Antoine Artous – JCR / LC /LCR

Posted: 22nd February 2017 by Elie Brugarolas in Non classé

Antoine Artous –  Réponses questions Toulouse (notes)

(Tony est mon « petit non » qui me suit depuis l’enfance et n’a rien à voir avec la politique. Anthony était mon pseudonyme après le congrès de fondation de la Ligue Communiste, c’est devenu Puech après la dissolution de la Ligue. Par ailleurs j’ai toujours signé de mon nom dans les journaux, revues, brochures, livres etc.)

Quelques précisions

Il me semble nécessaire d’apporter quelques précisions sur la JCR ou l’immédiat après 68,  soit parce qu’elles ne sont pas traitées ( ou partiellement)  dans votre premier travail, soit parce qu’elles éclairent le post 68. A vous de voir, mais il y a certaines précisions factuelles qui me semblent nécessaires.

  1. Il y avait deux délégués oppositionnels (liés au secteur-lettre parisien) de l’UEC de Toulouse au congrès national de l’UEC de 1966, qui confirma l’exclusion de « secteur lettre » et se traduit par la fondation de la JCR : Daniel Bensaïd et moi. Nous étions délégués pour le cercle-lettre de l’UEC Toulouse qui regroupait aussi les « prépas lettres » de Fermat. Aucun de nous deux n’était au PCI.  Daniel préparait Saint Cloud, il sera reçu et partira à Paris avant 68. Moi j’étais en hypokhâgne, puis, en 1967 étudiant en philo. Daniel, toulousain, avait été à la JC. Moi je venais de Rodez, de gauche sans plus.

 

  1. Il faut préciser (cela n’apparaît pas dans votre premier travail) que le PCI a eu débat pour savoir si, suite à l’exclusion de l’UEC, il fallait créer une JCR, non lié directement à la IV° Internationale, ou une JCI (c’est-à-dire une jeunesse du PCI). En effet, certains militants oppositionnels significatifs dans l’UEC, membre de l’opposition de gauche ( animé par Krivine et Weber), non seulement n’étaient pas au PCI, mais plutôt opposés, à l’époque, à regrouper directement au sein de la IV° Internationale les « nouvelles avant garde ». Daniel et moi faisions partie de ces militants. C’est uniquement après Mai 68, lors du congrès que préparation de la création LC que nous avons mené bataille pour l’adhésion à la 4° internationale. Daniel avait adhéré (à Paris) au PCI en septembre 1968. Cela n’est pas seulement anecdotique, mais permet de comprendre un certain profil de la JCR, sa surface, tant politique que numérique.

 

  1. Il n’y avait pas de PCI à Toulouse. Une a été créée (un peu dans mon dos et pas très adroitement) en 1967, environ 6 à 7 personnes qui n’on pas eu par la suite une rôle structurant dans la création de la Ligue ; certains ( enseignants) ont du en plus quitter la ville à la rentrée 68.  Pour ma part, j’étais alors un des principaux animateurs de la JCR, je me suis toutefois investi en 67 dans la direction de l’AGT-UNEF à Toulouse, « tenue » alors par des militants critiques vis-à-vis du PCF ou aux ESU. Puis, avant 68, cette équipe a perdu l’AG, puis la « corpo »  lettre au profit de l’UEC. C’est dans ce cadre qu’a été lancé le Mouvement du 25 Avril, un peu sur le modèle du 22 Mars. Sur l’acte de fondation du 25 avril, le infos fournis par Salles, p 51, (il a travaillé à ce propos sur la base des archives de la Dépêche sont plus précises : 400 personnes (c’est beaucoup), présence de Bensaïd ( co-fondateur du 22 mars avec Cohn-Bendit. j’ai été un des principaux animateurs durant Mai-Juin 68. La JCR n’avait pas vraiment une intervention organisée en « fraction » dans ce mouvement. En tout cas, pour ce qui me concerne.

 

  1. Le Mouvement du 25 avril avait comme base arrière la Fac de Lettres, implantée alors en plein centre ville, près de la Bourse du travail et de la Mairie. Ce mouvement représentait un peu le « mouvement étudiant » à Toulouse, depuis la Fac de lettre occupé, il polarisait de nombreux non-étudiants ; organisait des liaisons avec les paysans (CLEOP : comité de liaison ouvrier étudiant) et avait des relations avec les mouvements (essentiellement lycéens des villes de la région. Le mouvement de la fac de sciences (plus excentré et moins actif centralement) était organisé à travers un comité de grève ; idem pour la Fac de Médicine. Outre le JCR, on retrouvait dans le Mouvement du 25 avril quelques militants des ESU et de la CNT Espagnole, qui disposait d’un local à la Bourse du travail, a côté de la CGT… Les rapports étaient bons. C’est par la suite que les choses vont se compliquer avec des militants anarchistes qui vont, un peu plus tard, se lancer dans Intervention directe.

 

  1. À la rentrée 68, puis 69, pas mal d’animateurs étudiants durent quitter Toulouse, mais, globalement, on peut dire que la JCR, puis la Ligue vont capter les principales franges radicales du Mouvement du 25 avril, ce qui va lui donner une légitimité et un poids importants sur la ville. Les courants maoïstes, issus de l’UJCML puis que L’Humanité Rouge, des « maos-stals », comme disait la Ligue, se cantonnent, essentiellement, dans la Fac de science et furent assez faibles. Les Maos de la Cause du Peuple, qui débarquèrent de Paris, ne prirent jamais vraiment racine. De façon plus générale, on peut dire que les formes de structuration des courants de l’extrême gauche avant 68, sur la base de la crise de l’UEC dessinèrent le profil de la présence des organisations d’extrême gauche dans les différentes villes après 68.5. Vu cette histoire ante 68, Toulouse était, avec Rouen, les principal bastions de la Ligue, en province. Avec d’ailleurs des profils différents. Outre que le PCI n’avait aucune tradition, Toulouse comportait une masse considérable d’étudiants, mais aussi, il ne faut pas l’oublier une vraie présente ouvrière ; notamment l’aéronautique. Avec toutefois une tradition assez social-démocratie (encore que le Maire Badiou avait été un socialiste de « gauche »). Le PC pesait moins politiquement. L’autre ville importante de la Ligue était Rouen, elle avait connu une implantation du PCI, était plus « ouvrière », avec moins d’étudiants. Des profils ont peu différentes vont un peu polariser (Filoche était un animateur de Rouen).
  2. Pour donner une idée de l’implantation, on peut donner des chiffres de vente de Rouge début 1969 (chiffres nationaux officiels). Paris et sa région arrivent à 7 100 par semaines, Toulouse 800, Rouen 550, Montpellier (ou le PCI avait été aussi absent) 300, comme Rennes (pas de PCI avant 68) et Caen. Si Dijon atteint 250, Lyon est inexistant, Marseille est faible (120), Comme Lille 130. Il s’agit d’un bilan officiel de décembre 1968 paru dans Rouge qui sort depuis septembre. Il s’agit de numéros payés, les chiffres ne sont pas je crois trop amplifiés, par contre par la suite ils ont du baisser. Je n’ai pas de souvenir précis le la moyenne par la suite sur Toulouse. (Remarque biblio : j’aie coordonné Retours sur Mai, la Brèche 1988 ou la phase ante 68 de la JCR nationale ‘est pas mal développé, et ou il y a beaucoup de chiffres)

 

  1. Sur les chiffres la trentaine de militants de la JCR me semble une bonne indication ; c’était beaucoup. Pour la Ligue (j’étais trésorier) mes souvenirs sont plus précis on et les chiffres que vous donnez trop bas.  Sur Toulouse (hors région donc) nous avons tourné autour un peu plus de 150 militants (avec des pointes à 180) au tournant des années 1970. Mais il faut compter les militants des comités rouges, aussi actifs (et cotisants ) que les autres. Donc un total réel de 300 militants qui, par exemple, nous permettait (en ajoutant les sympathisants) une forte présence dans les manifs, sans que le SO de la CGT et du PCF (nous avions aussi un SO), réussisse souvent à nous expulser manu-militari (c’était leur ligne).

 

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  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et quels ont été vos fonctions politiques à partir de 1968 jusqu’en 1976, ainsi que d’éventuels engagements et postes syndicaux ?

 

J’ai eu des responsabilités syndicales à l’UNEF avant 68. Puis après 68, j’ai été permanent de la Ligue, de fait (avec des revenus autres, la famille qui payait les études, puis une bourse d’agreg). Par la suite ( vers 1971 ? 72 ?) j’ai été permanent de droit, c’est-à-dire payé par le national (il y a donc une erreur, à ce propos dans votre premier texte). J’ai été élu pour Toulouse au comité centre de la Ligue, dès sa création et tout le temps par la suite. Giron (il faudrait lui demander exactement) a été élu une fois avec moi (1971 ?) ; Chamayou a été aussi élu en 72, avec une dimension régionale ; puis Gilles Marquet mais sur la base de la liste de la tendance 3. La Ligue (contrairement au PSU ou au PCF n’avait pas de poste de secrétaire fédéral. Mais je remplissais un peu cette fonction, toutefois c’était la Direction de ville, qui se réunissait chaque semaine), qui était l’instance décisoire.

Au début, on a loué un pavillon de banlieue comme local. Puis on a ouvert un local assez grand au centre-ville (près du Palais des Sports. On avait un matériel d’impression assez important, une grosse sono (que parfois on prêtait, par exemple pour les mobilisations, lycéennes), pas mal de monde passait à ce local, pas seulement des militants. Il fallait qu’il soit ouvert quasi en permanence. Il y avait aussi toute une série d’activités, liées à la place prise sur le champ politique toulousain, comme véritable petit parti. Alors qu’avait 68 nous n’avions aucune existence de ce type. Tout cela « justifiait » aussi un permanent.
En 1974, après le congrès de création de la LCR,  je suis « monté » à Paris au Bureau politique pour, entre autres, m’occuper du travail jeune de la LCR. Pendant quelques temps en faisant 3 jours à Paris et 3 jours à Toulouse, puis, assez rapidement, de façon définitive

 

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Comment se mettaient en place les débats politiques à l’intérieur de la JCR, puis de la LCR/LCR ? Ces débats étaient-ils liées à l’actualité française ?

 

C’est une question très générale, on ne sait pas en plus si elle porte sur Toulouse ou sur la Ligue en général. À Toulouse (comme ailleurs), ces débats étaient soit choisis par les cellules, soit un peu plus impulsés par la direction. Par exemple, il y avait chaque semaine des réunions avec les secrétaires de cellules et des rapports. Et puis il y avait les débats de congrès locaux, nationaux, mais aussi internationaux.

 

La JCR avait un œil sur la montée des luttes ouvrières en France et du mouvement étudiant en Europe. Toutefois, il y avait un suivi politique très détaillé sur l’évolution de la guerre au Vietnam, l’Amérique laine (avec une forte connaissance des mouvements de guerilla,) et de la Palestine.

Après 68, les débats se sont beaucoup plus centrés sur l’évolution de la situation française, européenne ( avec à Toulouse, un suivi plus précis de l’Espagne), mais toujours avec la maintien d’une dimension internationale. Puis beaucoup de débat sur la tactique de construction de la Ligue.
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Quelles ont été les tendances internes principales de la JCR, puis de la LC/LCR ? Est-ce qu’il y avait une continuité entre les différents congrès toulousains ?

 

Cela concerne l’histoire de la JCR et de la Ligue en général,  à mon souvenir, il n’y a pas eu de tendances spécifiques (même s( il y a eu pas mal de débat sur la construction de la ville) lors des congrès toulousains. Je parle ici de tendances au sens où la Ligue les définissait. Ces tendances nationales sont apparues pour la préparation du congrès de création de la LCR (donc voir Salles). Globalement la ville (et moi en particulier) étions à large dominante majo ( donc tendance 2 à ce congrès). Cela dit, il s’est créé une tendance 3 (dont je ne me rappelle pas le poids), mais qui était lié à certains « vieux » militants toulousains de la JCR ; par exemple Marquet.

 

Outre des questions générales, Ses membres défendaient, entre autres, un « travail de quartier », ce qui avait du sens par rapport aux débats locaux de construction de la ville que nous avions déjà eu. Pas juste après 68 On avait d’ailleurs (je crois) crée des sections (ou eu un débat sur le sujet) En effet, nous étions nombreux, la pénétration dabs les entreprises étaient lentes, Toulouse était une ville avec des quartiers populaires où on pouvait rencontrer des gens, des « jeunes prolos » mais aussi des militants du PSU de la CFDT, etc. En plus, je me souviens (il faudra voir avec Giron) que lors de la campagne MLAC où les médecins pratiquaient) des avortements, cela regroupait beaucoup de monde. Il y avait aussi un intervention à Empalot, le crois, avec la MJC et des contacts avec le PSU. Le groupe femme dont parle Claude me semblait plus tardif…

 

Bref, la question était récurrente. Moi j’étais réticent, j’insistais sur la priorité au travail vers les entreprises et à la construction de l’organisation, il me semblait que l’on’avait pas assez de poids institutionnels pour stabiliser réellement un recrutement sur les quartiers.

 

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Ces tendances se différenciaient en terme uniquement théorique ou il y avait une implication pratique sur le terrain ?

 

Les tendances proposaient des orientations alternatives, sur certains points ou l’ensemble, à l’orientation majoritaire. Donc, c’était à la fois théorique et pratique. Il est peut-être utile d’apporter des précisions, notamment par rapport à ce que vous avez déjà écrit.

 

Vous dites que la Ligue était hiérarchique. Su vous voulez le dire ainsi, faites. Mais sur la référence au léninisme, il faut préciser. On se réclamait du centralisme démocratique ; mais cela n’avait rien à voir avec le PC. Une fois une orientation voté dans un congrès (ou une cellule), tout le monde devait l’appliquer. Mais, ce centralisme était réellement démocratique. D’abord, parce que les débats étaient très larges et les directions de la Ligue ne ressemblaient en rien à celle de l’OCI, de HR, de LO, etc. (sans parler du PC et du PS, voire du PSU). Ensuite parce qu’il y avait une codification très méticuleuse du débat démocratique. Ainsi, le droit de tendance visait à permettre à des militants critiques de ne pas se retrouver atomisés face à une direction, ou oubligé d’être majoritaire dans leur cellule pour pouvoir s’exprimer dans toute l’organisation. Une tendance (avec un nombre de signataires obligé mais pas très gros) avait doit de se réunir, de faire ciruler dans toutes les villes ; et cela avec un budget alloué par l’organisation. Et lors d’un congrès, la direction sortante n’existait plus, le congrès élisait un bureau de congrès, et chacune des tendances avaient droit à un temps de parole égal. Les élections aux directions se faisaient sur la base de la proportionnelle des votes des congrès Enfin, il pouvait exister des fractions, c’est-à-dire des courants qui se maintenaient organisés entre deux congrès.

 

Je n’ai aucune naïveté. Cela peut être formel. Cela ne règle pas tous les problèmes de rapports de forces, de prises de paroles. Mais tout cela me semble des conditions nécessaires, et il faut au moins signaler ce mode de fonctionnement. Par ailleurs, et cela se passait souvent ainsi au niveau local, on pouvait mener des débats, faire circuler des textes, proposer des textes à un congrès local sans d’organiser en tendance.
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  • Quelle était l’ambiance interne entre les membres des différentes tendances ? Des sources montrent des écrits rudes entre les membres, les rapports étaient cordiaux ou la méfiance primait ?
  • Pouvait-on noter un changement d’ambiance lors des congrès avec les rapports quotidiens sur le terrain ?

 

Les débats parfois pouvaient être rudes. Compte tenu de mon statut de dirigeant, il devait bien sûr y avoir des choses que je ne percevais pas ; surtout dans l’ordre des rapports de force symbolique, etc..La vie d’une organisation est toujours faite de rapport de force. Cela dit, je crois que pas mal de chose nous unissait fortement et que cela apparaissait. Après 75-76, la cristallisation les effets de cristallisation en tendance ont dû peser plus fortement, avec en plus des remises en cause comme celles portées par le féminisme. Mais aussi les effets d’un certain piétinement politique. Cela dit, j’étais alors à Paris.

Je reviens un peu sur les débats à Toulouse après 68. il me semble que les débats locaux de congrès etc. sur lesquels pouvaient se cristalliser des divergences, portaient surtout sur des problèmes de construction locale de la Ligue, du point de vue organisationnels, des modes de fonctionnement, de l’analyse politique locale, etc. Cela était logique car nous étions lancé dans la construction d’un vrai petit parti à partir de rien. Ce type de débat pousse plus que les autres, à des cristallisations autour d’individus, etc.  À mes souvenirs, la dynamique générale de groupe en construction et des liens qui se créent autour était largement dominante. Dans une ville de la région comme Tarbes, cela a été beaucoup plus tendu.

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  • À Toulouse, les militants de la SFQI étaient impliqués dans quels syndicats ?

 

Tous les syndicats, sauf FO. Je profite de la question pour revenir sur le travail CET dont vous avez parlé et qui était bien sûr pour nous important. À Toulouse, il était bien développé. Nous avons eu de plus une expérience originale, qui plus tard deviendra une orientation nationale, animée par deux militants qui « monteront » avec moi à Paris, dont l’un comme permanent national CET.  La CGT avait lancé un syndicat pour les apprentis des CET (la CP CGT), à Toulouse c’était une coquille vide. C’est nous qui l’avons construit, en jouant du rapport de force avec la CGT départementale. C’était important, car c’était les apprentis eux-mêmes qui devaient prendre en charge cette construction (même s’il y avait bien sûr des appuis extérieurs, avoir les rapports avec l’UD CGT, etc..Il y a eu également une expérience dans la FPA (donc pas des apprentis, mais plutôt de jeunes prolos en formation) que Giron a suivi ; voir avec lui.

 

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  • Est-ce que la Ligue avait un poids significatif dans ces syndicats ?

 

Sur ces questions, je suppose que vous en avez déjà discuté avec Gilles, au moins pour les PTT dans lesquels la Ligue avait une présence significative, via la CFDT (et lui), mais aussi une présence dans la CGT. L’autre secteur est la santé qui, outre les hôpitaux, regroupaient des activités (il me semble) du type enfance inadaptée où notre implantation était plus facile. Notre présence dans la CFDT était ici aussi un biais important ; d’autant que la CFDT santé nationale (comme la CFDT PTT d’ailleurs, mais de façon un peu différente). Ici, il faut voir Giron, comme d’ailleurs pour l’ensemble des problèmes du travail syndical Dans les congrès locaux (par secteurs ou territoriaux), je n’ai pas de souvenir précis. Dans la CGT, on n’a du avoir de présences, dans la CFDT un peu. Pour les enseignants (donc les différents syndicaux de la FEN), pas mal d’ancien étudiant issu de 68 ont été nommés dans des villes de la région, ils avaient sans doute une intervention syndicale dans leur établissement, cela dit, ils s’occupaient surtout de construire la Ligue. En tout cas, il me semble que sur Toulouse même nous n’avions pas de présence syndicale le réelle ; sauf à Muret je crois, via le recrutement d’un « vieux » militant. Dans les facs, la Ligue avait du poids, en particulier en lettes, mais très peu de membres parmi les enseignants ( 2 en lettres, sans présence syndicale réelle).

 

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  • Comment se passait la confrontation avec les directions de ces syndicats ? La situation devant certainement changer selon l’époque et le syndicat.

 

Avec la CGT (c’est-à-dire à cette époque avec le PCF), les rapports étaient, comme cela est connu, durs. Notamment dans des secteurs comme Sud-aviation, les PTT, la SNCF, etc..Avec une tradition bien stalinienne du PC. Avant S8, la seule réunion public qu’avait essayé de faire la JCR (Salle du Sénéchal) avait été physiquement interdite par des militants du PCF de Sud-aviation. Et après 68, il y avait toujours des frictions avec le service d’ordre du PCF et/ou de la CGT et celui de la Ligue (ou au-delà) car le PCF voulaient toujours interdire physiquement la présence de cortèges animé par la Ligue dans les manifestations unitaires des syndicats et des parties de gauche qui avaient lieu. Nous, nous impositions notre présente à la fin des cortèges, au nom d’une bataille pour le front unique. Les 1er mai étaient devenu un rituels.Progressivement le PC/CGT a dû d’ailleurs tolérer cette présence, en nous réparant toutefois du reste des manifestant par une gros service d’ordre.

 

Les rapports devaient être différents selon les entreprises, mais je n’ai pas souvenir de différences significatives, ni de l’apparition de différenciations significatives au sein de la CGT, avec le temps. Je rappelle que la période dont on parle ici, de 68 à 1975, était celle durant laquelle le PC et la CGT (les liens étaient alors très organiques) avaient une politique très « anti-gauchiste ».

 

Avec l’UD CFDT, c’était très différent. D’abord, la CFDT avait été très ouverte au mouvement étudiant, notamment au Mouvement du 25 avril (alors que la CGT avait des rapports uniquement avec l’UNEF Toulouse, dirigée par l’UEC et exérieure au mouvement). Cela avait créé des liens. Par la suite, l’UD CFDT acceptait d’avoir des rapports avec la Ligue et acceptait que des militants connus comme Ligue fasse du travail syndical en son sein, voire se lance dans la création de section CFDT. Je n’ai pas souvenir durant cette période de conflits importants entre des militants Ligue CFDT et la CFDT Toulouse. Peut-être je gomme des tensions qui ont pu exister. Cela dit, la CFDT était faible sur Toulouse, centralement, mais aussi dans les entreprises. Dans l’industrie, elle avait un certain poids dans une entreprise comme Latécoère (je crois), via des militants du PSU. Mais à Sud-Aviation, sur le terrain, il ne pesait pas. Dans les PTT et la santé ( à un moment aussi dans le commerce, mais de façon plus fugace), la CFDT voyaient plutôt d’un bon œil que des militants Ligue construisent des sections. Il me semble. La aussi, il faut bien se souvenir de la période ; globalement au plan national, les tensions entre la direction de la CFDT et la Ligue s’exprime à la fin de cette période ; notamment avec le « recentrage » de la direction Maire. Je ne sais pas ce que cela a donné à Toulouse par la suite.

 

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  • Comment les militants de la JCR, puis de la LC/LCR, syndiqués se coordonnaient ? Il y avait une structure dédié ? Et est-ce qu’elle a évolué au fil du temps ?

 

Outre les cellules ouvrières (en général de cellules « mixtes », comme on disait), avec des étudiants détachées, mais aussi parfois des militants de l’entreprise) donc l’objectif était, des construire des « groupes Taupe Rouge » qui discutaient de l’intervention sur la boîte (donc du travail syndical), il y avait également des communications syndicales, CGT et CFDT qui, en lien avec la DV, qui coordonnée le travail dans les deux syndicats. Enfin, il y avait des fractions syncdicales qui regroupaient sur la ville les militants CFDT ou CGT de la Ligue, avec souvent une politique de « fraction élargie » ; c’est-à-dire des sympathisants syndicalistes de la Ligue. Durant, cette époque, il n’y a peu eu d’évolution sur la définition de ces cadres organisés, par contre la construction était lente de ces instances, important car elles avaient pour vocation d’y intégrer réellement des militants syndicaux, ce qui n’étaient pas toujours facile.

 

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  • Des débats internes ont eu lieu pour savoir s’il fallait militer à la CGT ou à la CFDT. Est-ce qu’il y a eu le même genre de débat à Toulouse ?

 

L’orientation nationale étaient de prioriser l’intervention dans la CGT, afin de ne pas contourner le poids déterminants que (avec le PC), elle avait dans la classe ouvrière ; notamment industrielle. Cela dit, au plan national, il y avait une véritable présence dans la CFDT. À Toulouse, nous nous situons dans ce cadre général, mais avec pas mal de souplesse pour saisir la place occupée par la CFDT et les opportunités d’y être présent ; d’autant que certains militants étaient poussés (et on le comprend..) dans ce sens car on pouvait y respirer plus librement. D’autant que le poids central important de la Ligue sur la ville était une garantie par rapport à des risques d’immersion dans un strict travail syndical et éclairait, en quelque sorte, notre présence dans la CFDT.

 

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  • Plusieurs sources internes décrivent le principe de fraction syndicale que doivent appliquer les militants de la SFQI. Pouvez-vous nous en dire plus ? De plus, Bernard Chamayou revient de façon très critique sur ce principe dans un entretien, quel est votre avis à l’heure actuelle ?

 

Pourquoi parler de « source interne », comme s’il y avait un mystère lié à une organisation secrète. Alors que, à cette époque, tous les documents de congrès, publics, etc. assumaient cette politique de fraction qui, dans sa définition la plus générale, n’apporte rien de particulièrement nouveau sur le centralisme démocratique dont se réclamait la Ligue. Rien de secret donc ici. Dans une cellule, comme dans une fraction, les militants discutaient d’une intervention (en lien avec la DV) et, une fois qu’elle était démocratiquement, tout le monde l’appliquée. On peut Toutefois remarquer une certaine souplesse puisqu’il y avait des « fractions élargies » qui, à des mouvements, n’étaient pas de simple chambre d’enregistrement. S’il doit y avoir un débat ici, il porte sur notre conception générale léniniste du parti ; pas spécialement sur les fractions. Il est bien sûr légitime, mais ce n’est pas le lieu ici d’en discuter.

 

Le deuxième niveau est celui des fractions « clandestines », face à l’appareil stalinien. . Cela me semble du bon sens. Dans la CFDT, cela dépend (et Maire n’était pas un enfant de choeur), la situation était un peu différente, puisque, la plupart du temps, les militants Ligue était connu comme tel. Ici la question se déplace donc. Il s’agit de savoir s’il est légitime que des militants de la Ligue assument la ligne politique de leur organisation, tout en respectant très fermement, l’autonomie organisationnelle du syndicat et une conception fédéralise du syndicaliste. C’était la ligne de la Ligue.

 

Le troisième niveau (le plus compliqué) est un travail de fraction, alors que par ailleurs les militants de la Ligue à des tendances luttes de classes ou révolutionnaires dans les syndicats. Cela a existé un peu à la CFDT et surtout à la FEN, avec la tendance « Ecole émancipée » (cela dit, dans ce dernier cas, je ne crois pas du tout que le bilan de la Ligue est été catastrophique). Le problème est alors le suivant. L’organisation en fraction de la Ligue ne sert pas simplement à déterminer des lignes d’orientation générale des militants de la Ligue (ce qui me semble légitime), mais des orientations tactiques plus immédiates, etc. qui devraient se construire dur la base d’un consensus dans des débats de la tendance en question dans lesquels on peut estimer que des militants de la Ligue aient des points de vue différents.

 

C’est un peu de cette façon que je vois les choses. Autre chose, je le répète, est un débat général sur le « léninisme », ou encore un retour sur le bilan critique du léninisme de la Ligue juste après 68 ; j’ai écrit des textes critiques à ce qujet, dont un avec Daniel, en mars 1976, dans Critique communiste (on peut le trouver sur son site http://danielbensaid.org/). Il est reproduit dans le livre Retours sur mai déjà signalé.

 

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  • Gilles Da-Ré explique, dans un entretien, un désaccord entre la direction de la Ligue et les syndiqués PTT sur l’auto-organisation dans une AG de postiers en 1974. Est-ce qu’il y a eu à Toulouse d’autres désaccords entre la direction de la Ligue et ses militants syndiqués lors de grèves ?

 

Voici mes souvenirs d’un épisode qui je crois a un peu marqué Gilles (et cela me semble des plus normal), je ne suis pas sûr que cela a fait l’objet d’une débat un peu frontal entre lui et la DV. J’en ai, il me semble, reparlé avec lui, il y a fort longtemps. La grève très importante était celle des centres de tris.  Nous avions une présence réelle, via Gilles entre autres. Moi il me semble que je « suivais » la grève pour la DV avec les militants des PTT. On avait distribué (sans difficulté) une Taupe avec la ligne nationale (mais il ne me semble pas bovinement) qui, outre à la lutte, appelait à l’organisation démocratique, AG souveraine et, je crois,  élection d’un comité de grève. À Toulouse, il y avait des AG, il me semblait que Gilles, connu comme Ligue, aurait dû dans une intervention dans l’AG, défendre la nécessité d’un comité de grève ces positions pour disons, ajouter à son profil de militant combatif, des orientations plus « politiques ». Il l’a pas fait, cela a entraîné des débats, pas durs il me semble. il a eu raison de faire comme il explique dans l’entretien.

 

Mon opinion, que j’ai eu assez vite est le suivante. Nous avions raisons dans les Taupes d’avancer cet axe général, mais un peu trop pensé en fonction de nos pratiques étudiantes dans lesquelles le comité de grève étaient entré dans les moeurs. Mais dans cette grève comme celle des PTT, le besoin d’un comité de grève ne peut se faire sentir que si l’intersyndicale qui organise l’AG déconne trop.  Donc la volonté de faire ainsi, passer le statut de Gilles d’un syndicaliste combatif, à une militant plus politique sur des axes pas immédiatement fonctionnel n’était pas adaptée ; et il n’y avait pas forcément conscience des difficultés de Gilles de se différencier sur une telle question qui n’avait pas un sens immédiat. Je n’ai pas d’autres exemples en tête. Dans une autre grève, celle de Motorola, très différente (Claude connaît) où il y avait une « jeune » militant ouvrier de la LCR, très bien, occupant une place combative, à travers (je crois) un piquet de  grève et autres trucs, mais avec une difficulté normale d’aller politiquement plus loin. Claude parle d’un comité de grève. il me semble justement qu’on n’avait pas poussé dans ce sens. En tout cas, si cela a été le cas, je n’ai pas souvenu d’un problème. Moi j’ai fait plusieurs fois acte de présence près du piquet de grève, comme le faisait le secrétaire fédéral du PC (Llabress, qui est devenu oppositionnel par la suite puis, disons, un peu trop lié à Baudis..). Il me semble que les militants extérieurs de la cellule, comme Claude, était très vigilant sur ce type de truc.

 

Voilà un peu mes souvenirs. Je n’ai pas d’autres exemples. Cela serait bien de pouvoir préciser cette question qui me semble relever des difficultés du passage à la prise de parole politique pour un militant. Il s’agit pas bien sûr de difficultés subjectives (même s’il peut y avoir cet aspect), mais fondement un problème lié à l’environnement politique et à la limite du poids de la Ligue.
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En plus des questions que vous m’avez posé, je voudrais faire une dernière remarque sur le profil de la Ligue sur Toulouse durant ces années, un peu plus difficile à saisir peut-être, mais que, par exemple, une étude détaillée de La Dépêche du Midi ferait apparaître. J’ai déjà souligné certaines caractéristiques de Toulouse : relative faiblesse politique du PC, notamment au plan politique centrale, porosité politique d’une ville social-démocrate ( version cassoulet) , mais populaire, forte présente étudiante ; on pourrait ajouter des facteurs plus marginaux comme la présence de l’Espagne, etc. En plus, spatialement, la ville était beaucoup plus groupée autour du centre.

Du coup le mouvement étudiant, en particulier le Mouvement du 25 avril, va peser fortement sur le champ politique. Et, d’un certain point de vue, la Ligue s’inscrit dans sa suite ; d’autant qu’il y a peu de concurrence réelle dans l’extrême gauche. Le mouvement lycéen va âtre très important, avec de grosses manifs structurés, etc et une hégémonie de la Ligue. Outre les campagnes centrales de la Ligue, des campagnes locales comme celle sur les militants emprisonnés en Espagne ont une vrai insertion locale.

Enfin, à partir de 1972, nous avons eu une politique d’alliance assez systématique avec le PSU local, avec la volonté de faire apparaître n pôle politique. C’est pour toutes ces raisons que j’ai parlé plusieurs fois de « petit part » en construction pour parler de la section locale de la Ligue. Notre présence significative (imposée contre le PC) dans (à la fin…) les manifs des parties de gauche et/ou des syndicats donnait une visibilité dans ce sens.

 

 

 

 

 

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