les « Nouveaux partisans » de la « Cause du Peuple », accusés de « substitutisme » : cette critique de leur avant-gardisme militariste avait tout mon accord. Mon spontanéisme et mon populisme libertaires y trouvaient leur comptant. Et, plus que cela mon refus de la fascination pour la violence.

C’est sans doute ce qui explique, plus que mes racines familiales, mon investissement de longue durée dans la lutte du Larzac. Dès la rentrée 1971, je créais avec quelques condisciples un comité Larzac au lycée Fermat, puis je participai régulièrement aux activités du comité Larzac de Toulouse de 1972 à 1981 (avec une interruption pendant mon service militaire en 1976-7). Il y avait dans ce mouvement une conjonction inhabituelle qui me changeait un peu des ambiances sectaires du mouvement étudiant. J’y ai côtoyé au fil des ans Jean-Pierre Laval, Marie-Françoise Larnaudie, Alain Moultson, Marie Laffranque, Jacques Bonnefoy, François Lalau…entre autres.

J’avais adhéré à Lutte Occitane, prolongement du COEA , dont le groupe toulousain comptait Philippe Regol (qui fit son coming out d’homosexuel quand il s’installa à Barcelone, où il vit toujours je pense), Alain Alcouffe (notre théoricien et grand ancien) qui nous rejoignit par la suite, et mon copain Antoine Loubière, mais aussi Christian Caujolle et Jacques Massey. Nous avions passé un partenariat avec le nouveau groupe GOP, issu du secteur étudiant du PSU, animé par Gilles Lemaire et Jean-Michel Clavel, et bientôt rejoint par 2 fortes personnalités : Gérard Milhès et Bernard Mélier. Nous partagions un local au 5 rue des Jacobins, habité par Gilles Lemaire. Réunions quasi-quotidiennes et ronéo dans la cuisine, et un électrophone qui passait en boucle les 45 tours de Dominique Grange et de Marti.

Et c’était aussi le moyen de garder un lien avec Rodez. Quand je rejoignis la GOP(Gauche Ouvrière et Paysanne) à l’été 74, ce fut pour la préparation du rassemblement du Larzac le plus important de toute cette lutte. Ce fut pour moi un été de grande découverte : j’y fis la connaissance de tous les grands dirigeants de ce groupuscule de 400 militants, Marc Heurgon, Alain Desjardins, Alain Lipietz, Daniel Costagliola, Alain Salmon et quelques autres…Notre ami, proche de l’ex-Pavé (qui avait disparu en même temps que VLR pour se fondre dans le mouvement social) Pierre Vuarin, ingénieur agronome en fin de formation qui avait prolongé son stage de fin d’étude en restant sur place dans l’Aveyron, où il enchaînait les vacations et les petits boulots, faisait la liaison avec le comité Larzac de Rodez. C’est avec lui que nous créâmes un éphémère « Nouveau Journal de l’Aveyron » (3 n° parus durant l’année 1975) dont j’étais le « directeur de publication » en titre, mais dont il était la vraie cheville ouvrière.

René Duran s’était replié sur l’action culturelle occitaniste non conventionnelle en créant un fanzine personnel « Esclaïre » ; Jean-Louis Chauzy était devenu le nouveau permanent de l’UD-CFDT et commençait une carrière qui devait le mener à la présidence du CESR de Midi-Pyrénées en passant par le secrétariat régional de la  CFDT .

Mon action militante dans ces années-là fut un engagement total. Nous croyions, en tout cas moi je croyais, à l’imminence de la Révolution. Cette croyance délirante est inséparable de l’énergie déployée alors.

Ma fascination pour le mouvement néo-communautaire trouva à s’investir a minima dans le semi-communautarisme que nous instaurâmes à quelques uns (Avec Antoine Loubière, Chantal Nicole, Claudette Grinfan, José Allosa, Nadine Galabrun, Dominique Enjalbert…) au 9 quai Lombard : nous avions loué les 3 appartements habités de l’immeuble, et ce fut un lieu de vie très actif des années 75 à 79 dans l’extrême-gauche étudiante toulousaine.

Je dirais aujourd’hui que cet engagement a eu 2 versants contrastés, dont l’un avait  pour  moi un caractère plutôt positif et l’autre nettement négatif. Avec le recul je persiste sur le jugement et même je le renforce.

Commençons par le négatif.

Il s’agit du mouvement étudiant. Quand j’entrai en fac, le « mouvement étudiant » s’était scindé en plusieurs courants qui se combattaient avec acharnement. D’un côté l’Unef, abandonnée par le PSU, avait été reprise par 2 tendances qui avaient scissionné : la tendance PCF, dite « Unef Renouveau », et la tendance trotskyste lambertiste de l’AJS-OCI, qui avait gardé le sigle Unef. De l’autre, les « révolutionnaires authentiques » avaient constitué des « Comités de Lutte », rapidement noyautés par la Ligue Communiste qui les avait fédérés en une « Union nationale » ; les autres révolutionnaires avaient donc constitué les CAR (Comités d’Action Révolutionnaire), où se retrouvaient les étudiants du PSU, ceux de « Révolution ! » ( scission de « gauche » de la Ligue ) et les quelques maos qui restaient. Bien sûr j’allais aux réunions du CAR où je dus endurer les sermons des militants idéologiquement aguerris : je me rappelle particulièrement de Patrick Lumeau nous rappelant que nous devions clairement réaffirmer sans cesse notre triple orientation : « anti-capitaliste, anti-impérialiste et anti-réformiste » pour nous démarquer des Comités de Lutte. Tout cela me passait un peu au-dessus de la tête je dois l’avouer.

Ces guéguerres incessantes entre groupuscules faisaient pourtant notre quotidien et culminaient lors des mouvements printaniers contre les projets (toujours néfastes) du gouvernement concernant la jeunesse.

Ainsi lors du mouvement du printemps 73 contre la création du DEUG et la loi Debré supprimant les sursis au service militaire.

Les AG quotidiennes du « mouvement » donnaient lieu à des prises de paroles homériques où le jeu consistait d’abord à empêcher autant que possible l’expression des 2 Unef (réviso et social-traître), puis à disputer à la Ligue le leadership du mouvement au nom de « la gauche du mouvement » (nous donc). Il s’agissait à chaque fois de gagner un vote sur une initiative emblématique : pour nous il s’agissait de radicaliser en poussant (sans le dire) à l’affrontement. La logique de surenchère qui préside à ce genre d’AG nous favorisait. Et au bout de 3 années (printemps 76), la « gauche du mouvement » eut enfin son heure de gloire avec sa « manif-cogne » et sa prise d’otage (le recteur retenu tout un après-midi au restau-U du Mirail). C’est à ce moment que, résiliant mon sursis, je partis au service militaire. Ma contribution à la lutte fut de canaliser et tenir au courant de ce qui se passait, au moyen du mégaphone de la GOP, les manifestants entraînés pour certains à leur corps défendant dans cette manif-cogne d’avril 76…

Et pourtant j’avais été moi aussi soumis à la fascination de la violence, et j’avais, j’ai toujours, une réelle amitié pour notre leader militaire d’alors, Bernard Mélier.

Cette fascination de la violence, étroitement liée aux surenchères entre groupuscules, avait un côté machiste et tribal qui m’en a finalement écarté.

Je ne repense pas sans une certaine honte au seul cocktail molotov que j’aie jamais lancé,  lors d’une manifestation armée contre un meeting du Comité de Défense de l’Armée au printemps 75. J’avais (nous avions ?) la peur aux tripes, mais nous marchions soutenus par l’esprit de bande et une forme de fierté de corps (« les maos », réputés meilleurs cogneurs que les trotsk’…) et j’ai lancé ma bouteille en direction d’un cordon de gardes mobiles casqués, avec sans doute des pères de famille comme j’allais le devenir, au risque d’en brûler sévèrement un. Heureusement  j’ai lancé beaucoup trop court.

Et terminons par le positif

Je reste par contre fier de mon engagement pour les paysans du Larzac pour différentes raisons.

D’abord parce que ce fut une lutte victorieuse : l’extension du camp militaire ne s’est pas faite et les paysans n’ont pas été chassés de leur terre.

Ensuite parce que cette lutte a généré un véritable mouvement social à l’échelle du Larzac et au-delà. Que ce mouvement fut pluraliste jusqu’au bout en faisant coexister des gens aux idées différentes qui ont fini par s’influencer mutuellement.

Je veux parler ici de la non-violence et de la désobéissance civile : j’ai renvoyé mon livret militaire en solidarité avec les paysans du Larzac en 1980, ce qui m’a valu le seul procès de ma vie…en juillet 1981(la sentence ne fut même pas prononcé, car nous faisions partie des amnistiés du 14 juillet). J’ai donc travaillé avec des militants non-violents, moi qui croyais tout d’abord à la nécessité de la révolution par les armes ! Et je suis devenu  non-violent : je crois aujourd’hui que toute action violente porte en elle des effets négatifs qui contrebalancent plus que largement ses effets supposés positifs…y compris dans les situations-limites où la violence reste la seule solution possible. C’est pourquoi je reste toujours vigilant face à certaines formes d’action : ainsi le mouvement des Faucheurs Volontaires d’OGM m’a toujours paru flirter avec une dynamique dangereuse, aujourd‘hui fort heureusement et habilement évitée par le lancement du mouvement des Semeurs volontaires, que je salue.

Autre aspect positif de cette lutte : elle a fait la démonstration de la nécessité de s’inscrire dans les institutions. C’est la victoire électorale du réformiste honni Mitterrand, celui-là même que nous avions dû protéger contre certains gauchistes lors du rassemblement de 1974, qui a permis le débouché positif d’une lutte qui commençait à s’essouffler. C’est le souvenir de cela qui a retenu à mon avis José Bové de verser totalement dans le protestataire. Je pense que nous aurons l’occasion de travailler politiquement avec lui et certains de ses amis, dans un autre cadre que celui, contre-productif, des « comités unitaires anti-libéraux ». Si j’ai eu une attitude que certains ont dû juger sectaire à leur égard en 2007, c’est par souci de cohérence et de clarté politique.

Enfin, et c’est un satisfecit personnel, ce fut pour moi un engagement constant jusqu’au bout, et malgré la démobilisation ambiante. Je me souviens du dernier meeting Larzac à Toulouse en novembre 80 au 22 allées de Barcelone : j’avais pratiquement tout organisé tout seul avec l’aide de 2 ou 3 personnes…et nous avions péniblement réussi à remplir la salle.

Je passe sur tout un tas d’autres engagements, car j’ai conscience de m’être largement étalé. Je mentionne donc juste :

le Comité Information Portugal (1975-78) avec Daniel Borderie, Gérard Verfaillie, Dominique Mélier, Serge Fournier, Claudette Grinfan, Isabelle Sneed et Danilo Prado-Garcia.

Une mention spéciale pour Serge Fournier, qui nous a quitté prématurément (assassiné m’a-t-on dit dans le parking souterrain de l’immeuble du Mirail où il habitait). Formateur au Crept (la boîte de formation continue de la CFDT Midi-Pyrénées), il avait été ouvrier à la Thomson de Bagneux. Il m’a appris la sérigraphie et quelques épisodes de son action à la Thomson. Il avait créé l’Apep (Association Populaire d’Education Permanente) pour faire du soutien scolaire et organiser des sorties avec les jeunes du quartier : j’aimerais bien savoir ce qu’il en est advenu.

Solidarité avec Solidarnosc (1982-84) avec Jacques Tchao, Violette Alvarez et Geneviève Azam.

Et bien sûr la CFDT, où j’ai adhéré en décembre 1981, suite au coup de force de Jaruzelski en Pologne, et dont je suis toujours adhérent et militant. J’ai fait un bilan de cet engagement syndical dans un article polémique de la revue « Mouvements » en 2000, grâce à la compréhension et l’ouverture d’esprit de Gilbert Wassermann, dont je salue la mémoire. Opposant à Nicole Notat en décembre 95, je fus l’un des co-fondateurs d’AC ! dans les Deux-Sèvres, mais je ne rejoignis pas l’opposition « officielle » de « Tous ensemble » et je quittai AC ! en 1998 quand la Conf’ entendit enfin les critiques de la base sur sa gestion de l’Unedic et qu’AC ! se fut transformé en instrument de dénigrement systématique de la CFDT. J’ai gardé cette orientation de soutien critique à la majorité confédérale lors de l’épisode des « retraites » de 2003 : j’ai alors activement participé aux débats et propositions pour démocratiser davantage le fonctionnement confédéral. Car sur le fond, je soutiens toujours le contenu du compromis de 2003 et la nécessité d’un positionnement prenant en compte l’ensemble des paramètres du problème…et pas un seul, comme l’extrême-gauche.

Aujourd’hui

Au total que reste-t-il de tout cela ? Ce que j’y avais mis au départ : la volonté de comprendre la société dans laquelle je vis ; la révolte contre l’injustice et l’hypocrisie ; le souci de construire plus que celui de détruire ; la fraternité avec des gens avec qui j’ai partagé ces combats, au-delà de nos désaccords ponctuels.

J’y ajouterais aujourd’hui : la tolérance et la défense de toutes les libertés, la méfiance envers les dérives totalitaires et le romantisme illusoire de la rupture. Mais aussi une certaine pratique militante basée sur l’usage rigoureux du compte-rendu et l’attention à la bonne circulation de l’information (je dois cela notamment à Jacques Maubuisson, ex-militant GOP du groupe de Perpignan) ; le souci du débat et de l’exigence intellectuelle.

C’est pour toutes ces raisons, et quelques autres, que je suis, depuis 1990, adhérent des Verts.

Je suis aujourd’hui un écologiste réformiste, social-démocrate, pro-européen et mondialiste (inscrit au  « registre international des Citoyens du monde » depuis 1971). Et c’est l’occasion pour finir de parler d’Attac et de l’altermondialisme.

Quand Attac s’est créé, j’ai poussé mon syndicat, le Sgen-CFDT des Deux-Sèvres, à y adhérer. A la première (et seule) réunion d’Attac où j’ai participé, à Thouars, la majorité des participants étaient des adhérents CFDT … Et puis j’ai vite constaté qu’Attac était devenu la structure d’accueil de tous les « orphelins de l’extrême-gauche » qui étaient avant tout des nostalgiques et des revanchards plus que des prospecteurs et des inventeurs du monde de demain. Je mentionnerai en particulier le courant, longtemps majoritaire à Attac, de ce qu’il faut appeler les « social-nationalistes » qui viennent de créer, autour de Jacques Nikonoff, le M’PEP, nouveau parti qui s’apprête à lancer pour les européennes de 2009 une campagne populiste sur le thème « Sortons de l’UE ». Si le fossé à Gauche entre partisans du « oui » et du « non » au TCE doit être comblé, ce ne peut être au prix de la moindre concession à ce courant. C’est pourquoi j’ai participé à la création de « Sauvons l’Europe » : même si le côté boy-scout de certains de ses animateurs m’énerve un peu, c’est de ce côté que je penche.