Lemaire Gilles

Posted: 18th January 2017 by Elie Brugarolas in Témoignages personnels
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Gilles Lemaire

 

Durant mes années de lycée à Paris, j’ai fréquenté l’aumônerie  catholique et tout naturellement je me suis engagé dans la JEC jeunesse étudiante chrétienne. Le lycée dans ses années de l’avant-68 était oppressant, la discipline sévère. La JEC fut ma première bouffée de liberté et d’ouverture au monde.

Alors que je finissais mon année de terminale C au lycée Henri IV, déboule le mouvement de mai 68.

A l’hiver 67-68, j’avais participé timidement à 2-3 manifestations pour la paix au Vietnam. Mon père était anti-communiste et j’étais plein de préjugés sur la gauche communiste.

Durant les mois de mai et juin 1968, j’ai occupé mon lycée, manifesté, discuté. Mon engagement politique date de ce fantastique tourbillon de paroles libérées, de vies ouvertes, d’échanges permanents.

Ensuite mon histoire est un bout de l’histoire de l’extrême gauche. J’adhère au PSU en janvier 1969 ; je fais mes classes préparatoires scientifiques entre deux manifestations ou occupations de lycée. Je suis reçu au concours de l’ENSEEIHT et je rejoins ainsi Toulouse à l’automne 1971.

Le PSU de ces années là est le creuset d’un formidable bouillonnement d’idées ; je m’y plonge et participe à ses débats. Il est partagé entre deux grandesorientations, pour simplifier ! L’une incarnée par Michel Rocard souhaite rénover la social démocratie, l’autre cherche à construire le parti révolutionnaire. Le congrès de Lille de juin 1971 marque la rupture entre ces deux orientations ; Michel Rocard y est majoritaire d’extrême justesse, grâce aux mandats toulousains que lui apporte Alain Béneteau, en les détournant quelque peu !

La prise de contrôle du PSU par Michel Rocard entraînera les départs successifs des courants de gauche vers la LCR, le PCMLF et la création d’une petite organisation d’extrême gauche originale la Gauche ouvrière et paysanne.

La GOP présente la particularité d’être une organisation d’extrême gauche peu dogmatique, d’une moyenne d’âge plus « avancée » que les organisations d’extrême gauche tout juste sorties des milieux étudiants et mordant surtout sur les jeunesses ouvrières .

Mon engagement avec la GOP me conduit à m’impliquer au côté des paysans travailleurs dans la préparation du premier grand rassemblement sur le Larzac de l’été 1973. Ce compagnonnage avec les paysans du Larzac durera jusqu’à l’abandon de l’extension du camp militaire en juin 1981 suite à l’élection
de François Mitterrand et même encore aujourd’hui je conserve des liens avec les habitants de ce causse, notamment avec un certain José Bové.

La GOP un peu à bout de souffle fusionne avec Révolution !, scission de la la LCR pour fonder l’Organisation Communiste des Travailleurs (OCT) en décembre 1976. Cette fusion dans un contexte de reflux de l’extrême gauche et avec des militants de culture très différente ne fonctionnera pas et après beaucoup d’autres je quitte l’OCT fin 1977.

C’est pour moi une période de remise en cause ; j’étais devenu informaticien le 1er avril 1977 dans une SSII après deux années où sortant du service militaire j’avais milité comme permanent de la GOP, je m’impliquais dans unesection syndicale CFDT. Cette insertion dans une vie professionnelle « classique », la fin de mes espérances de « construire le parti révolutionnaire » m’amène à considérer que la réforme de la société est peut être possible et en tout cas souhaitable par la voie démocratique et que la révolution est certainement illusoire et peut être dangereuse (c’est l’époque
où j’ouvre les yeux sur la réalité du régime de Mao Tsé Toung)

Cela me conduit en 1982 après le premier coup de semonce pour la gauche avec le mauvais résultat des élections cantonales à entrer au Pari socialiste.

J’y resterai dix ans et en sortirai en 1992. Le fonctionnement du Parti socialiste, la coupure entre une section locale vivante, avec des adhérents intéressants et des débats réels et un appareil qui vu de loin !, car je ne m’impliquerait durant ces dix années qu’au niveau de mon arrondissement parisien, est totalement coupé de cette base sans que celle-ci y ait prise, les difficultés de la gauche au gouvernement, les renoncements, l’enlisement préféré à l’audace,., me font penser que pour être vraiment réformiste, ce
que je reste, il faut être sacrément radical !

Après 1992, je resterai actif localement avec des bagarres sur le logement, pour sauver un marché couvert, que Dominati voulait détruire pour réaliser une opération immobilière d’envergure, je soutiendrai la lutte des immigrés sans papiers avant de me rapprocher des Verts actifs localement autour d’Yves Contassot et d’y adhérer en novembre 1999.

Ensuite c’est de l’histoire plus récente, ma participation aux débats des Verts me conduit à devenir secrétaire national en janvier 2003 ; des champs d’OGM au soutien des sans papiers, je m’implique jusqu’à ce jour comme simple militant des Verts, comme membre du Conseil d’administration d’Attac,..

Ce parcours de 40 ans d’implication constante dans la vie de la cité, est marqué par des périodes successives politiques différentes 1968-1978 l’extrême gauche, 1982 – 1992 le parti socialiste, 1999 à aujourd’hui les Verts, avec
tant que j’étais salarié, de 1977 à 1997 un engagement syndical CFDT, avec des responsabilités de délégué du personnel, membre puis secrétaire de comité d’entreprise, délégué syndical. Je regarde ce parcours avec tendresse, sans en renier les engagements forts mais en en reconnaissant les erreurs. L’unité de ce parcours c’est mon engagement pour la solidarité, l’égalité
sociale et la démocratie participative. Je sais que je resterai attaché à la gauche, à cette tradition de plus de deux siècles. Imaginer un monde nouveau, tenir compte des problèmes actuels de l’humanité, réchauffement climatique, crise énergétique, crise alimentaire, biodiversité en péril, . n’est pas simple. Il n’y aura plus de « prêt à penser », les tâtonnements seront la règle mais je pense qu’il est nécessaire de vouloir changer sinon le monde, en tout cas beaucoup de fonctionnements sociaux, économiques et politiques.

Gilles Lemaire

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